27. BOOK – L’homme nu, de Marc Dugain et Christophe Labbé

Quelle idée fantastique que d’avoir écrit cet ouvrage! Je me suis régalée! Chaque chapitre vous apprendra quelque chose, vous invitera à la réflexion et à la critique. Il est difficile de lire ce bouquin sans être tenté de s’arrêter de temps en temps pour se poser la question suivante : « Ne vont-ils pas trop loin? », ou encore « que veulent-ils exactement dire par là? ». Bref, on ne s’ennuie pas et c’est vivifiant !

Avez-vous eu l’occasion de lire 1984 de George Orwell? Si oui, grand bien vous fasse, L’homme nu est similaire à une actualisation de 1984. Si non, il n’est jamais trop tard pour le lire, ou du moins pour essayer de le lire – étant donné qu’il est quelque peu complexe à appréhender. Les deux ouvrages sont étroitement liés ; certains passages de 1984 sont cités dans L’homme nu, pour venir appuyer des affirmations de notre époque numérique. George Orwell était-il un prophète? Vraisemblablement.

L’homme nu est un ouvrage qui met en lumière les dérives du numérique, la surexploitation des données personnelles des utilisateurs d’internet par les big data – les GAFA : Google, Apple, Facebook et Amazon – à des fins commerciales, ou même politiques. Jusqu’où ces grandes firmes ont-elles le droit d’aller, surtout lorsqu’elles le font au nom de la sécurité publique? Selon Marc Dugain et Christophe Labbé, aussi loin que leur permettent les accords que nous leur donnons à chaque fois que nous ouvrons une page web et cliquons sur le bouton ‘Accepter les conditions générales d’utilisation‘. « Qui appuie consent. » Autant dire que tant que nous serons sur internet, tout sera possible, la vie privée n’y existant pas. Notre identité, nos goûts en terme de musique, de lecture, de vêtements et même de sexe, peuvent être vendus à des sociétés X dans le but de répondre par exemple à nos demandes spécifiques, même si ces dernières ne sont pas expressément formulées : internet anticipe nos besoins et y répond sans même que nous ne lui demandions! it’s magic! 

Dans cet ouvrage, outre les informations dont disposent les big data à notre sujet – qui au passage pousse à s’interroger sur la taille de notre empreinte numérique – , se pose également le sujet de la place de l’intelligence artificielle. Notre monde va toujours plus vite, toujours plus loin, avec un objectif : faire toujours plus de profit. Des humanoïdes plus performants que les travailleurs d’aujourd’hui prendront bientôt notre place. Nous serons probablement, voire indéniablement relégués au second plan, d’après les études présentées par l’ouvrage. Quelle triste et obscure humanité en devenir! L’intuition, la sensibilité, qui font le propre de l’être humain pourront-elles empêcher de tels extrêmes?

L’homme nu est un livre extrêmement intéressant, dont je ne voudrais pas spoiler la totalité du contenu, et qui appelle à entretenir et à nourrir notre esprit critique. A certains passages, il peut frôler la paranoïa certes, mais que cet aspect ne vous empêche pas d’être curieux de son contenu. Vous apprendrez énormément de choses sur le monde du numérique, et il vous ouvrira certainement l’esprit sur des sujets similaires.

Extrait traitant des algorithmes :

… à force de ne discuter qu’avec des personnes qui nous ressemblent, le brassage d’idées tourne à vide, les esprits se ferment, les opinions se figent, Internet comme lieu de débats devient une illusion.

Xx,
Manouchka.

25. BOOK – L’attentat, de Yasmina Khadra

 

Aujourd’hui je partage avec vous un deuxième coup de cœur.
2020 commence si bien!

Si vous me suivez depuis quelques temps déjà, vous avez sans doute remarqué mon attachement à Yasmina Khadra. Cet auteur fait définitivement partie de mon Top 5 depuis quelques années maintenant, et je peux affirmer n’avoir jamais été déçue par une de ses œuvres (du moins, pas pour l’instant! lol). « Qu’attendent les singes » ou encore « Les hirondelles de Kaboul » sont par exemple des romans que je vous recommande vivement.

