42. De la vie et de l’au-delà

Il m’arrive parfois de penser à la mort. Pas plus tard qu’hier, avec l’une de mes sœurs, nous nous demandions ce qu’il pouvait bien y avoir au delà du dernier sommeil. Pour plaisanter, je lui ai répondu « Rien! », ce qui l’a clairement choquée. Elle a rétorqué : « Mais comment ça rien? Tu penses qu’on vit tout ça aujourd’hui pour RIEN?! ».

Selon les croyances de chacun, l’après-cette-vie peut donc être le néant, le paradis ou l’enfer, le purgatoire, ou encore la réincarnation de notre âme dans une nouvelle enveloppe humaine, animale ou même végétale qui sera conditionnée par celle que nous menons actuellement. Quand beaucoup crient à l’outrage ou à l’appel du mauvais œil lorsqu’on évoque la mort, je suis de celles et ceux qui trouvent qu’il est naturel d’en parler ou de s’interroger sur le sujet.
Vivre, c’est irrémédiablement mourir un jour. Nul n’est éternel.

Alors que personne n’est à ce jour certain de ce qu’il adviendra de notre âme après la mort, cela n’empêche pas certains de s’en aller avec ce qu’ils ont de plus précieux.

Ainsi, il est tout à fait envisageable de brûler le défunt avec ce qu’il a de plus précieux ou de l’enterrer avec, en s’imaginant qu’ainsi il ne sera pas « pauvre » une fois arrivé de l’autre côté. C’est d’ailleurs ce que faisaient les Egyptiens par exemple dans les pyramides où les momies des pharaons, placées dans des sarcophages, étaient accompagnées d’objets précieux ou encore de chaouabtis, petites statuettes représentant leurs serviteurs censés répondre à leur appel dans l’au-delà. Pour en savoir un peu plus, je vous propose de lire cet article qui présente les différents tombeaux égyptiens de l’Ancien Empire.

Les Vikings, ou peuples scandinaves, eux aussi accordaient une grande importance à la fin de vie et au passage vers l’au-delà. Certains de leurs morts étaient enterrés dans des navires, avec des objets de valeur mais aussi des esclaves que l’on sacrifiait pour les accompagner. Il faut savoir que les Vikings partaient à la conquête du monde sur leurs navires – appelés draakar en français, et étaient donc un peuple de la mer. Enterrer leurs défunts avec ces bateaux était donc fort de symbolique.

Des études montrent qu’il subsiste encore à ce jour des vestiges de draakars en Norvège que souhaitent d’ailleurs explorer certains scientifiques, comme nous l’indique cet article que j’ai eu à lire dans le cadre de l’atelier d’écriture que je suis actuellement. Je ne peux m’empêcher de faire un clin d’œil à la série Vikings, dont je n’ai regardé aucun épisode ! Il n’est jamais trop tard pour se rattraper me direz-vous, et vous avez absolument raison, j’y travaillerai !

Bateau Viking

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Se faire enterrer avec des objets de valeur peut être une manière de témoigner également de l’éternité de ce que nous avons été. Si il est vrai que la pratique fait généralement référence à une époque ancienne, rien ne nous empêche de nous questionner sur la manière dont elle pourrait être appliquée aujourd’hui, en tenant compte de notre contexte actuel. Un Viking de l’époque contemporaine se ferait-il enterré dans sa voiture accompagné de son smartphone par exemple ? Une telle image est littéralement trop métallique et me donne tristement les larmes aux yeux.

J’ai toujours trouvé que je possédais trop d’objets inutiles. Trop de vêtements que je ne porte pas. Trop d’objets décoratifs qui finalement encombrent plus qu’autre chose. Trop de produits de beauté qui ne servent à rien. Et parfois, je me demande même si je ne devrais pas me séparer de certains livres après les avoir lus au lieu de les entasser sur des étagères et les laisser jaunir de vieillissement.

