28. BOOK – Afrotopia, de Felwine SARR

#Covid-19 Mars 2020.
Confinement oblige, j’ai du temps pour lire, et pour écrire. Je viens de terminer cet excellent bouquin qu’est Afrotopia de Felwine Sarr. Mais avant de vous en parler, j’avais envie de revenir sur un accomplissement personnel important : mon premier voyage au Liban. C’était l’année dernière, j’avais 33 ans. Le lien avec Afrotopia me demanderez-vous ? Soyez patients et lisez donc.

Ce voyage, je le préparais depuis plusieurs années déjà. Pour tout vous dire, depuis mon adolescence. Ce qui a évolué au fil des années ? L’importance et la signification qu’il allait revêtir à mes yeux. Nous venons tous de quelque part. Nos origines et notre histoire nous font, nous défont, nous refont, nous définissent, que nous le voulions ou pas. Nos parents, s’ils le souhaitent, nous font grandir en nous rappelant le parcours de nos prédécesseurs, afin que nous parvenions à nous construire en nous en inspirant au besoin. A cause de la guerre qui a longtemps détruit la vie du Liban – et Dieu sait hélas que ce n’est pas encore stable, l’occasion ne m’a pas été donnée de m’y rendre alors que j’étais encore adolescente. Par la suite, les circonstances de la vie, les études universitaires et tout un tas d’autres mauvaises excuses m’ont fait oublier que je me devais de travailler sur la planification de ce voyage.

2019 a donc clairement été l’année de mon voyage au Liban. C’était une évidence dès le mois de janvier alors que nous nous souhaitions les bons vœux avec ma famille. Je n’ai pas eu besoin de me poser 1.000 fois la question. Le moment était venu d’aller à la découverte de cet autre moi. De faire connaissance avec mon histoire, celle de mon père et de sa famille, et d’en savoir enfin un peu plus sur moi-même. Cela devenait une nécessité, un besoin viscéral que je ne pouvais expliquer. Il fallait le vivre pour le comprendre. J’avais besoin de cette lumière pour sortir de cette zone d’ombre dans laquelle je demeurais engluée, et avancer. Je suis née et j’ai grandi au Togo. Ma mère est togolaise. Je suis togolaise. Je me suis toujours considérée comme telle. Et pourtant, parce que je ne connaissais pas mon deuxième pays, celui de mon père, je me sentais mal, déséquilibrée, pour ne pas dire un peu perdue. Et comme si cela se voyait sur mon visage, le monde entier me posait toujours cette question si métaphysique : « Es-tu déjà allée au Liban ? ».
Et moi de toujours répondre avec un air gêné à la limite de la honte : « Non, pas encore. »

Le Liban est un très beau pays. En toute honnêteté. Les montagnes ont les pieds qui baignent dans la Méditerranée. Selon les périodes de l’année, on peut y faire du ski le matin, et bronzer à la plage l’après-midi en dévorant une glace à la fleur d’oranger. Ou d’autres parfums si vous n’aimez pas la fleur d’oranger. La nourriture y est excellente (oubliez les falafels et les chawarmas du boulevard!), et selon moi une des meilleures au monde, surtout lorsque vous prenez la peine de la goûter dans les petits villages. Beyrouth est une très belle ville, moderne et dynamique, où les gens vivent à 100 à l’heure. Comme pour rappeler les souffrances du passé et réaffirmer qu’il n’y a que le moment présent qui compte, certains immeubles de la capitale libanaise portent toujours les stigmates de la guerre civile : ne jamais oublier d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Au-delà d’en prendre plein les yeux avec la beauté du pays, aller au Liban a été pour moi la précieuse occasion de revoir ma famille, de rencontrer des cousins, des oncles que je n’avais jamais vus, et quelques anciens, tout particulièrement certaines grandes tantes très âgées, mais bien vivantes et émues de voir leur petite fille d’Afrique (ça fait cliché je l’avoue, mais c’était bien ça! lol).

