32. A bout portant sur ces hommes qui expliquent aux femmes la vie, avec Rebecca Solnit

Il fallait que je revienne sur cet ouvrage, Ces hommes qui m’apprennent la vie de Rebecca Solnit et que je complète mon premier article afin d’apporter quelques éléments complémentaires.

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Il y a quelques années, un examen gynécologique ne s’est pas passé comme je l’imaginais. Il a été douloureux, désagréable et un infirmier stagiaire ce jour-là s’était permis de s’approprier ma douleur et de la minimiser. « Mais non, ça ne fait pas mal! » m’avait-il dit en me prenant de haut, alors que je me rhabillais en grinçant des dents. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de la violence de la situation, de l’incongruité de cette scène où un homme m’explique à moi qui suis une femme que mes douleurs de bas-ventre ne sont pas aussi fortes que je le prétendrais. J’en ai encore mal à la tête, au cœur, au corps, rien que d’y repenser.

Quel adjectif pourrait donc exprimer le malaise provoqué chez une femme par un homme qui lui apprend des choses qu’elle sait déjà sur sa vie ou sur son corps? Que dis-je, un malaise? Je parlerai ici pour moi et dirais plutôt une rage et une envie de hurler au ras-le-bol!

Je déteste que l’on parle à ma place, qu’on dise à ma place mon ressenti, et pire lorsqu’on le fait sans mon consentement. Je sais parler, dire les choses comme je les pense lorsque je suis en situation de confiance, et je trouve cela profondément réducteur de me couper la parole pour essayer de s’approprier mes mots et mes dires, comme si j’étais une petite fille.

Ces hommes qui m’expliquent la vie est un excellent bouquin que nous propose là Rebecca Solnit autour de la problématique de la prise de langage à la place des femmes par les hommes, et pas que ! Violence conjugale, viol, agression sexuelle, tentative d’intimidation, et j’en passe. Toutes formes de violences à l’égard des femmes de la part des hommes y sont évoquées, appuyées d’exemples tirés de la vie courante, en particulier au cœur de la société américaine.

Il est vrai que l’analyse de l’auteure n’est pas totalement adaptée aux réalités africaines, dans ce sens où nous avons sur le continent des cultures différentes. Mais la généralité de ces violences, pouvant s’appliquer à des femmes issues de tous les continents, fait que la lecture de ce bouquin peut être recommandée à tous, femmes et hommes!

Les hommes qui généralement adoptent ce genre de comportement paternaliste et condescendant malsain vis-à-vis de la gente féminine, sont hélas souvent soutenus passivement par d’autres hommes qui ne les condamnent pas ouvertement.

Les femmes ont certes besoin, envie, que l’on pense pour elles, mais pas que l’on pense à leur place. On peut parler pour elles lorsque c’est nécessaire, mais pas à leur place. Il y a une grande nuance qui s’en dégage!

Un homme ne pourra pas dire à une femme lesbienne qu’être avec un homme lui sera plus bénéfique. Qu’en sait-il? Pourquoi un homme se permettrait-il de dire à une femme que la maternité est un gage de réussite de vie ou pas? Porte-t-il l’enfant? D’où un homme pourrait-il expliquer à une femme que les cheveux longs la mettent plus en valeur que des cheveux courts? Lorsque j’entends certains hommes expliquer aux femmes qu’elles devraient ou pas porter le voile, comment dois-je l’interpréter?

Lorsqu’un homme répond ou parle à la place d’une femme, c’est comme si il niait l’existence de celle-ci. C’est un peu caricatural mais c’est aussi simple que ça. Exprimé dans un anglicisme presque teinté d’une fausse sympathie, cela donne : le manswering, le mansplaining, le manterrupting, prenez l’option qui vous conviendra le mieux!

Je voudrais citer ici un homme, Augustin Trapenard, journaliste culturel et critique littéraire français, lorsqu’il dit dans une interview au QG Magazine : « Le problème est toujours le même : la domination de l’homme, c’est aussi une domination de langage. Si on parle à la place des femmes, c’est problématique. Je me dis toujours, en tant qu’auditeur, pourquoi ce n’est pas une femme qui parle ? Prenez tous les sujets autour de la GPA* en ce moment, c’est hallucinant, cela touche particulièrement les lesbiennes et on ne les voit pas sur les plateaux. On ne les entend pas. » Il a tout compris! Je vous invite d’ailleurs à lire cet interview dans son intégralité pour en savoir davantage sur Augustin Trapenard et sur ses combats aux côtés des femmes.

Alors certes, oui les avis de ces messieurs sont les bienvenus quand ils sont sollicités, mais les injonctions à ou les appropriations de notre féminité, non merci, surtout lorsqu’elles ne sont pas empreintes de bienveillance!

