23. BOOK – Une vie et demie, de Sony Labou Tansi

Je ne suis pas une fan de science-fiction. C’est même le genre littéraire qui m’attire le moins. Si dès le départ j’avais su que « La vie et demie » de Sony Labou Tansi s’inscrivait dans ce registre, il est certain que je ne l’aurais pas acheté. Mais pendant la session book-shopping ce jour-là, je m’étais fixé la consigne suivante : choisir des livres en fonction des avis disponibles sur internet. Et il s’avère que celui-ci était bien noté. Un coup d’œil dans le rayon littérature africaine, quelques clics sur mon smartphone et l’affaire était conclue entre Sony Labou Tansi et moi. J’ai pu lire son roman assez rapidement – en moins de deux jours.  Je vais essayer de vous dire dans ce billet ce que j’en ai pensé.

Nous sommes dimanche. Je viens de finir de déjeuner d’un bon pinon (plat local à base de farine de manioc) et j’hésite entre faire une sieste et lire. Etant donné que j’ai une pile de livres à lire dont la hauteur largement me dépasse, je décide de me poser sur la terrasse afin de commencer « La vie et demie ». Pour information (plus ou importante selon qui la reçoit) : il a été publié en 1979 aux Editions Du Seuil. Enfin bref, la sieste sera donc pour plus tard vous l’aurez compris.

Au départ, je vous l’avoue, j’ai eu un peu de mal à accrocher au roman. Dès les premières pages, l’auteur nous plonge dans une peinture où se mêlent torture, sang et violence sur fond de cannibalisme. C’est extrêmement bien décrit, très imagé, on a l’impression d’y être. Et cela m’a perturbée. Je n’y étais absolument pas préparée ! Pourquoi tant de haine dès les premiers paragraphes de ce roman ? Est-ce pour ce côté macabre qu’il est donc si bien noté par les internautes ? Dans un moment de doute, je suis tentée d’abandonner la lecture du roman à la 18e page, mais ce serait mal me connaître. Je suis de nature curieuse et tenace. Je veux savoir ce qu’il adviendra de Martial et de sa famille. Alors je tiens bon et je continue ma lecture. Je veux savoir de quelle manière le tyran sanguinaire en finira avec eux ! Je veux savoir de quoi parle clairement ce roman si bien coté !

Pour vous faire un bref résumé, l’histoire se déroule dans un pays imaginaire situé en Afrique : la Katamalanasie. Une dictature absurde y fait rage, la violence et la guerre sont utilisées pour y appliquer un semblant de loi érigée par le Guide Providentiel qui terrorise son peuple avec le soutien de la « puissance étrangère ». C’est dans ce contexte que Martial, l’un des principaux personnages qui vit en étant mort (qui lira le roman comprendra), accompagne sa fille Chaïdana afin qu’elle puisse venger la condition misérable, le triste sort et la mort des siens. Un récit fictif et imaginaire certes, mais qui s’adapte aisément à la réalité.

Honnêtement, j’ai été impressionnée par la parfaite maîtrise de la langue par l’auteur. Il s’agira de l’élaboration presque artistique des phrases, l’inventivité dans la construction du récit (parfois on a l’impression de se perdre dans sa lecture et puis subitement on retrouve son chemin), la complexité de certains personnages qui plus d’une fois a failli m’épuiser en ce qui concerne la compréhension de leurs identités. J’ai été également sensible à au style narratif qui n’est vraiment pas des plus simples. De plus, Sony Labou Tansi dans ce roman n’a aucun tabou : sexe, prostitution, magie, corruption, politique, et autres, y sont abordés sans faux-semblant. Tout y est dit sans langue de bois ; au lecteur revient la tâche d’être prêt à encaisser!

Dans le fond, Sony Labou Tansi a-t-il cherché à « dénoncer » dans l’écriture de son roman ? A mon avis oui. Dénoncer sans aucun doute les maux dont souffrent les sociétés africaines, mais aussi et surtout le comportement machiavélique de politiciens africains en général et congolais en particulier de son époque, avec toutefois un côté visionnaire pour les années à venir.

Petite confession tout de même : les 30 dernières pages ont été pénibles à lire pour moi. Je n’en pouvais plus d’être dans le flou total et absolu par rapport aux personnages qui se mêlaient les uns aux autres. La faute à ma mémoire chancelante! Je ne parvenais plus à visualiser le contexte géographique du récit. J’étais complètement perdue et n’avais qu’une hâte : en finir au plus vite!