Voir la ville, le quartier, la maison où a grandi mon père a été très émouvant pour moi. Entendre certaines personnes me raconter l’histoire de ma famille m’a particulièrement fait du bien. Enormément de bien. C’était comme si l’on remettait les pièces d’un puzzle en place, MON puzzle. J’ai également pu fleurir les tombes de mes grands-parents qui ont vécu une bonne partie de leur vie à Lomé ; je me souviens du rire communicatif de mon grand-père qui aimait particulièrement la vie et la délicieuse cuisine de ma grand-mère. Tout ça n’a peut-être l’air de rien, mais pour moi il s’agissait d’un grand « tout ». Au pays des Cèdres, j’ai également pris le temps d’en savoir plus sur l’histoire du peuple phénicien du Liban, à qui l’on attribuerait l’invention de l’arithmétique ainsi qu’un apport non négligeable sur l’alphabet au monde grec. J’ai passé énormément de temps en voiture à sillonner les villages (tous faits de maisons de pierres taillées dans les montagnes). Je suis allée au Nord et au Sud, et vu tout ce que je pouvais voir. J’ai rencontré des personnes gentilles, étranges, généreuses, antipathiques, ouvertes, curieuses, bref des personnes à chaque fois différentes les unes des autres mais toutes profondément en amour avec leur pays le Liban. Ceci est une certitude : les libanais aiment profondément le Liban et son histoire, et y sont vraiment très attachés. De ce voyage, je n’ai choisi de ne retenir que le meilleur, et uniquement le meilleur – oui il m’est arrivé quelques malencontreuses histoires, mais je préfère ne pas les retenir. Focus uniquement sur le PO-SI-TIF!

Si j’ai tenu à aller au Liban, c’était pour aller à la rencontre de ma culture et de mes traditions. Pour savoir d’où je venais et qui j’étais. Je suis convaincue qu’il est indispensable pour toute personne, à un moment donné de la vie ou à un autre, de connaître son histoire. Qu’on l’accepte ou qu’on la refoule est un autre débat, mais la connaître je pense est important. Je me souviens avoir pris l’avion sur le départ en me promettant que quoi qu’il adviendrait de cette aventure, je ne voudrais y voir que l’histoire de ma famille et celle de ma personne. Mon identité. Je n’en avais que faire des personnes qui ne m’accueillaient pas bien, qui se demandaient ce que je faisais sur ces terres libanaises (comme si le pays leur appartenait exclusivement), ou qui me dévisageaient (et Dieu sait que ces personnes étaient très nombreuses!), interloquées par mon imposante coupe afro, par ma couleur de peau que je prenais en plus soin d’assombrir à coup intempestif de bronzage (SPF 50!). Tout ce qui importait était que j’étais heureuse d’être chez moi. Je n’avais besoin de l’approbation de personne pour y être épanouie. C’était mon état d’esprit que rien ni personne ne pouvait ébranler. J’avais ma famille, et c’était tout ce qui comptait. Je me sentais bien et joyeuse de vivre ce précieux moment à 33 ans. J’avais bien fait d’attendre. La vie avait bien fait de me faire attendre. Et j’avais surtout bien fait de ne pas tenir compte de l’avis de quelques rares personnes qui avaient essayé de me dissuader d’accomplir ce voyage, persuadées que je n’en tirerais rien.  Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va.

Revenons à notre livre du jour, Afrotopia. Une Utopie Africaine. Ce merveilleux ouvrage de Felwine Sarr est une invitation pour l’Afrique – et pour les africains – à se défaire des modèles de développement imposés par l’Occident, afin de rechercher et construire ses propres modèles de réussite et de succès en se basant sur son histoire. Pour ce faire et selon l’auteur, le continent a besoin de se reconnecter à ses valeurs, ses traditions et son fonctionnement antécoloniaux pour aboutir à l’élaboration de son propre modèle de réussite. Comment ne pas faire le parallèle avec notre histoire personnelle : nous connaître, savoir d’où nous venons pour savoir où nous allons. L’Afrique, Felwine Sarr en est persuadé, a tout pour réussir (richesses minières, terres fertiles, population jeune qui représentera le quart de l’humanité en 2050) et n’a nullement besoin de se calquer aux références du reste du monde pour déterminer son développement ou ses échecs. A la lecture de l’ouvrage, l’on retient donc qu’il est indispensable de tenir compte des réalités africaines pour évaluer le succès du continent. Un exemple de réalité africaine : l’existence d’un important secteur informel qu’on ne peut absolument pas ignorer considérant le fait qu’il nourrit un grand nombre de personnes sur le continent.

