17. BOOK – L’autre moitié du soleil, de Chimamanda Ngozi Adichie #12booksin2019

Lautre moitie du soleil

C’est un véritable et profond coup de cœur que je partage là. L’autre moitié du soleil est le 2e roman de Chimamanda N. A. que je lis, le premier était Nous sommes tous des féministes que j’avais également beaucoup aimé et que bien sûr je vous recommande!

Pour cette fois, l’auteure nous emmène au Nigéria. Début des années 60. Les jumelles Olanna et Kainene, issues d’une famille très riche, ont l’avenir devant elles. Olanna, universitaire, est amoureuse d’Odenigbo, et décide de s’installer avec lui, avec à leurs services le boy Ugwu. Kainene, femme d’affaires indépendante, secrète, est en couple avec Richard, journaliste britannique amoureux de la culture locale. Alors que la vie suit son cours, le 30 mai 1967, le Biafra se proclame indépendant du Nigéria et la guerre éclate faisant avec elle des milliers de victimes.

Toute l’histoire s’articule entre le début des années 60 et la fin des années 60. Avant la guerre, pendant la guerre. Les repères chronologiques sont distincts et clairs. Je me suis beaucoup attachée aux personnages dès le début du roman. J’ai vraiment eu le sentiment que l’auteure avait apporté un soin particulier à leur construction pour justement faire naître chez le lecture une affection immédiate pour eux. Ils ont tous des personnalités très différentes – du coup forcément j’en ai préféré certains à d’autres, mais je crois que c’est aussi parce que vivant en Afrique, j’ai pu facilement m’identifier à leur univers, m’imaginer les lieux, sentir les odeurs décrites avec beaucoup de subtilité, que je les ai tant aimés.

Pendant la guerre, les personnages voient leurs vies complètement basculer dans la misère, la fuite permanente des bombes et des raids aériens, la mort des proches et des membres de la famille, la chute des villes, la violence des forces militaires, le manque cruel d’argent et de nourriture. Mais il y a aussi tout l’espoir qu’ils nourrissent de voir le conflit s’arrêter, et la vie reprendre un cours normal. Cet espoir est palpable à toutes les lignes du récit. Un chant d’amour à la vie. Un voyage au Nigéria qui ne m’a du tout laissée insensible.

J’ai trouvé le récit très bien construit, l’écriture simple et efficace. Les descriptions des lieux, des mets cuisinés, de l’environnement, des personnages étaient toutes très bien faites ; elles ont su donner un bon souffle de vie au roman. J’ai été happée par l’histoire dès les premières pages, et n’ai aucun mal à lire les 650 pages en quelques jours. Bien installée dans le canapé du salon, une boisson fraîche (parce qu’il a fait très chaud ces jours-ci), et voilà, un vrai régal!

Au passage, je n’ai pas encore lu Americanah, mais je pense que je le ferai à l’occasion, afin de pouvoir faire une comparaison et donner également mon avis sur ce roman.

A très vite!
Et lisez, lisez, lisez…

13. BOOK – A quand l’Afrique, de Joseph Ki-Zerbo

 

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Un soir de week-end entre amis. Nous « chillons » (du verbe « chiller » qui se prononce « tchiler », et fait référence à une attitude cool, décontractée et reposante), nous discutons de tout et de rien. Ne sachant pour quelle raison précise, nous nous retrouvons entraînés dans un débat ardent et passionné autour de l’Afrique et de l’impact de la colonisation sur son développement. Autant vous dire que j’ai été impressionnée par la connaissance et la culture que possédaient certains des participants. Je les ai trouvés très à l’aise avec le sujet, confiants dans leur prise de position et à aucun moment, ils n’ont tari d’arguments ou d’exemples concrets pour appuyer leurs dires. J’étais complètement hypnotisée, admirative de la qualité des échanges et buvais les paroles des uns et des autres en me rendant compte une fois de plus, que la culture était l’un des vêtements le plus luxueux que pouvait porter une personne à mes yeux. Moi aussi je voulais pouvoir tenir ce genre de conversations! C’est à ce moment-là que j’ai eu ce profond désir de lire des ouvrages qui parlent du continent, de son histoire, qui apportent des réponses à des questions précises sur l’origine, l’évolution, le développement, la culture de la Terre mère. C’est bien de lire des romans, de lire du développement personnel, mais lire des livres d’histoire sur l’Afrique lorsqu’on en est originaire (si possible écrite par des africains eux-mêmes), c’est également très bien! Pour avoir une meilleure vision du lendemain, pour comprendre ce que nous vivons aujourd’hui dans nos pays africains, dans nos cultures, il est primordial d’avoir une notion claire du passé. Et les réponses à toutes ces zones d’ombre se trouvent dans les livres, dans les bons livres.