Cela dit, je vous recommande ce livre si vous n’avez pas l’âme et le cœur trop sensibles, et si vous n’avez pas peur de vous embarquer dans un univers complexe fait de multiples guides providentiels et de sujets en souffrance sur fond de guerre et de prostitution. Si vous êtes plutôt fleur bleue et amateur de romans plutôt « sympa » et qui détendent, passez votre chemin, ce livre n’est sûrement pas fait pour vous! Ce livre est indéniablement déjanté, je vous aurai prévenus.

Bien entendu, n’hésitez pas à me dire vos impressions si vous l’avez déjà lu !

Extrait page 106 :

Quoi, oui ? Il se posait la question maintenant qu’il était seul. Maintenant qu’il se souvenait de ce corps terrible tendu comme un piège de chair sur le chemin de sa foi. Non. Il n’avait jamais eu peur d’un corps. Il ne pécherait jamais des reins. Sa queue savait se taire selon la volonté du Seigneur. Les réalités de la chair ne venaient qu’après celles de l’esprit. Le bas de son corps avait été réduit en respectable silence. Un silence qui pouvait bouger, mais silence digne de confiance.

 

20. BOOK – Tropique de la violence, de Nathacha Appanah

Tropique de la violence

Ce livre, c’est mon amie Selom qui me l’a prêté. Un jour, elle m’a envoyé un sms disant « J’ai un livre pour toi! Je viens de le finir, tu vas aimer, je te le prête dès qu’on se voit! ». J’avais déjà toute une pile de livres à lire, mais comme j’aime à le dire, on n’a jamais assez de lectures au programme!

Nous sommes à Mayotte, dans l’océan indien. L’histoire est celle de Moïse. Alors qu’il est encore bébé, il est abandonné par sa mère adolescente et recueilli par Marie, infirmière qui lutte pour avoir un enfant et dont le couple est au bord du divorce. Détail à souligner : Moïse est noir, il a un œil vert et un œil noir qui est signe de malheur aux yeux des autres ; Marie elle, est blanche. C’est également l’histoire de Bruce, adolescent d’une quinzaine d’années. Il est le chef de gang de Gaza, un bidonville dangereux de l’île où règnent la violence, l’impunité et la terreur. A la mort accidentelle et subite de Marie, Moïse se retrouve à la rue. Par la force du destin, il rejoint le gang de Bruce et sa bande de voyous. Happé par les conditions difficiles de vie de tous ces enfants de la rue, Moïse va connaître la violence physique, mais aussi morale, la drogue (‘le chimique’), les bastonnades, et bien d’autres horreurs auxquelles il ne pourra échapper. Par moment, le souvenir de Marie, de son chien Bosco, de son ancienne vie, viendra rythmer cette nouvelle vie où chaque jour est une bataille pour se faire une existence.

Dès les premières pages, on est frappé par la dureté des textes. L’écriture et le style de narration sont tranchants, directs. Certains paragraphes sont de véritables coups de poing pour le lecteur. On se demande tout au long de la lecture si une issue positive est envisageable pour Moïse. Mais ce livre fait partie de ceux où la fin heureuse ne fait pas partie du scénario. Et je pense qu’il s’agit là d’un choix conscient de l’auteur – c’est en tout cas l’impression que j’ai eue – afin de décrire simplement, sans jugement, les conditions horribles de la vie dans la rue de ces enfants de Mayotte abandonnés à leur propre sort. Par moment, on voit apparaître dans l’histoire des acteurs d’ONG, qui viennent avec l’intention de les aider avec quelques séances de cinéma, des activités culturelles, des livres, etc. Mais est-ce vraiment là la solution ? Est-ce vraiment de cette façon que ces enfants trouveront le sésame vers une vie meilleure ? Des questions sont posées au lecteur par moment, comme celle de savoir si l’on naît au mauvais moment au mauvais endroit, et qui amènent à s’interroger aussi sur sa propre condition ? Vous rendez-vous compte de la chance que vous avez d’être, formulé autrement, né au bon endroit au bon moment ? N’importe qui aurait pu être à la place de ces jeunes, de ces enfants, laissés à leur propre sort dans la rue. Ce roman est également, et on le découvre simplement en lisant certains passages, une dénonciation de l’indifférence de la France face à l’île de Mayotte. Par moment, les personnages s’interrogent et se demandent si les conditions atroces dans lesquelles ils vivent sont les mêmes sur la métropole sachant que Mayotte fait pourtant partie des départements français. Ils appellent au secours et demandent à ce qu’on se souvienne d’eux.