J’essaye, tant bien que mal, de me défaire de tout ce qui est superflu dans mon quotidien mais je vous assure que ce n’est pas évident, surtout dans notre société actuelle où le besoin se présente en tout et partout. En plus des échanges et discussions que j’ai avec certains amis sur le sujet, un documentaire a contribué à me faire réaliser notre folie consommatrice : il s’agit de MINIMALISM que je vous invite à regarder sur la plateforme NETFLIX. De façon claire et simpliste, Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus, tous deux minimalistes, y défendent l’idée selon laquelle on peut être heureux en se contentant de peu, ce que j’ai trouvé fort enrichissant et constructif pour ma vie personnelle.

A notre époque actuelle, si il est vrai que beaucoup accordent une grande importance à ce que nous possédons sur le plan matériel (maisons, comptes bancaires, voitures, sacs de marque, etc.), il ne faut pas se leurrer sur le fait que ce que l’on retiendra de nous une fois que nous serons partis, sera nos réalisations. C’est en tout cas ce à quoi je crois. Nous ne pourrons pas emporter nos réalisations dans notre cercueil ou les faire incinérer avec nous, mais elles demeureront vivantes et continueront de faire notre nom. L’empreinte de Nelson Mandela par exemple, a été plus que forte dans le domaine de la lutte contre la ségrégation raciale et son nom continue d’être cité, pour ne pas dire célébré, aujourd’hui.

Et lorsque je repense à ma sœur lorsqu’elle me demande « Tu penses qu’on vit tout ça aujourd’hui pour RIEN?! », je ne peux m’empêcher de réfléchir aux efforts fournis pour l’amélioration de ma personne ou aux bonnes actions posées. A aucun moment je ne pense aux biens matériels. Bien sûr, je ne dis pas qu’il faille ne pas s’investir dans la construction d’une maison par exemple ou dans sa réussite financière, je crois juste que ces succès-là ne s’emportent pas dans l’au-delà.

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Il est vrai qu’il est important de faire la distinction entre l’empreinte de toute une civilisation et celle d’une personne lambda. En ce qui me concerne, je doute aujourd’hui faire partie d’une civilisation forte et je doute que nous marquerons le monde à la manière des Egyptiens par exemple. Peut-être que dans plusieurs années, les générations regarderont notre époque d’un œil admiratif, en encensant probablement l’évolution actuelle fulgurante de la technologie. Mais je pense que nous serons aussi tristement célèbres pour la destruction écologique à laquelle notre ère s’adonne sans conscience.

Perdu au sein de cette ère contemporaine qui est la nôtre, l’individu demeure au centre de sa propre vie. Nous devons jouer notre rôle pour le bien de l’humanité, tout en sachant que nous ne serons peut-être enterrés qu’avec un chapelet, un livre ou une petite photo. Nos actions seront nos meilleures signatures, nos meilleurs souvenirs. D’où mon désir d’apprendre à vivre léger, sans superflu, pour pouvoir me concentrer sur l’essentiel et travailler au mieux sur l’amélioration de ma personne.

Je voudrais finir ce billet en rendant hommage à un ami qui a perdu la vie il y a bientôt quatre ans. Il venait d’une famille prospère et très riche. Le jour de son enterrement, nul n’a évoqué de ce qu’il possédait sur le plan matériel. Jamais avant ce jour là, je n’avais eu l’occasion de voir autant de monde réuni pour accompagner une seule personne à sa dernière demeure. Nous étions plus de 1500 personnes. Nous étions tous accablés par son départ soudain. Nous étions tous tristes et abattus.

Mais par dessous tout, nous nous rappelions tous, et sans exception, de sa gentillesse et de sa grande générosité. Sa simplicité inspirait énormément de personnes et sa joie de vivre n’avait pas d’égal. Il a été enterré entouré de centaines de personnes qui l’aimaient et l’adulaient, et avec ce qui nous le pensions tous, le symbolisait le mieux : un casque de moto. Il avait 36 ans. RIP J.

