45. Les visages de l’innocence

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Shekina est un petit garçon vif et extrêmement souriant. Il a quatre ans. Quand il n’est pas à l’école, il adore courir avec les enfants du quartier, manger des bonbons et jouer au ballon. Il a une profonde joie de vivre. Parfois, il tient également compagnie à sa mère qui gère une petite échoppe au coin de notre rue ; on peut y acheter du riz, du pain sucré ou du savon. Lorsqu’il me voit arriver, il lève toujours sa petite main vers le ciel, les doigts bien écartés, et la secoue d’un geste franc et enjoué pour me dire bonjour. Alors je sens mon cœur battre d’amour pour cet enfant, innocent et simplement amoureux de la vie, encore totalement inconscient des tristes réalités du monde dans lequel nous vivons.

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Les feux tricolores viennent de passer au rouge. Je freine et me positionne à l’arrière d’un taxi dont l’état de rouille particulièrement avancé me fait sourire ; des vitres baissées du véhicule s’échappe une musique entraînante et joyeuse. Sur la gauche, la plage puis l’océan bleu s’étendent à perte de vue. De nombreux cocotiers s’élèvent à quelques mètres du trottoir, leurs grandes feuilles dans le vent. Le ciel aujourd’hui est dégagé, il n’y a aucun nuage. Un avion passe. Je me laisse emporter par une mélodie de Jhene Aiko, les mains accrochées à mon volant attendant de poursuivre ma route.

Soudain, je le vois qui court vers moi. Avec sa boîte de Kleenex à la main, son sourire sincère et ses petits yeux malicieux, Petit Aziz ne manque jamais d’essayer de faire une affaire quand il m’aperçoit. Je n’ai pas besoin de Kleenex lui dis-je, en lui montrant ma boîte encore pleine. Il baisse la tête sur le côté, sourit encore un peu plus et comprend que ce ne sera pas pour cette fois. Le feu passe au vert. En appuyant doucement sur l’accélérateur, je me demande pourquoi à cette heure de la journée, ce petit garçon n’est pas dans une salle de classe à apprendre à une table de multiplication ou à dessiner la maison de ses rêves.

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Dans la rue n° 85, il y a quelques semaines, est sorti de terre un salon de beauté en plein air. Constitué de quelques palettes de bois et d’un toit de tôles grises, il porte le nom de « Belle comme le jour ». La propriétaire semble être cette femme au visage sévère que l’on voit passer ses journées assise face à son étalage de vernis à ongles et de poudres faciales. Alors qu’elle discute bruyamment avec ce qui pourrait être une amie, une cliente vêtue d’un grand boubou se fait nettoyer la plante des pieds par Aya. Aya a entre sept et huit ans. Nous sommes jeudi, il est 11h et les salles de classe sont pleines d’enfants qui s’égosillent à réciter leurs leçons d’histoire ou de français.

La cliente a envie d’ongles colorés et bien limés. Elle choisit un vernis de couleur rose bonbon et exige un résultat impeccable. La patronne du salon lui garantit qu’elle ne sera pas déçue. Aya, accroupie sur ses genoux, le dos arrondi, entame avec minutie l’application du liquide épais à l’odeur âcre sur les extrémités du pied gauche de la cliente. Sa patronne, l’observant sévèrement du coin de l’œil, lui rappelle sans mot dire qu’elle n’a pas droit à l’erreur.

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16 Juin 2020, Journée de l’Enfant Africain.
Pensées pour tous ces enfants qui sont privés de leur droit à l’éducation, qui sont victimes du travail forcé, qui ont des rêves pleins la tête qu’ils sont malheureusement contraints d’étouffer. Prenons soin des enfants autour de nous. Les plus petits de nos gestes comptent pour eux. Ils sont l’avenir de notre continent. Ne l’oublions pas.

Je suis Manouchka. Sur ce blog, je partage mes lectures, mes pensées, mes écrits. Vos retours enrichissent le débat, n’hésitez donc pas à me laisser vos commentaires et vos avis. Et par dessous tout, merci de me lire !
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