Extrait : « Je ne sais pas qui a surnommé ainsi le quartier défavorisé de Kaweni, à la lisière de Mamoudzou, mais il a visé juste. Gaza c’est un bidonville, c’est un ghetto, un dépotoir, un gouffre, une favela, c’est un immense camp de clandestins à ciel ouvert, c’est une énorme poubelle fumante que l’on voit de loin. Gaza, c’est un no man’s land violent où les bandes de gamins shootés au chimique font la loi. Gaza c’est Cape Town, c’est Calcutta, c’est Rio. Gaza c’est Mayotte. Gaza, c’est la France. »

Je vous invite simplement à lire cet ouvrage. Il est court, intense, et qu’on le veuille ou pas, engagé par son côté « dénonciation ».
Merci Selom pour le partage.
Je suis reconnaissante d’avoir été touchée.

Portez-vous bien,
Manouchka.

 

18. BOOK – Un cœur bien accordé, de Jean-Philipp Sendker

 

uncoeurbienaccordé

Hello everyone !

J’espère que vous allez bien.
Aujourd’hui je voudrais partager avec vous une petite douceur livresque. En effet, ce livre m’a vraiment fait beaucoup de bien. Il a apaisé mon âme, le temps de sa lecture, qui n’a pas été très longue (hélas!). Mais avant d’aller plus loin, il faudrait que je partage avec vous quelques extraits :

« Défier l’éphémérité. Ne t’égare pas dans tes pensées en avance de toi-même mais ne lambine pas non plus dans le passé. Tel est l’art de l’arrivée. L’art d’être dans un seul endroit à la fois. De l’absorber par tous tes sens. Sa beauté, sa laideur, sa singularité. De te laisser submerger, sans la moindre crainte. L’art d’être qui tu es. »

« Il le lui avait dit, et elle n’avait pas voulu le croire : nous avons en nous le pouvoir de changer. Nous ne sommes pas condamnés à demeurer ceux que nous sommes. Mais personne ne peut nous aider, excepté nous-mêmes. »

« – Intuition.
– L’intuition peut être mauvaise conseillère.
Il secoua la tête.
– Tu ne dois jamais douter de l’intuition.
Je ne pus m’empêcher de rire.
– Sauf quand c’est moi. Mon intuition n’est pas très fiable. Elle me déçoit toujours.
– Je n’y crois pas. L’intuition est la mémoire incorruptible de nos expériences. Nous n’avons qu’à écouter attentivement ce qu’elle nous dit. (Et il ajouta, avec un sourire 🙂 Elle ne s’exprime pas toujours de façon limpide. Ou bien elle nous dit des choses que nous n’avons pas envie d’entendre. Ce qui ne les rend pas fausses.
Je mangeai mon riz, pensive. »

Julia Win vit à Manhattan. C’est une brillante avocate qui a un avenir professionnel brillant devant elle. Mais un jour, elle commence à entendre les voix d’une femme dans sa tête, lui posant incessamment des questions auxquelles elle ne sait comment répondre. Elle décide de retourner en Birmanie, retrouver son frère qu’elle n’a pas vu depuis dix ans, afin d’y trouver des réponses et accessoirement la guérison.

Ce roman est la suite du bouleversant roman « L’art d’écouter les battements de cœur ». Je vous recommande de lire les deux livres. C’est une très belle invitation au voyage vers la Birmanie, à la découverte d’une philosophie de vie simpliste et basée sur l’humain. Voire même une petite initiation au bouddhisme. Chacun des personnages partage à sa manière et à son échelle des morceaux de sa vie. Citadin, paysan, enfant, adulte, femme ou homme. Certains sont en recherche d’équilibre identitaire, d’autres nous enseignent à apprécier notre existence avec sagesse et résilience.

Ce que je retiendrai de ce bouquin, la confiance qu’il faut pouvoir faire à la vie, et aussi l’importance de savoir écouter son cœur. Certaines décisions sont parfois très compliquées et difficile à prendre, pour nous-même, pour notre vie, pour notre bonheur. Et souvent, l’on se réfère au sens dans lequel avance la société pour prendre nos décisions. La normalité. Ce qui est acceptable aux yeux des autres. Ce qui ne sort pas des sentiers battus. Même si parfois ces décisions qui se veulent rationnelles, cartésiennes,  ne nous conviennent pas, on essaye de faire confiance aux influences extérieures (parce que tout le monde procède ainsi…), pour au final être peut-être malheureux, ou plus ou moins heureux. Ecouter son cœur, c’est aussi selon les circonstances s’accorder le plaisir simple de jouir du bonheur et de la joie que nous offre la vie dans sa simplicité, profiter de l’instant présent, faire confiance au voyage qu’est notre existence.

Je vous recommande ce bouquin, il ne vous fera que du bien! Douces émotions au rendez-vous. Que du bonheur!

Bisous et à bientôt,
Manouchka.