La vision purement occidentale du développement et du progrès est une erreur dans ce sens où celle-ci ne tient pas compte des traditions, de la spiritualité et de la culture africaines.

Pour revenir à l’actualité du moment, en pleine crise mondiale du Covid-19, nul ne peut fermer les yeux sur les difficultés rencontrées par les acteurs du secteur informel. Alors que la population est appelée au confinement général afin de réduire la propagation du virus, le secteur informel qui n’est pas pris en compte par ces mesures, se voit considérablement pénalisé. De quelle manière iront se nourrir toutes ces personnes qui n’ont d’autre choix que de sortir quotidiennement ? Leur réalité a-t-elle été prise en compte lors de l’établissement des mesures de confinement ? Les pertes générées dans ce secteur informel du fait du confinement sera-t-il évalué ? quantifié ? sachant qu’il fait partie de notre réalité africaine. Voilà la réalité de l’Afrique, du moins celle que je peux prétendre connaître chez nous au Togo.

En ce qui concerne l’importance de renouer aux traditions, je souhaiterais prendre en exemple le cas de l’Inde. Ancienne colonie britannique, force est de constater qu’en dépit de l’occidentalisation forte du pays, les traditions demeurent et perdurent. L’histoire de ce grand pays remonte à 5 millénaires, et même si aujourd’hui les influences occidentales sont indéniablement présentes dans les modes de vie et de consommation des indiens, leurs cultures et leurs traditions restent extrêmement importantes pour eux, et j’ai même envie de dire pour leur bien-être. La religion dominante reste l’hindouisme ; les temples hindous sont présents dans les grandes villes et dans les campagnes, aux côtés des églises ou des mosquées. Le style vestimentaire est toujours très souvent relié à la culture indienne, même si le jean y est à la mode. Sans compter la tradition des mariages arrangés (et non forcés, notons là qu’il s’agit de deux pratiques bien différentes!) qui connaissent un des plus faibles taux de divorce en Asie (1). J’ai donc la conviction que l’Inde tire du positif à continuer de cultiver et chérir ses traditions et à se baser sur sa culture pour travailler à son développement, bien qu’il soit évident que beaucoup de points restent encore à améliorer comme l’éducation des filles, le système des castes (2) ou encore les mariages forcés des jeunes filles.

Quand je me réfère au Ghana, par exemple, j’ai toujours l’agréable surprise lorsque j’y vais d’écouter de la musique du pays dans tous les taxis. Les Ghanéens sont les champions du ‘Made in Ghana’, une façon de rester connectés à leur patrimoine, à leur culture et de revendiquer leur fierté d’appartenance. Ils sont à mes yeux, en Afrique de l’Ouest, un bel exemple de brassage entre influence/modèles occidentaux et cultures/traditions du pays. Le combo idéal qui non seulement fonctionne visiblement très bien, mais aussi attire énormément de monde comme lors du dernier évènement de commémoration du 400e anniversaire de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, « The Year of Return », qui a attiré plus de cinq cent mille visiteurs étrangers au Ghana en 2019 (3).

Dans une société où la mondialisation est devenue une évidence, voire une norme, je me demande toutefois si il est réaliste de pouvoir complètement se détacher des références de développement occidentales. Lagos, Cap Town, Abidjan, pour ne citer que celles-ci sont des villes dites développées, dotées d’importantes infrastructures tirées des modèles occidentaux. Pour revenir à la crise du Covid-19 (actualité du monde oblige, je vous l’ai dit au tout début de ce billet), aux yeux du monde, les capacités scientifiques occidentales étaient pressenties suffisantes pour combattre et résister à la maladie (infrastructures hospitalières, expertise des médecins, équipes soignantes, médicaments, etc). Néanmoins, vous et moi aujourd’hui constatons que même les grandes puissances peuvent se retrouver rapidement submergées, malgré le fait qu’elles soient (selon les évaluations) équipées pour faire face à ce genre de crise. Que dire de l’Afrique qui est loin d’être au même niveau technologique? Je vous laisse imaginer par vous-mêmes. Il est bien vrai que sur notre continent, certains essayent de prendre les devants en tentant de se tourner vers des plantes médicinales comme le neem, pour ne citer que celle-ci. Mais cela sera-t-il suffisant? Restons lucides et réalistes, c’est important en plus d’être optimistes.