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Je suis Manouchka. Sur ce blog, je partage mes lectures, mes pensées, mes écrits. Vos retours enrichissent le débat, n’hésitez donc pas à me laisser vos commentaires et vos avis. Et par dessous tout, merci de me lire !
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41. BOOK – Ni Noir Ni Blanc, ou Mémoire d’une peau de Williams Sassine

Je suis passée par toutes les émotions : j’ai ri, j’ai eu peur, j’ai été choquée, j’ai ressenti du plaisir, j’ai été triste, j’ai été en colère, j’ai souri.

Entre les pages de ce livre sommeille littéralement de la poudre à canon. A sa manière, chaque paragraphe du récit vient titiller la sensibilité du lecteur. L’émouvoir. Le bouleverser. L’indigner. D’une manière ou d’une autre, on est touché. Il est impossible d’y rester insensible, d’en sortir indifférent.

A plusieurs reprises, j’ai été happée par ce que certains appellent Le ‘Je t’aime, Moi non plus!’. Plus j’avançais dans ma lecture, plus j’ignorais si j’en appréciais sincèrement ou en détestais le contenu. Comme je le disais précédemment, un embrouillamini d’émotions.

Car l’auteur n’y est pas allé par quatre chemins pour exprimer le fond de sa pensée. Les mots sont crus et pénétrants. Les scènes, parfois très sexuelles, sont décrites sans faux-semblants. Les détails, acérés. Quant aux personnages, puis-je me permettre de vous avouer les avoir trouvés tous un peu fous?! Un délice!

Le personnage principal, Milo, est au premier abord détestable. Il a de nombreux vices. Il tue. Il boit. Il frappe et cogne sans remords. Il ne respecte pas les femmes, il préfère les chosifier. C’est un manipulateur qui n’a pas peur de blesser les autres en se servant du tranchant de sa parole. Mais par dessus-tout – et c’est d’ailleurs ce qui vient humaniser sa personnalité bestiale et lubrique – Milo souffre d’un cruel manque d’amour. Il le dit, le répète inlassablement, tout au long de sa narration dans laquelle il nous embarque avec brio.

D’amour vrai et pur Milo a soif. Il le recherche jour et nuit, sans relâche, en chaque être qu’il rencontre. Toutefois, ne nous méprenons pas, il ne s’agit ici ni du grand amour, ni du très mythique coup de foudre. Ce dont Milo rêve, c’est d’un endroit calme et apaisant où il pourrait se reposer et juste être lui-même, sans avoir peur d’être découvert ou mis à nu. C’est ce nid douillet et sûr où il aurait la possibilité de se laisser aller à ressentir le feu qui consume ses entrailles les plus profondes. Ce précieux sentiment de paix et de confiance qui lui ferait enfin croire qu’il est digne d’exister, qu’il n’est pas une brute comme le lui crie quotidiennement sa compagne Mireille.

Même si Milo partage sa vie depuis plusieurs années avec elle, même si ensemble ils ont des enfants, c’est vers un gouffre sans fond que l’auteur choisit de diriger leur relation, mélange explosif de passion et de détestation. Alors qu’il ne peut s’empêcher de coucher avec d’autres femmes, Milo ne souhaite pas se séparer de Mireille car elle constitue l’unique repère stable de sa vie.

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Milo est atteint d’albinisme – même si il me plaît de penser qu’il pourrait aussi être un métisse, comme l’était l’écrivain Williams Sassine qui s’est beaucoup inspiré de sa propre vie pour rédiger ce roman. Le reflet de son image dans le regard des autres et celui de la société le répugne. Il n’est ni noir, ni blanc. Jaune peut-être. Pas sûr. Il est persuadé qu’il est un déchet de la société. Il suscite la peur et l’écœurement.

Alors il choisit, pour étouffer ses souffrances, de se concentrer sur ce qu’il sait faire de mieux : boire de l’alcool, et surtout donner du plaisir aux femmes, comme le lui a appris son « père » quand il était petit. Depuis, Milo ne s’en prive pas et collectionne les conquêtes. Jeunes, vieilles, maigres, mariées, mères de famille, religieuses, peu importe, il n’en a que faire de leurs statuts. Dans n’importe quel lit, il les veut toutes!
Jusqu’à ce lundi soir où, au cours d’une sortie arrosée dans un bar avec quelques amis, il fait la connaissance de Rama.