Je n’ai pas perdu de temps, quelques jours plus tard je me suis rendue dans une de mes librairies favorites (avec la ferme intention de m’y ruiner comme à chaque fois que je m’y rends!). Devant le rayon dédié à la littérature africaine, j’ai hésité devant toute une pile de bouquins et ai finalement choisi un livre qui me paraissait assez simple à lire et à la fois suffisamment intéressant pour que j’en apprenne quelque chose. « A quand l’Afrique? », un titre qui appelle à la réflexion, à la remise en question, au questionnement ; voilà qui me semblait idéal pour une première lecture à peu près « sérieuse ».

L’ouvrage se présente sous la forme d’une interview entre Joseph Ki-Zerbo, historien et homme politique burkinabè, et René Holenstein, docteur en histoire et spécialiste des questions du développement. De nombreuses questions relatives à l’Afrique y sont abordées, comme la mondialisation, la démocratie et la gouvernance, les droits des hommes et des femmes, le tout sous fond d’histoire postcoloniale et de critiques sur le néocolonialisme. L’ouvrage se lit relativement vite, mais je pense personnellement qu’il faut prendre le temps d’analyser les échanges entre les deux hommes, prendre des notes si nécessaire (on y trouve un riche vocabulaire!) et poser, pourquoi pas, la réflexion.

J’ai trouvé la totalité de l’ouvrage très intéressante, très instructive et nourrie en informations sur l’Afrique telle qu’elle fonctionnait avant la traite négrière et la colonisation. Joseph Ki-Zerbo y explique toute la force dont disposait l’Afrique à travers sa culture – et par conséquent, à quel point le continent est pénalisé par le développement importé de l’Occident qui ne s’aligne pas toujours avec ses valeurs et ses traditions originelles – et comment il est important pour les générations actuelles de retrouver leurs racines si elles espèrent redonner un jour la place qui revient au Continent dans le monde. Il analyse l’importance pour l’Afrique de travailler avant tout sur un développement endogène, ce qui appelle obligatoirement à une unité entre les pays africains. Il aborde également la place des langues africaines dans l’éducation. J’ai été intéressée par beaucoup de passages, je ne pourrai pas tous les citer, mais en particulier par celui où il est question du droit des femmes ; l’historien burkinabè y raconte la place de la femme africaine dans la société avant l’arrivée des colons, il y décrit son indépendance, sa force, son pouvoir et son influence dans l’économie ou les prises de décisions importantes par exemple. Certains diront : le bon vieux temps !

Il faut savoir que bon nombre d’argumentations dans cette interview renvoient à l’exemple du Burkina Faso, d’où est originaire Joseph Ki-Zerbo. Pour ma part, j’ai trouvé cela instructif car il reprend l’histoire du Pays des hommes intègres et parle également de Thomas Sankara. Cependant, j’avoue que j’aurai bien aimé que d’autres états y soient évoqués, afin de diversifier les points de vue.

De façon générale, ce fut un très bon livre.
Je continuerai sur ma lancée Littérature Africaine, c’est sûr!
Si vous avez des recommandations de bouquins, n’hésitez pas à les partager en commentaires.

A bientôt!!