Nous savons, malgré la toute puissance actuelle des lobbies pharmaceutiques qui n’est pas à démontrer, que notre continent regorge de remèdes naturels inexploités et même totalement dévalorisés (à tort je le pense). Il s’agit là d’un important patrimoine. Cela dit, combien sommes-nous à être réellement curieux de cette richesse ? Combien sommes-nous à aller vers les quelques anciens qui possèdent encore ce savoir avec le désir de nous former, d’apprendre et surtout de conserver ces précieuses informations afin qu’elles ne disparaissent pas ? Nous faisons confiance avant tout et surtout aux produits « du Blanc », parce que nous avons non seulement grandi avec cette idée, mais aussi parce qu’elle fait et continue de faire ses preuves. Je confesse : je suis de ceux qui avalent un comprimé de D******e lorsque j’ai des douleurs physiques. Mais je crois, à l’ère du bio et du naturel très en vogue en particulier sous quelques cieux occidentaux – et aussi sous les nôtres! – que les plantes auront progressivement une place notable et légitimes dans les soins prodigués aux personnes, et l’Afrique aura son rôle à jouer – du moins, je l’espère et le souhaite vivement. Ce n’est selon moi, qu’une question de temps, mais aussi je crois de volonté et de confiance de la part de nos générations. Cependant, nous ne devons, selon moi, pas non plus nous voiler la face : le progrès scientifique et technique est une nécessité absolue dans certains domaines, comme celui de la santé où des millions de vies sont sauvées dans le monde ou encore de la communication avec l’évolution permanente des TIC. A mon avis, ne pas en tenir compte serait un véritable leurre, voire un danger.

Tous ces exemples précités me poussent à dire qu’il est vrai que les modèles occidentaux de progrès et de réussite actuels sont par moment décalés de nos réalités africaines. Comme l’auteur nous le recommande, oui il nous faut accepter de renouer avec notre histoire, notre spiritualité, nos valeurs de partage et de vivre en communauté, à l’opposé de l’individualisme régi en normalité du côté de l’Occident, pour véritablement connaître nos forces et exploiter notre potentiel. Mais de nos traditions, il ne faut pas ignorer que tout n’est pas forcément bon à prendre et qu’il faut savoir faire la part des choses. Certaines pratiques n’aident clairement pas ; il s’agira par exemple de protéger les filles du mariage précoce ou des mutilations génitales, pour ne citer que cela. Il faut à ce niveau de réflexion ne pas hésiter à faire preuve de critique, de bon sens et de discernement.

Revenant sur la notion de mondialisation, une autre question me turlupine : il convient de se demander également, si à l’inverse, les occidentaux seraient prêts à adopter des normes et références africaines spécifiques, pour l’évaluation de leur développement, de leur réussite ou de leur succès ! Point d’interrogation. Pour Felwin Sarr, ce que le continent a surtout à offrir demeure entre autres dans sa spiritualité. Je vous laisse méditer sur cette idée. Peut-être aurons-nous l’occasion d’en rediscuter dans un autre billet.

Je ne suis pas une panafricanisme – le panafricanisme est une notion que j’ai encore beaucoup de mal à apprécier à sa juste valeur et à maîtriser – mais je dois avouer que la lecture de cet ouvrage, comme d’autres du même genre (4), a raffermi ma confiance en notre continent et en ses capacités. L’auteur appelle à la réflexion, à la remise en question de nos systèmes de pensées. Il pousse le lecteur à s’interroger sur son identité. Que savons-nous réellement de nous-mêmes ? en tant qu’individus ? en tant qu’africains ? que connaissons-nous de notre histoire ? pourquoi ne nous enseigne-t-on pas la richesse du patrimoine culturel africain d’avant les colonisations ? les systèmes éducatifs actuels sont-ils érigés pour l’émancipation de l’Afrique ? ou pour l’avilir ? au cas où nous serions ignorants de notre histoire, de quels moyens disposons-nous au besoin pour aller à sa découverte, l’apprendre, l’enseigner et en tirer le meilleur pour construire notre continent ? tellement de questions qu’il est possible de se poser et de réflexions à avoir à la lecture de cet ouvrage riche et intéressant.