Rama, femme noire à l’esprit vif, belle de cœur et de corps, mariée à Mr. Christian l’homme blanc, et dont Milo va s’amouracher en un rien de temps. Rama, au corps vibrant de plaisir, innocente coquine, à qui il dira « Je t’aime » sans compter. Rama, passionnée et passionnante, qui le conduira peut-être, à faire la paix avec ses vieux démons.

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Si il est vrai que ce roman présente le mal-être dont souffrent les albinos dans une société africaine qui a encore beaucoup à apprendre sur cette anomalie génétique et héréditaire, il touche également au besoin profond que ressent chacun d’entre nous de trouver sa place dans la communauté et dans le monde. L’auteur, Williams Sassine, qui était de père libanais et de mère guinéenne, a lui-même souffert de cette difficulté à affirmer son identité issue de cette double culture. Une fragilité qu’il expose à son lectorat à travers un personnage certes extrême dans ces plaisirs ambigus mais profondément touchant dans sa quête criante de soi.

Combien de fois n’ai-je pas moi-même eu à me poser ce type de questions existentielles? Qui suis-je vraiment en tant que métisse? En tant que femme? En tant qu’adulte? A quelle communauté appartiens-je? Quelle est la couleur de ma peau quand je ne suis ni blanche ni noire? La solitude et l’exil intérieur sont les compagnons de ce type de questionnements qui parfois mènent certains à l’agonie psychologique.

En fin de compte, ne sommes-nous tous pas un peu albinos quelque part dans notre essence? Des êtres en simple quête d’amour et d’acceptation de notre nature véritable? Lorsque certains soirs nous posons la tête sur notre oreiller et nous demandons si l’amour est véritablement au rendez-vous, si nous sommes appréciés pour ce que nous sommes profondément et non pour le rôle que nous incarnons si bien, ou pour le costume que nous portons à la perfection? Ne sommes-nous pas aussi un peu de ce magnifique être à la peau jaune qui craint le soleil et préfère l’ombre de la nuit?

Tout un ensemble de questions que l’on pourrait résumer en un simple « Qui suis-je? ». Une ode à l’identité que nous invite à chanter l’auteur avec cet ouvrage qui, à sa manière, célèbre l’amour et la différence.

Mémoire d’une peau, de Williams Sassine. Un livre délicieusement vif que je vous recommande sans modération.

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Afin de poursuivre dans le sens de l’albinisme, je vous recommande cette vidéo sur les enfants albinos en Tanzanie. S’informer et informer les autres est un devoir individuel et collectif.

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38. Déculturer pour mieux régner, ou Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

Imaginons un nouveau monde. Où les livres seraient strictement interdits. Où l’information serait rigoureusement contrôlée, dans son essence et dans sa transmission. Imaginons un nouveau monde. Où les pompiers n’éteindraient pas le feu, mais le mettraient aux maisons de tous ceux qui, clandestinement, y cacheraient des livres.

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury est LA dystopie qui décrit superbement bien une telle société.

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Je suis de celles et ceux qui croient profondément aux pouvoirs des livres. Je n’imagine pas ma vie sans eux, sans leurs histoires, sans tous les secrets qu’ils me livrent.

Mon père me poussait constamment à lire lorsque j’étais petite. Et à dessiner aussi. Il savait que ces deux activités stimuleraient l’imagination et la curiosité de l’enfant que j’étais. Aujourd’hui, la lecture est une activité que je continue de chérir et qui constitue l’essentiel de mes hobbies. Un précieux me time* qui me permet de voyager et d’apprendre.

Le livre est un excellent vecteur d’accès à la connaissance. Quelle qu’elle soit. Les histoires, les biographies et autobiographies, les poèmes, les essais, la philosophie, pour ne citer que ces registres là. Lire est un exercice qui, pratiqué de façon consciencieuse, permet également de développer la pensée critique. Sans oublier le fait que les livres constituent une importante voie de transmission de l’histoire, de ce qui a été autrefois.