Nous n’avons pas besoin d’être dans un rapport de force avec les hommes. Bien au contraire! Les deux sexes je pense peuvent s’exprimer librement sans se sentir marcher sur les pieds. Cela dit, trop souvent, une femme qui prend la parole et qui le fait fermement est mal vue dans nos sociétés. On dit d’elle qu’elle a une ‘grande bouche’, ou pire qu’elle est impolie, qu’elle porte le caleçon. Parce qu’elle ose exprimer sa vérité et dire par elle-même ce qu’elle pense, elle est traitée de femme mal élevée ou de mauvaise compagne.

Que faudrait-il donc faire? Se taire pour paraître respectable et laisser les hommes parler à notre place? Ou tenter de bousculer certaines idées arrêtées pour avoir l’occasion de s’exprimer au risque de passer pour une grande gueule?

Personnellement, je préfère remettre ceux qui le méritent à leur place, sans demander mon reste. Et c’est ce que je n’ai pas manqué de faire avec cet infirmier stagiaire en lui demandant si il était en possession d’un utérus pour m’expliquer la vie! Son regard et son étonnement en ont dit long.

Assez dit pour aujourd’hui, je retourne à mes bouquins!

*Gestation Pour Autrui
Photo : 50-50magazine.fr

 

 

 

12. BOOK – La puissance du féminin, de Camille Sfez

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C’est le genre de livre que j’offrirai sans hésiter à mes petites sœurs ou à ma filleule le jour où elles seront en âge de saisir la profondeur du sujet. Notre féminité nous est malheureusement, et bien souvent, si étrangère. Nous n’en saisissons que très rarement l’aspect sacré ; il peut même nous sembler complètement farfelu dans certains cas. Quel gâchis penseraient certaines… En lisant chacune des pages de cet ouvrage, j’ai pris conscience et (re)découvert de nombreux aspects de ma nature, ma nature féminine, mon moi intérieur, que si souvent j’ai négligé par ignorance. Je partage avec vous certains points qui je l’espère, vous donneront envie de le lire à votre tour.

L’auteure Camille Sfez a su trouver les bons mots et le ton adéquat pour aborder des thèmes tels que les règles, le pardon, le tabou autour de la maternité ou des IVG ou encore la prière, le tout avec beaucoup de bienveillance vis-à-vis du lecteur (plus précisément de la lectrice). Lorsqu’elle explique l’importance pour une femme de mettre en place des rituels dans sa vie, par exemple lors de ses règles, ainsi que la nécessité de s’accorder du temps et du repos, je me suis rendue compte que jamais je n’avais porté un tel regard sur mon corps pendant ces périodes dites lunaires (avec ses règles, « avoir ses lunes »), sauf lorsque j’y étais contrainte. Bien souvent, je ne me repose pas, je force même la machine en faisant du sport ou de gros travaux ménagers, comme si m’occuper intensément me faisait oublier le moment présent. Pire, il arrive parfois que je profère à mon utérus des paroles de colère et de désapprobation. A travers des phrases simples et un style fluide, le rappel nous est fait au travers de ces pages la nécessité de porter un regard doux et indulgent sur notre matrice. Et ça fait du bien.

Il y est donc question de l’intérêt pour les femmes de faire la paix avec leur corps physique, mais aussi avec leur masculin intérieur et avec les hommes importants de leur vie. On y parle également des énergies sacrées échangées lors des rapports sexuels, de la spiritualité de façon générale et en particulier du divin qui habite en nous en tant qu’être humain, de la mémoire des femmes de notre lignée, de celles qui ont vécu avant nous et de l’importance de réfléchir à leur existence passée : pensons-nous qu’elles aient souffert? comment ont-elles été aimées? quelles ont été leurs cicatrices et leurs souffrances qui aujourd’hui peuvent indirectement impacter le tracé de nos vies de femmes? Autant de volets auxquels je ne porte pas suffisamment d’attention et de réflexion, et pour lesquels j’ai pris relativement conscience grâce à cette lecture.

De façon brève, cet ouvrage que Camille Sfez nous offre a pour vocation d’aider les femmes à faire la paix avec leur corps, à révéler leur féminin profond grâce à des rituels et à renouer avec leur puissance « sauvage », celle-là même non lissée par la société et ses diktats. Il est vrai que beaucoup parmi nous sont façonnéess par notre éducation principalement, mais parfois aussi par les autres, leurs attentes, leur regard qu’ils peuvent porter sur nous. On décide pour nous depuis notre plus jeune âge. Notre prénom est la première étiquette que l’on nous colle. On nous inculque ce qui semble être bon et juste pour nous. Mais combien sommes-nous à véritablement savoir nous détacher de tout cela, porter un regard critique sur notre existence et avoir conscience de notre féminité telle que définie, entre autres, dans cet ouvrage?

Je sais que pour ma part, j’ai encore beaucoup à apprendre et que je reste curieuse de tout ce que peut être ma féminité. Je sais aussi qu’il est important d’apprendre aux jeunes filles à se conscientiser suffisamment tôt de tous ces sujets et qu’il est capital de leur fournir les moyens d’y parvenir.

Pour finir, je note ce bouquin d’un joli 9/10 et vous invite à vous en procurer un exemplaire si vous ne savez pas vraiment quoi bouquiner cet été.