Pour Felwine Sarr, il faut chercher à rebâtir une estime de soi en tout africain. Et cela passe aussi par la réappropriation de la langue. Je voudrais ici parler de l’exemple Ethiopien, où la première langue officielle du pays est l’ahmarique (5). Dans les administrations, les écoles, les aéroports, l’ahmarique est partout, et c’est NORMAL. Les étrangers qui arrivent en Ethiopie s’y font. En fait, ils n’ont pas vraiment le choix, d’autant plus que la seconde langue officielle reste l’anglais. Tout le monde semble y trouver son compte. Ce système n’empêche aucunement le pays de se développer, bien au contraire, l’Ethiopie étant aujourd’hui classé 8e / 54 en Afrique (6). D’ailleurs, il me vient une question à l’esprit : si l’on devait mettre au second plan les références de réussite occidentales, et considérer également le secteur informel, la culture, les traditions, la spiritualité et toutes ces autres valeurs non quantifiables mais propres à l’Afrique, quel serait le rang de l’Ethiopie ? quel serait le rang du Togo ? du Nigéria ?! Je m’interroge.

Pour conclure sur ce billet qui fut ma foi long à rédiger (et long à lire pour vous aussi je le conçois, et merci d’être arrivé jusqu’ici!), je dois tout de même avouer qu’étant écrit par un économiste et professeur d’université, le texte de l’ouvrage est lourd et jonché de termes très techniques. Je ne pense pas qu’il puisse être facilement lu et apprécié par un public tous azimuts et c’est ce qui, à mon avis, est un peu dommage vu la qualité et la pertinence du message véhiculé : ce genre de message devrait être accessible à tous. Une version simplifiée pour les lycées est une requête de ma part.
Toutefois, les idées sont clairement énoncées et compréhensibles. Un dictionnaire posé à côté peut effectivement être un plus mais pas une obligation. Tout dépend de votre désir personnel de compréhension approfondie.

Pour finir, je ne vous recommanderai pas ce livre, non.
Je dirais plutôt : Vous DEVEZ lire Afrotopia ! et vous faire votre propre réflexion, votre propre idée du discours.
J’espère que vous prendrez le temps de le faire.

Sur ce, je retourne à mes lectures. Le confinement me laisse du temps et je compte bien en profiter!

Portez-vous bien!

Oh! Pour la petite anecdote, depuis mon séjour au Liban, plus personne ne m’a posé la question : « Es-tu déjà allée au Liban?« . C’est dommage car je me languis depuis lors d’y répondre par un grand oui!

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(1) Selon le site Atlasocio.com
(2)Documentaire à regarder sur Netflix ‘Daughters of Destiny’ sur l’éducation des filles issues de la caste des Intouchables en Inde
(3) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/08/22/au-ghana-l-annee-du-retour-attire-les-touristes-afro-americains_5501701_3212.html
(4) A quand l’Afrique de Joseph Ki-Zerbo / Le génocide voilé de Tidiane N’Diaye
(5) Lire cet excellent article qui explique l’introduction de l’Ahmarique en tant que première langue officielle en Ethiopie : https://www.monde-diplomatique.fr/1964/11/TUBIANA/26329
(6) Classement sur la base du PIB : https://planificateur.a-contresens.net/afrique/classement_par_pays/PIB-AF.html

 

 

 

 

 

 

27. BOOK – L’homme nu, de Marc Dugain et Christophe Labbé

Quelle idée fantastique que d’avoir écrit cet ouvrage! Je me suis régalée! Chaque chapitre vous apprendra quelque chose, vous invitera à la réflexion et à la critique. Il est difficile de lire ce bouquin sans être tenté de s’arrêter de temps en temps pour se poser la question suivante : « Ne vont-ils pas trop loin? », ou encore « que veulent-ils exactement dire par là? ». Bref, on ne s’ennuie pas et c’est vivifiant !

Avez-vous eu l’occasion de lire 1984 de George Orwell? Si oui, grand bien vous fasse, L’homme nu est similaire à une actualisation de 1984. Si non, il n’est jamais trop tard pour le lire, ou du moins pour essayer de le lire – étant donné qu’il est quelque peu complexe à appréhender. Les deux ouvrages sont étroitement liés ; certains passages de 1984 sont cités dans L’homme nu, pour venir appuyer des affirmations de notre époque numérique. George Orwell était-il un prophète? Vraisemblablement.