Je me souviens par exemple de toute l’émotion que j’ai ressentie à la lecture du Génocide Voilé de Tidiane N’Diaye. A l’époque, j’ignorais tout de la traite arabomusulmane. Je n’avais jamais eu auparavant l’occasion d’avoir accès à de l’information traitant de cette thématique. Elle ne nous avait pas été enseignée à l’école – contrairement à la traite négrière. Personne ne m’en avait jamais parlé. Ce livre avait été alors une révélation et m’avait beaucoup appris sur les 13 siècles d’esclavage en Afrique pratiqué par les arabes ; à sa fermeture, j’étais fière et très contente d’avoir appris quelque chose de nouveau.

Grâce aux livres, nous pouvons réfléchir à ce que pourrait être le monde de demain. Nous pouvons nous questionner sur notre société et sur ses dogmes. Nous interroger sur ce qui est, sur ce qui pourrait ne pas être ou qui pourrait être autrement.

Bref, lire ouvre la boîte dans laquelle nous sommes enfermés et y fait pénétrer la lumière. Lire nous éclaire, lire nous fait réfléchir et nous permet d’accéder au sens des choses – et non aux choses elles-mêmes.

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Il est donc assez logique que dans une société où les dirigeants auraient tout à perdre si les sujets avaient librement accès à la connaissance, on en vienne à interdire et à supprimer le canal par lequel est véhiculé cette connaissance : le livre. Moins la population en sait (sur elle-même, sur son passé, sur son identité mais aussi sur les autres), moins elle se posera de questions, et plus il sera facile de diriger d’une certaine manière. Ou devrai-je plutôt dire de ‘contrôler d’une certaine manière’.

La destruction des livres par le feu dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury n’a certainement pas été choisie par hasard. En outre par un corps qui, en temps normal, éteint le feu et sauve des vies : les pompiers. C’est un peu comme si un policier, dont le rôle est de veiller à notre sécurité, se mettait à nous agresser, à nous tuer.

Dans notre société actuelle, mettre le feu à un livre n’a en soi rien de grave. Que vous mettiez le feu à votre bibliothèque personnelle au milieu de votre salon n’engage que vous (si bien sûr vous n’en venez pas à également brûler la maison de votre voisin!). Ce qui est répréhensible par la loi et condamnable par la justice, c’est la motivation qui pousse à brûler un livre, qu’elle soit politique, morale ou religieuse, associée à l’expression publique de cette motivation.

Par exemple, en 2010, une personne portant le pseudonyme de Emilio Milano avait mis le feu au Coran en Alsace, et avait été alors mis en examen pour « provocation publique à la discrimination raciale ». Bien qu’il n’ait pas été condamné à de la prison ferme, son affaire avait fait grand débat dans les couloirs de la justice.

A l’époque nazi en Allemagne, beaucoup de livres dits ‘non-allemands’ avaient été symboliquement détruits par le feu pour revendiquer la suprématie de l’idéologie allemande. Étaient passées au feu entre autres des œuvres de Stefan Zweig et de Karl Marx. Au début de l’année 2015, l’Etat islamique (Daech) avait également réduit en cendre plusieurs milliers de livres au sein de la bibliothèque de la ville irakienne Mossoul.

Cette destruction symbolique d’œuvres littéraires par les flammes – appelée un autodafé – est extrêmement lourd de symbolique. Ce qu’il faut détruire, ce n’est pas l’auteur mais la pensée que véhicule son livre. Bien qu’il faille aussi admettre que détruire une pensée revienne aussi à détruire l’homme qui en est à l’origine. Afin que vous puissiez avoir une idée de quelques autodafés qui ont marqué notre histoire, je vous invite à lire cet article très intéressant du Figaro Culture.