Mais aujourd’hui il s’agira de « L’attentat« .
L’histoire touchante du docteur Amine, imminent chirurgien à Tel-Aviv ayant tout pour réussir et qui voit sa vie voler en éclats le jour où sa femme se fait exploser au cœur d’un restaurant rempli d’enfants. Noyé dans le désarroi et la confusion la plus totale, comment saura-t-il trouver une explication plausible à la radicalisation de son épouse? A quel moment lui a-t-elle donc échappée? Elle semblait pourtant si heureuse et épanouie depuis qu’ils vivaient ensemble dans cette grande et confortable maison en terre israélienne. Ou était-ce uniquement en apparence?

En ce qui me concerne, l’auteur m’a amenée à me questionner sur la définition même de la confidentialité et du secret entre un homme et sa femme ; est-ce parce que deux personnes sont mariées qu’elles doivent forcément tout se dire, surtout quand il s’agit de convictions intimes religieuses? Le personnage principal est confrontée en permanence à  sa douleur, celle de se rendre à l’évidence qu’il ne savait pas tout de sa femme, voire rien du tout. Comment a-t-elle pu décider de sacrifier sa vie, de tuer des innocents, pour venger ses frères palestiniens? Qu’est-ce qui lui donnait ce droit quand ils menaient une vie plus que confortable en Israël? Pourquoi n’en avait-elle pas parlé avec son mari, pourquoi ne lui avait-elle pas demandé son avis? Ne comptait-il déjà plus pour elle alors qu’elle était encore vivante? Était-ce sa faute à lui si elle s’était détournée de lui? Est-ce qu’en se livrant kamikaze, sa femme était finalement une mauvaise personne dont la mémoire ne devait pas être honorée? Une foultitude de questions à laquelle il est compliqué de répondre en tant que lecteur détaché du roman, mais aussi en se mettant à la place du personnage qui tout au long du récit va être en quête perpétuelle de réponses, de lumière à mettre sur ces zones obscures de sa vie et de son couple.

Le roman aborde subtilement et à la fois sans langue de bois le sujet de la religion, de la radicalisation, mais aussi du conflit Israëlo-Palestinien. Un vrai coup de cœur, d’autant plus qu’il est aussi extrêmement riche en vocabulaire, et que les dialogues sont superbement rédigés (vous êtes avec les personnages lorsqu’ils discutent, vous sentez leurs émotions, vous êtes happés par leur énergie! un régal!!). Mais je ne vous en dis pas plus et vous invite à vous le procurer, ou à vous le faire offrir pourquoi pas, et à le dévorer, tout simplement.

Extrait, page 75 :

On croit savoir. Alors on baisse la garde et on fait comme si tout est au mieux. Avec le temps, on finit par ne plus prêter attention aux choses comme il se doit. On est confiant. Que peut-on exiger de plus? La vie nous sourit, la chance aussi. On aime et on est aimé. On a les moyens de ses rêves. Tout baigne, tout nous bénit… Puis, sans crier gare, le ciel nous tombe dessus. Une fois les quatre fers en l’air, nous nous apercevons que la vie, toute la vie – avec ses hauts et ses bas, ses peines et ses joies, ses promesses et ses choux blancs ne tient qu’à un fil aussi inconsistant et imperceptible que celui d’une toile d’araignée. D’un coup, le moindre bruit nous effraie, et on n’a plus envie de croire à quoi que ce soit. Tout ce qu’on veut, c’est fermer les yeux et ne plus penser à rien.

Xx,
Manouchka.

24. BOOK – Un homme, de Philip Roth

Je ne me rappelle plus du tout de quel film il s’agissait, mais j’ai découvert ce livre ainsi : en regardant un film au cinéma. L’actrice principale discutait avec une amie dans une librairie puis a brandi ce livre en disant qu’il était une référence qui lui avait permis de changer son regard sur le monde. Quelques jours plus tard, je m’étais offert « Un homme » de Philip Roth. C’était en 2018. Depuis l’auteur est décédé (R.I.P.), laissant derrière lui une foultitude d’ouvrages, et à ce moment-là, moi je n’avais toujours pas lu « Un homme ».

Quelle gruge je suis! Je ne vous ai pas souhaité les bons vœux de la nouvelle année! Où avais-je la tête? Une excellente santé à chacun d’entre vous et surtout, si comme moi vous avez une pile à lire plus haute que vous, contrôlez vos achats compulsifs de livres et prenez le temps de bouquiner avec le stock dont vous disposez déjà.