L’homme nu est un ouvrage qui met en lumière les dérives du numérique, la surexploitation des données personnelles des utilisateurs d’internet par les big data – les GAFA : Google, Apple, Facebook et Amazon – à des fins commerciales, ou même politiques. Jusqu’où ces grandes firmes ont-elles le droit d’aller, surtout lorsqu’elles le font au nom de la sécurité publique? Selon Marc Dugain et Christophe Labbé, aussi loin que leur permettent les accords que nous leur donnons à chaque fois que nous ouvrons une page web et cliquons sur le bouton ‘Accepter les conditions générales d’utilisation‘. « Qui appuie consent. » Autant dire que tant que nous serons sur internet, tout sera possible, la vie privée n’y existant pas. Notre identité, nos goûts en terme de musique, de lecture, de vêtements et même de sexe, peuvent être vendus à des sociétés X dans le but de répondre par exemple à nos demandes spécifiques, même si ces dernières ne sont pas expressément formulées : internet anticipe nos besoins et y répond sans même que nous ne lui demandions! it’s magic! 

Dans cet ouvrage, outre les informations dont disposent les big data à notre sujet – qui au passage pousse à s’interroger sur la taille de notre empreinte numérique – , se pose également le sujet de la place de l’intelligence artificielle. Notre monde va toujours plus vite, toujours plus loin, avec un objectif : faire toujours plus de profit. Des humanoïdes plus performants que les travailleurs d’aujourd’hui prendront bientôt notre place. Nous serons probablement, voire indéniablement relégués au second plan, d’après les études présentées par l’ouvrage. Quelle triste et obscure humanité en devenir! L’intuition, la sensibilité, qui font le propre de l’être humain pourront-elles empêcher de tels extrêmes?

L’homme nu est un livre extrêmement intéressant, dont je ne voudrais pas spoiler la totalité du contenu, et qui appelle à entretenir et à nourrir notre esprit critique. A certains passages, il peut frôler la paranoïa certes, mais que cet aspect ne vous empêche pas d’être curieux de son contenu. Vous apprendrez énormément de choses sur le monde du numérique, et il vous ouvrira certainement l’esprit sur des sujets similaires.

Extrait traitant des algorithmes :

… à force de ne discuter qu’avec des personnes qui nous ressemblent, le brassage d’idées tourne à vide, les esprits se ferment, les opinions se figent, Internet comme lieu de débats devient une illusion.

Xx,
Manouchka.

26. BOOK – Frappe-toi le coeur, de Amélie Nothomb

 

Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie.
Alfred de Musset

Ce livre ne compte que 156 pages, avec des textes écrits en caractères de taille plutôt moyenne. Autrement dit, il se lit très rapidement, et assez facilement. Il est accessible à tous.

C’est l’histoire de Diane, mal aimée et jalousée par sa mère dès sa naissance. Que se passe-t-il dans le cœur d’une enfant en carence d’amour maternel? Comment grandit-elle? Dans quelles conditions se construit-elle? A quels piliers se raccroche-t-elle?

Ce récit est d’autant plus intéressant que le narrateur arrive à raconter le ressenti de Diane dès son petit âge. A deux ans déjà, elle exprime sa douleur, dit sa peine face à une mère qui ne la câline jamais elle, mais qui tolère son petite frère parce qu’il est sans doute un garçon, qui étouffe d’amour sa petite sœur, la dernière née de la famille.

Amélie Nothomb est une femme que j’admire énormément. Je la trouve cultivée, enrichissante, différente, unique. J’ai toujours pris grand plaisir à regarder sur YouTube des vidéos de ses interviews, de ses partages et conseils littéraires. Dans une de ses interventions, elle a affirmé avec beaucoup de sérieux se souvenir de la période où elle était encore dans le ventre de sa mère. Elle semble avoir doté Diane dans son roman de cette faculté. Un roman qui mêle fiction et  autobiographie? Pourquoi pas. Une œuvre cela dit, très intéressante qui met en avant la psychologie des personnages et amène à la réflexion sur une thématique parfois tabou : le lien mère-fille bancal voire destructeur.

Un roman que je recommande !

Extrait :

Diane vit à nouveau que sa mère ne mentait pas. A l’université et à l’hôpital, elle avait déjà pu observer l’effarante capacité d’oubli des gens : ils oubliaient ce qui ne les arrangeait pas, ou plutôt, ils oubliaient quand cela les arrangeait, c’est-à-dire très souvent.