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Pour garder en sa possession quelques livres, le héros de Fahrenheit 451, lui-même pompier, n’hésitera pas à mettre sa propre vie, et accessoirement celle de sa femme, en danger. Il protégera ses livres, cachés sous sa veste, pressés contre sa poitrine, tout le long de sa fuite face aux autorités de la cité décidées à en finir avec lui. Un homme qui lit est une menace pour l’équilibre de la société. Un homme qui lit voit clair. Un homme qui lit pense autrement. Il représente une menace pour l’équilibre sociétal ; en partageant sa connaissance, il risque d’éveiller la curiosité des autres et d’être à l’origine de possibles soulèvements. Il faut l’éliminer.

Notre héros refusera alors par tous les moyens de se laisser impressionné et manipulé.

J’ai trouvé qu’il était là, intéressant de se questionner sur les pseudo-dangers de la connaissance. N’aurait-il pas été plus simple, pour le héros, de se contenter de ce que voulaient bien lui donner les décideurs et ainsi avoir la paix?

Nous pourrions tous, comme l’écrit l’auteur, nous contenter de loisirs classiques ; ils sont rapides, expéditifs, empêchent de réfléchir. Par exemple : la télévision grand public. Ce n’est pas par hasard, je l’imagine, que certaines chaînes explosent leur audimat grâce aux télé-réalités.

Il fut une époque, il y a environ trois ans, où en quelques semaines j’avais développé une réelle addiction aux émissions de télé-réalité. A chaque fois que j’en regardais une, je ne faisais plus attention au temps qui passait, je me dépêchais de rentrer chez moi pour regarder le dernier épisode (un ramassis de bêtises maintenant que j’y repense), je ne réfléchissais plus ; par contre, je rigolais énormément et m’en amusais beaucoup. Et le pire, j’en redemandais!

Consommer ce genre de divertissement n’est absolument pas interdit, je ne dis pas qu’il faudrait définitivement tirer un trait dessus. Un épisode de temps en temps, pourquoi pas ? ça détend, effectivement. Mais je suis personnellement convaincue que ces émissions sont faites pour nous endormir sous leurs faux airs de divertissements. Et surtout, je pense qu’en abuser est loin d’être bon pour notre santé mentale et notre lucidité.

Donc oui, on pourrait rentrer dans le moule, comme le voudraient les dirigeants du livre Fahrenheit 451 pour la population de la cité. Ce serait tellement plus simple, nettement plus facile. Ne consommer que de l’information sélectionnée par les décideurs. Ne lire que des livres choisis pour nous. N’écouter que de la musique – ou des bruits! – qu’on nous propose. Et marcher dans le même sens que la foule. Être docile et sage. Un citoyen modèle. On pourrait le faire, économiser notre énergie tout en nous épargnant moultes problèmes inutiles.

Mais pour certains, une telle subordination serait synonyme de « mort vivante ». Être sans être. Ne plus penser. Ne plus grandir. Ne plus accéder à d’autres formes de vérités, de cultures. Ne plus remettre en question. Ne plus réfléchir.

Beaucoup de personnes, de nos jours, qui osent penser à contre-courant, qui défient l’autorité en remettant en question des idées bien installées par les décideurs ne sont pas vues d’un bon œil. Au moment où j’écris ce billet, je pense notamment à l’écrivain egyptien engagé Alaa El Aswany. Son cheval de bataille : les valeurs de la démocratie. En 2019, Alaa El Aswany a été poursuivi par la justice égyptienne ‘pour insultes au président’ et son roman J’ai couru vers le Nil a alors été interdit dans plusieurs pays arabes. En dehors de cet auteur, je pense aussi naturellement à toutes les personnes qui se battent pour amener la culture aux populations qui n’y ont pas accès, conscientes de son importance sur le bien-être et la construction de l’individu, et qui se heurtent aux obstacles érigés par certains dirigeants.

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Fahrenheit 451 est définitivement un livre qui m’a rappelé la grande place de la culture, de la lecture dans ma vie personnelle mais aussi dans la vie communautaire. L’importance de lire de bons livres, bien choisis, et je pense que c’est sur ce dernier point que je vais devoir, en ce qui me concerne, mieux travailler. Choisir un contenu constructif et pertinent est aussi important que d’entrer dans une librairie avec l’optique de s’offrir un livre. Ces deux actions peuvent et doivent aller de paire afin de nous permettre d’en apprendre davantage sur nous-même mais aussi les autres et sur la (les) société(s).