Aujourd’hui j’ai enfin lu « Un homme », et d’une seule traite je tiens à le notifier. Je peux fièrement dire qu’il a été ma première lecture de cette année, et loin d’en être une mauvaise. C’est l’histoire de la vie d’un homme. A son décès, sa famille se retrouve autour de sa dépouille pour la cérémonie de l’enterrement. Le roman commence par cette séquence. Puis l’histoire de sa vie nous est ensuite racontée. Ses trois mariages, tous soldés par un divorce. Sa fille Nancy dont il est le plus proche et qui sera son ange gardien tout au long de sa vieillesse. Ses multiples combats contre la maladie. Son rapport à sa famille et plus particulièrement à son frère, un mélange de jalousie et d’admiration pour celui qui contrairement à lui, aura tout réussi dans sa vie : son mariage, ses beaux enfants, son travail florissant et sa santé de fer. Mais il s’agira aussi de ses regrets, de ses remords. De ses choix. De ses folies. De ses tromperies. De ses réussites mais aussi de ses faiblesses. Bref la vie d’un homme spécial et à la fois quelconque, racontée en toute simplicité et sans aucun jugement. Elle nous est juste présentée, comme pour rendre un dernier hommage à celui qui aura marqué à sa façon l’existence de tous ceux qu’il aura rencontrés.

En ce qui me concerne, je pense qu’on aurait pu remplacer le titre du roman « Un homme » par « Une femme », ou encore par « Quelqu’un ». C’est un récit qui en fin de compte peut s’appliquer à tout individu. À la fin de votre existence, l’on se souviendra de votre histoire, de votre vécu. On parlera de vous en disant ce que vous avez accompli, ce que vous avez réussi ou moins bien réussi. « Un homme » est une histoire dont on peut remplacer les différents épisodes pour les adapter à la vie de n’importe qui. De moi, de vous, du boulanger d’en face ou du banquier d’à côté. Lorsque j’ai refermé le livre, à la dernière page, j’ai été envahie par un étrange sentiment de bien être et de calme intérieur. Comme ça me le fait très souvent après avoir lu un bon livre, un livre qui me touche, qui m’apprend quelque chose, qui ne me laisse pas indifférente, qui me ramène à ma simple condition d’être humain. Cet homme dont Philip Roth nous parle, a eu une vie pleine, certes loin d’être facile, mais remplie et pleine de rebondissements. Il l’aura vécue, embrassée, serrée contre lui sans en laisser échapper une miette. Et peu importe les choix ou les décisions qu’il aura eu à prendre, il aura été « Un homme » parmi tant d’autres, avec ses qualités et ses défauts, avec le mérite d’avoir fait de son mieux pour les autres mais aussi pour lui, afin de trouver la paix, la joie, le bonheur.

Le style d’écriture de Philip Roth dans ce livre est doux, simple et accessible à tout type de lecteur. Que vous soyez étudiant ou à la retraite, vous pourrez le lire et y prendre, je le pense, un certain plaisir. Et si jamais vous n’aimez pas lire, vous pourrez aussi songer à l’offrir à un ami ou un parent qui sera certainement ravi de n’en faire qu’une bouchée.

Encore une fois, bonne année et prenez soin de vous!

Xx,
Manouchka.

22. BOOK – Comme par magie, de Elizabeth Gilbert

Pour mes quelques jours de détente cet été, j’ai choisi d’emporter dans mes valises un livre ‘léger’. Une couverture colorée, un titre qui peut laisser songeur, et surtout pas trop épais – eh oui, le nombre de pages aussi compte ! « Comme par magie » de Elizabeth Gilbert.

Est-ce une impression personnelle ou un fait avéré ? Mais la créativité est vraisemblablement un sujet d’actualité. En librairie on trouve foule de bouquins, des blogs en parlent à toutes les sauces et sur YouTube, des vidéos en voulez-vous en voilà. Et je dois avouer que c’est un sujet intéressant, qui mérite que l’on s’attarde dessus.