Xx,
Manouchka.

25. BOOK – L’attentat, de Yasmina Khadra

 

Aujourd’hui je partage avec vous un deuxième coup de cœur.
2020 commence si bien!

Si vous me suivez depuis quelques temps déjà, vous avez sans doute remarqué mon attachement à Yasmina Khadra. Cet auteur fait définitivement partie de mon Top 5 depuis quelques années maintenant, et je peux affirmer n’avoir jamais été déçue par une de ses œuvres (du moins, pas pour l’instant! lol). « Qu’attendent les singes » ou encore « Les hirondelles de Kaboul » sont par exemple des romans que je vous recommande vivement.

Mais aujourd’hui il s’agira de « L’attentat« .
L’histoire touchante du docteur Amine, imminent chirurgien à Tel-Aviv ayant tout pour réussir et qui voit sa vie voler en éclats le jour où sa femme se fait exploser au cœur d’un restaurant rempli d’enfants. Noyé dans le désarroi et la confusion la plus totale, comment saura-t-il trouver une explication plausible à la radicalisation de son épouse? A quel moment lui a-t-elle donc échappée? Elle semblait pourtant si heureuse et épanouie depuis qu’ils vivaient ensemble dans cette grande et confortable maison en terre israélienne. Ou était-ce uniquement en apparence?

En ce qui me concerne, l’auteur m’a amenée à me questionner sur la définition même de la confidentialité et du secret entre un homme et sa femme ; est-ce parce que deux personnes sont mariées qu’elles doivent forcément tout se dire, surtout quand il s’agit de convictions intimes religieuses? Le personnage principal est confrontée en permanence à  sa douleur, celle de se rendre à l’évidence qu’il ne savait pas tout de sa femme, voire rien du tout. Comment a-t-elle pu décider de sacrifier sa vie, de tuer des innocents, pour venger ses frères palestiniens? Qu’est-ce qui lui donnait ce droit quand ils menaient une vie plus que confortable en Israël? Pourquoi n’en avait-elle pas parlé avec son mari, pourquoi ne lui avait-elle pas demandé son avis? Ne comptait-il déjà plus pour elle alors qu’elle était encore vivante? Était-ce sa faute à lui si elle s’était détournée de lui? Est-ce qu’en se livrant kamikaze, sa femme était finalement une mauvaise personne dont la mémoire ne devait pas être honorée? Une foultitude de questions à laquelle il est compliqué de répondre en tant que lecteur détaché du roman, mais aussi en se mettant à la place du personnage qui tout au long du récit va être en quête perpétuelle de réponses, de lumière à mettre sur ces zones obscures de sa vie et de son couple.

Le roman aborde subtilement et à la fois sans langue de bois le sujet de la religion, de la radicalisation, mais aussi du conflit Israëlo-Palestinien. Un vrai coup de cœur, d’autant plus qu’il est aussi extrêmement riche en vocabulaire, et que les dialogues sont superbement rédigés (vous êtes avec les personnages lorsqu’ils discutent, vous sentez leurs émotions, vous êtes happés par leur énergie! un régal!!). Mais je ne vous en dis pas plus et vous invite à vous le procurer, ou à vous le faire offrir pourquoi pas, et à le dévorer, tout simplement.

Extrait, page 75 :

On croit savoir. Alors on baisse la garde et on fait comme si tout est au mieux. Avec le temps, on finit par ne plus prêter attention aux choses comme il se doit. On est confiant. Que peut-on exiger de plus? La vie nous sourit, la chance aussi. On aime et on est aimé. On a les moyens de ses rêves. Tout baigne, tout nous bénit… Puis, sans crier gare, le ciel nous tombe dessus. Une fois les quatre fers en l’air, nous nous apercevons que la vie, toute la vie – avec ses hauts et ses bas, ses peines et ses joies, ses promesses et ses choux blancs ne tient qu’à un fil aussi inconsistant et imperceptible que celui d’une toile d’araignée. D’un coup, le moindre bruit nous effraie, et on n’a plus envie de croire à quoi que ce soit. Tout ce qu’on veut, c’est fermer les yeux et ne plus penser à rien.

Xx,
Manouchka.