Comme je ne cesse de le dire, cultivons la curiosité, ne cessons jamais d’interroger, de chercher le pourquoi du comment, et cela même au risque de déplaire à certains. C’est de notre épanouissement mental et culturel dont il s’agit là, et je suis convaincue qu’il n’a clairement pas de prix.

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Une courte vidéo pour finir sur le sujet de la déculturation :

* moment à moi

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37. Projet, Poirier et Podcast

J’ai récemment demandé à une amie si elle savait faire le poirier. D’un ton très enjoué, elle m’a répondu : « Mais ouiii!! On faisait ça quand on était à l’école, attends que je te montre! ». Je n’aime pas assister aux tentatives d’acrobaties, j’ai toujours peur qu’un os se brise ou qu’un muscle se déchire ; j’ai donc tourné les talons et suis partie me préparer un tasse de thé à la cuisine. D’autres diront que j’étais sans doute aigrie. Bon. Peut-être. Oui. Un peu. Juste un peu.

Bref, vous l’aurez deviné : je ne sais pas faire le poirier. Et je n’y arriverai probablement jamais!

Selon les experts, le poirier, techniquement appelée Sirsana, est une position de yoga qui aurait quantité de bienfaits : elle réduirait l’anxiété et le stress, améliorerait la digestion mais aussi la peau, la vue, la santé du cuir chevelu, développerait les abdominaux, augmenterait la concentration, stimulerait le système lymphatique, et la liste ne s’arrêterait pas là. Bref, autant de bonnes raisons qui devraient me motiver à m’y exercer, me diriez-vous.

Sauf que non, ça coince. Ça coince même très fort! Pour tout vous dire, je n’ai aucune envie de faire des efforts. Les rares fois où j’ai tenté de me coller à cet exercice, j’ai eu mal au cou et ai transpiré (de nervosité) comme jamais. Depuis, j’ai tout simplement abandonné l’idée de pouvoir un jour crâner dans cette position qui ne cesse pourtant de me faire rêver.

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En fait, ce qui se passe est simple : je me suis toujours imaginée partir de zéro pour arriver directement à cet instant où le poirier est parfaitement exécuté. Dans ma tête, l’entre deux n’existe pas. Il n’y a pas d’apprentissage, pas d’entraînement, pas de répétition. Je refuse d’en prendre conscience ou d’en entendre parler. Sauf que, en ce qui me concerne, je ne connais personne qui ait réussi à faire un parfait sirsana en partant de rien.

On m’a souvent dit et répété qu’il fallait se focaliser sur les objectifs. Focus on the outcome. Se concentrer sur le résultat est une excellente chose. Visualiser ce qu’on souhaite accomplir permet de travailler son imagination et de définir clairement les contours de ce qu’on entreprend. Mais il est aussi, je pense, très important de ne pas perdre de vue les différentes étapes du parcours qui mène au résultat recherché.

Mon poirier ne sera jamais exécuté du jour au lendemain.

Mais alors, quelle est donc cette voix dans ma tête, qui au lieu de me raisonner et me dire qu’il est plus sage et plus réaliste de travailler cette position au quotidien pour obtenir un bon résultat un jour, me berce d’illusions en me faisant croire que je peux le faire en 25 secondes (avec toutes les chances de me tordre le cou) ?! Une voix qui, j’ai fini par en conclure, ne me veut pas forcément du bien.

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En fait, tout dépend de la personnalité dont on est dotée. Personnellement, le temps et les expériences m’ont montré que j’étais une adepte de l’étape par étape. Procéder ainsi m’aide à ne pas flancher et à rester motivée. Toutes les réalisations et tous les projets que j’ai pu mener à bien ont été accomplis en adoptant ce mindset. Je procède généralement en écrivant mes projets dans un cahier – certains utilisent aussi des vision boards – ainsi que tous les échelons à gravir pour la réalisation de ces projets. Au fur et à mesure que les étapes sont franchies, je les raye d’un trait ; j’en tire non seulement de la satisfaction mais aussi de la motivation pour continuer ma route.