Personnellement, avant de lire ce roman de Elizabeth Gilbert, j’avais l’impression que la créativité était une forme de don, de pouvoir magique. Et que tout le monde ne pouvait pas avoir la chance d’en être doté. Les personnes auxquelles je pensais en terme de créativité étaient toujours voire uniquement des artistes; des stylistes et des écrivains. Par exemple, vous convenez avec moi que Jean-Michel Basquiat, peintre noir mondialement célèbre, est indéniablement créatif ! George RR Martin, écrivain et auteur de la saga « Game of Thrones » est on-ne-peut-plus créatif également. Prenons d’autres exemples plus accessibles. Ma belle mère, couturière et styliste pleine de talents, est créative : lorsque je la vois couper ses pagnes en murmurant de petites phrases à peine audibles, je ne peux m’empêcher de me dire qu’elle est magique. Ma sœur, photographe, sait regarder le monde comme je ne saurais le faire – vive la créativité ! Et le monde regorge de ce type d’exemples, il suffit que vous regardiez autour de vous. Les gens sont créatifs, et par je ne sais quel mystère, parviennent à matérialiser multitude de pensées fabuleuses qui naissent dans leur esprit.

En ce qui me concerne, je ne me considère pas vraiment comme quelqu’un de créatif, voire pas du tout. J’ai beaucoup de mal à me laisser aller quand par exemple il m’est demandé de faire des gribouillis au stylo, ou au pinceau. Je suis constamment concentrée sur l’importance de faire quelque chose de ‘propre’, de ne pas dépasser les lignes au cours d’une séance de coloriage. Sans compter le fait que j’ai énormément de mal à laisser voyager mon imagination. En clair, je suis longtemps restée bloquée sur l’idée que mon esprit était probablement rigide, ou trop cartésien. Comme je vous l’ai écrit plus haut, je pensais que la créativité était réservée à certaines chanceuses personnes.

Et puis j’ai lu « Comme par magie ».
Et puis j’ai compris que les choses n’étaient pas aussi figées dans la vie.
Et puis j’ai réalisé que nous pouvions tous jouir de ce pouvoir magique qu’est la créativité.

Elizabeth Gilbert a écrit ce livre dans un style vraiment très « cool ». J’ai eu l’impression qu’une amie me parlait directement. Le ton est léger et teinté d’humour. C’est un livre vraiment très agréable à lire. Idéal pour traîner au bord de la mer ou sur une terrasse ensoleillée. Avec des mots bien à elle, et en partageant également son histoire personnelle, l’auteure nous explique sa perception de la créativité.  Pour elle, tout le monde peut être créatif. Sans exception. Et non, ce don n’est pas uniquement réservé à une certaine élite. Pour embrasser sa créativité, il faut avant tout reconnaître l’existence de la créativité, la considérer comme une amie qui nous accompagne tout au long de notre vie, accepter de se laisser emporter dans une histoire avec elle et ne pas lutter contre ses appels. Laissez-vous porter par vos envies, de couleurs, de formes, d’odeurs, de mélodies. Ne pensez pas que votre imagination est absurde, ne la jugez pas. Tout ce que vous imaginez est légitime et a le droit d’être exprimé. Un dessin, une histoire, une chanson, un style vestimentaire, peu importe. La créativité peut se manifester de diverses manières dans nos vies, à nous de savoir lui donner vie. Aussi, Elizabeth Gilbert nous explique qu’il n’est pas obligatoire que la manifestation de notre créativité donne naissance à quelque chose de parfait. Parfois un dessin est réussi, et parfois non. Parfois il peut plaire, parfois non. Mais que quelqu’un en soit friand ou pas ne nous concerne pas. Les goûts et les couleurs… comme dit le dicton, ne se discutent pas. Dans tous les cas, rien n’est grave. Le plus important étant de laisser notre créativité se manifester.

Un point que j’ai également trouvé intéressant, celui où l’auteur explique que la créativité mise au service de l’argent se meurt. Concrètement, si votre objectif est avant tout de devenir riche en créant, vous ne serez pas aussi excellent que vous vous laissiez avant tout porter par le simple désir de créer, de vous réaliser, de laisser libre cours à votre créativité. Vous pourriez même, selon l’auteur, être médiocre.

Si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à lire cet ouvrage. Il est beau, joyeux, magique, il donne envie de croquer la vie tout simplement. Faites-vous plaisir, faites ce que vous aimez dans la vie, ou au moins, essayez !

A très vite !