25. BOOK – L’attentat, de Yasmina Khadra

 

Aujourd’hui je partage avec vous un deuxième coup de cœur.
2020 commence si bien!

Si vous me suivez depuis quelques temps déjà, vous avez sans doute remarqué mon attachement à Yasmina Khadra. Cet auteur fait définitivement partie de mon Top 5 depuis quelques années maintenant, et je peux affirmer n’avoir jamais été déçue par une de ses œuvres (du moins, pas pour l’instant! lol). « Qu’attendent les singes » ou encore « Les hirondelles de Kaboul » sont par exemple des romans que je vous recommande vivement.

Mais aujourd’hui il s’agira de « L’attentat« .
L’histoire touchante du docteur Amine, imminent chirurgien à Tel-Aviv ayant tout pour réussir et qui voit sa vie voler en éclats le jour où sa femme se fait exploser au cœur d’un restaurant rempli d’enfants. Noyé dans le désarroi et la confusion la plus totale, comment saura-t-il trouver une explication plausible à la radicalisation de son épouse? A quel moment lui a-t-elle donc échappée? Elle semblait pourtant si heureuse et épanouie depuis qu’ils vivaient ensemble dans cette grande et confortable maison en terre israélienne. Ou était-ce uniquement en apparence?

En ce qui me concerne, l’auteur m’a amenée à me questionner sur la définition même de la confidentialité et du secret entre un homme et sa femme ; est-ce parce que deux personnes sont mariées qu’elles doivent forcément tout se dire, surtout quand il s’agit de convictions intimes religieuses? Le personnage principal est confrontée en permanence à  sa douleur, celle de se rendre à l’évidence qu’il ne savait pas tout de sa femme, voire rien du tout. Comment a-t-elle pu décider de sacrifier sa vie, de tuer des innocents, pour venger ses frères palestiniens? Qu’est-ce qui lui donnait ce droit quand ils menaient une vie plus que confortable en Israël? Pourquoi n’en avait-elle pas parlé avec son mari, pourquoi ne lui avait-elle pas demandé son avis? Ne comptait-il déjà plus pour elle alors qu’elle était encore vivante? Était-ce sa faute à lui si elle s’était détournée de lui? Est-ce qu’en se livrant kamikaze, sa femme était finalement une mauvaise personne dont la mémoire ne devait pas être honorée? Une foultitude de questions à laquelle il est compliqué de répondre en tant que lecteur détaché du roman, mais aussi en se mettant à la place du personnage qui tout au long du récit va être en quête perpétuelle de réponses, de lumière à mettre sur ces zones obscures de sa vie et de son couple.

Le roman aborde subtilement et à la fois sans langue de bois le sujet de la religion, de la radicalisation, mais aussi du conflit Israëlo-Palestinien. Un vrai coup de cœur, d’autant plus qu’il est aussi extrêmement riche en vocabulaire, et que les dialogues sont superbement rédigés (vous êtes avec les personnages lorsqu’ils discutent, vous sentez leurs émotions, vous êtes happés par leur énergie! un régal!!). Mais je ne vous en dis pas plus et vous invite à vous le procurer, ou à vous le faire offrir pourquoi pas, et à le dévorer, tout simplement.

Extrait, page 75 :

On croit savoir. Alors on baisse la garde et on fait comme si tout est au mieux. Avec le temps, on finit par ne plus prêter attention aux choses comme il se doit. On est confiant. Que peut-on exiger de plus? La vie nous sourit, la chance aussi. On aime et on est aimé. On a les moyens de ses rêves. Tout baigne, tout nous bénit… Puis, sans crier gare, le ciel nous tombe dessus. Une fois les quatre fers en l’air, nous nous apercevons que la vie, toute la vie – avec ses hauts et ses bas, ses peines et ses joies, ses promesses et ses choux blancs ne tient qu’à un fil aussi inconsistant et imperceptible que celui d’une toile d’araignée. D’un coup, le moindre bruit nous effraie, et on n’a plus envie de croire à quoi que ce soit. Tout ce qu’on veut, c’est fermer les yeux et ne plus penser à rien.

Xx,
Manouchka.