Actuellement par exemple, un de mes objectifs personnels est de parvenir à lire un livre entier rédigé en anglais avant la fin de l’année. Je sais que je n’y arriverai pas du premier coup. Alors je m’exerce dans un premier temps avec des articles de presse ou de blog, des livres pour enfants, voire d’adolescents, des livres de citations, qui ne requièrent pas de longue ou grande concentration. Puis viendra le moment j’en suis sûre où je pourrai choisir un livre entier adapté à mon niveau et atteindre mon objectif. Je préfère nettement me focaliser sur ma progression, que sur la visualisation que j’ai de moi lisant un livre de 350 pages en anglais. Petit à petit, l’oiseau fait son nid.

Pour en revenir au poirier, si je n’y suis pas arrivé, c’est selon moi parce que je n’ai pas eu le courage, ou devrais-je même dire l’humilité, d’accepter le fait que je ne pouvais aucunement le réussir du premier coup. Et à juste titre : il faut du temps, il faut se muscler le haut du corps, avoir des épaules solides pour supporter le poids du corps (qui ne doit en aucun cas reposer sur le cou pour éviter de se blesser) et il faut de la pratique sur parfois plusieurs années! J’ai honnêtement eu peur de m’y engager. Et peur de ne pas tenir le rythme.

C’est pour cette même raison que je ne suis pas régulière en terme d’activité physique sur le long terme. Le résultat est toujours enthousiasmant! Mais les efforts et la persévérance qui cela exigent me découragent assez rapidement.

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J’écoute depuis peu un podcast que j’aimerai partager avec vous, et que je vous recommande par la même occasion pour son format très court et son contenu inspirant accessible à tous. Il s’agit du 7 Good Minutes Daily Self-Improvement Podcast. L’épisode qui a particulièrement retenu mon attention s’appelle « Using the Power of Vizualization To Achieve Your Goals« . J’y ai appris que la visualisation d’un objectif atteint produisait de la dopamine, l’hormone du bonheur, mais que le plaisir et l’euphorie liés à cette hormone n’étaient ressentis que sur un court terme. Et que c’était la concentration sur le process lui-même qui permettait de maintenir un certain niveau de concentration et de motivation, nécessaires à la réalisation des projets.

Ne vous méprenez pas, je ne réessayerai pas de me lancer dans le poirier. Finalement, je pense que je ne suis juste pas faite pour ça. Il y a beaucoup d’autres positions de yoga que j’apprécie travailler avec patience et détermination. Je continuerai de les pratiquer. Mais le poirier, disons qu’il me continue de me faire fantasmer. Et qu’il m’effraie à la fois.

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Tout compte fait, l’idéal serait d’adopter la méthode qui convient le mieux à ce que l’on est. Personne ne nous connait mieux que nous-même. Personne ne peut nous dire ce qui fonctionne le mieux pour nous. Il existe tellement de conseils sur la question, de théories, de partages d’expériences. Le plus important je pense, est d’être à l’écoute de soi et de trouver sa voie.

Peu importe la technique que l’on retiendra : que l’on soit de ceux qui fixent leur point d’arrivée sans jamais le quitter des yeux et qui y foncent sans marquer d’arrêt, ou de ceux qui avancent en faisant le point à chaque progression, ce qu’il y a de plus fondamental est de pouvoir se lancer, de donner son maximum et d’en être fier, satisfait, content.

Que ce soit écrire un livre, faire vivre un club de lecture, lancer une entreprise et la faire prospérer, devenir peintre ou coiffeuse, apprendre une nouvelle langue, ce qui compte, c’est d’être conscient des efforts à fournir et surtout, de ne pas lâcher en cours de route.

Et puis si il y arrivait qu’un projet soit un échec, gardons à l’esprit qu’il est toujours possible d’en construire un autre, et de recommencer. La vie est une aventure, comme j’aime à souvent le dire.

Sur ce, je retourne à mes lectures, et en anglais ! s’il vous plait !