34. Une science, un chat et quelques électrons

La méditation est une de mes meilleures amies.
(Je n’aurais jamais cru pouvoir le déclarer un jour.)

Je fais partie de ces personnes qui réfléchissent beaucoup, sur tout, tout le temps. Je me pose énormément de questions. Sur la vie, sur les raisons de mon existence, sur la couleur des fleurs, sur mes relations aux autres. Sur tout, tout le temps. A cela, il convient d’ajouter mon hyper sensibilité qui est loin d’être une partie de plaisir au quotidien.

Avant de découvrir la méditation, toutes ces émotions m’épuisaient et me vidaient littéralement de mon énergie. J’avais l’impression en fin de journée d’avoir couru trois marathons. Aujourd’hui je ne suis pas encore sur le point d’entrer en lévitation, mais je dois dire que j’ai fait quelques progrès encourageants sur la gestion de mes émois.

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Mon premier cours de yoga m’a été offert par ma sœur, il y a 5 ans. Je me souviens de cette petite pièce sombre où nous étions six participants, installés chacun sur un tapis de couleur. Chaque mouvement que nous devions effectuer était guidé par la douce voix de notre coach, une élégante femme blonde d’origine allemande. Une petite musique de fond, mêlant flutes, cloches tibétaines et bruits de nature, contribuait à nous relaxer. Il me revient qu’à un moment du cours, nous devions nous allonger et imaginer que nous étions à la plage, en bord de mer, à profiter de la fraîcheur de l’eau sur nos pieds et de la douceur du vent sur notre peau. C’était vraiment très agréable.

Cette première expérience avait été si forte et si intense que je me souviens en avoir pleuré. J’avais réussi pendant une heure à m’évader, à sortir de la tourmente de mon esprit, à oublier mes quelques douleurs physiques, et à être juste là, en paix, en vie, en harmonie avec moi-même. Je découvrais le yoga, la méditation et c’était génial ! A la fin du cours, je n’avais qu’une envie : recommencer.

Aujourd’hui, grâce à une pratique régulière, la méditation m’aide à canaliser le volcan qui brûle en moi et à prendre de la distance sur certaines circonstances de la vie. Méditer m’apprend à observer ce qui se passe sans être dans l’agitation. Avec le temps, je travaille à accueillir intelligemment mes émotions et mes différents ressentis, à discipliner mon énergie et à être dans le moment présent. C’est une activité que j’essaye de m’offrir au quotidien, sur dix à trente minutes selon le temps dont je dispose.

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Dans le cadre de l’atelier d’écriture organisé par Befoune C. auquel je participe depuis quelques semaines, il nous a été demandé de lire un texte sur l’expérience du chat de Schrödinger. Cet article retrace une expérimentation menée par le scientifique Erwin Schrödinger ayant pour but de démontrer les limites de la physique quantique dans le monde macroscopique.

Ce n’est vraiment pas le type de lecture que je fais généralement, bien que j’admette que la science soit un domaine fort passionnant. Toutefois, ma curiosité a été interpelée. Je me suis donc retrouvée sur YouTube à regarder des vidéos traitant de physique quantique, d’électrons, de photons, pour finir par aboutir de clic en clic à du contenu présentant des notions de méditation associée aux lois quantiques.

Selon la méditation quantique (*), l’être humain est capable de guérir le corps physique grâce aux pensées et aux énergies. En clair, nos pensées et celles que nous absorbons influencent l’état de notre corps physique, notre santé, et même notre réussite! Autrement dit, en tant qu’être humain faisant partie d’un tout beaucoup plus grand que nous, il serait complètement erroné de nous arrêter uniquement à notre dimension corporelle : nous sommes faits de matière mais aussi d’énergies!

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Personnellement, je suis une adepte de la méditation de pleine conscience. C’est celle que je connais le mieux et qui me semble à ce jour la plus accessible compte tenu de mes capacités de concentration. Je m’assieds généralement dans un endroit calme et aéré, j’allume un bâton d’encens et je respire profondément jusqu’à ce que mes pensées trouvent leur chemin dans mon esprit.

Au bout d’un certain temps, le calme installé dans mon mental me permet de ressentir pleinement l’énergie de mon corps. C’est assez difficile à traduire par écrit, mais en étant concentrée sur le moment présent, je deviens capable de ressentir la présence de cette aura, de prendre conscience de son existence. L’objectif de la méditation quantique serait de pouvoir mobiliser l’énergie et la force de cette aura afin qu’elles permettent au corps physique de se régénérer. Une version revisitée du célèbre « Je pense donc je suis » de Descartes pouvant aboutir à un « Je suis comme je pense ».

Par exemple, si je pense de moi que je suis une personne extraordinaire, j’engendre une énergie positive qui agit sainement sur mon corps, et je serai en bonne santé. Et inversement.

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J’ai eu l’occasion un jour de rencontrer un guérisseur pranique qui a pris le temps de m’expliquer comment il travaillait. Je vous invite à regarder cette vidéo qui explique simplement ce qu’est la guérison pranique. Avec de l’eau, du sel et de la méditation, ce « pranic healer » pouvait aider un patient à se débarrasser des énergies négatives et à recouvrer la santé après plusieurs séances.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’une médecine classique conventionnelle et les appréhensions ne sont donc pas du tout les mêmes. Je dois même avouer qu’au début, je me demandais si je n’avais pas affaire à un charlatan. Mais quand j’ai découvert que dans mon entourage proche, un médecin spécialiste y avait parfois recours pour ses patients afin de limiter l’administration de produits pharmaceutiques, j’ai commencé à m’interroger et à me poser les bonnes questions au sujet de ce mode de guérison.

Il est vrai que je doute malgré tout de l’efficacité de ce procédé pranique pour les cas de maladie grave, comme le cancer par exemple. Toutefois, je suis convaincue que notre aura peut effectivement être encombrée d’énergies négatives, se ternir et favoriser la fatigue ou la maladie de notre corps physique.

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J’aime cette idée selon laquelle il existe des énergies en tout : en moi, en vous, en l’eau de pluie, en ces arbres, en ces nuages. La physique quantique dans un contexte d’expérience de vie ou de mort sur un chat ne m’intéresse pas vraiment. Cela reste pour moi toujours quelque chose de lointain, d’inaccessible, de l’ordre du virtuel. Les protons, les électrons, les noyaux radioactifs, je ne les vois pas, je ne les comprends pas. Je ne suis pas une personne scientifique pour tout vous dire.

Toutefois, ce que je retiendrai de cet article sur l’expérimentation menée par Schrödinger, c’est bien l’incidence de l’infiniment petit invisible à nos yeux sur le macrocosme. Elle me ramène indéniablement à l’impact de notre énergie, de nos modes de pensées sur l’état de notre corps physique, et par extension sur notre entourage.

Si j’ai la possibilité de méditer autrement, si je peux parvenir à transformer mes pensées en énergie positive au lieu de simplement les observer, si je peux les convertir en lumière et en chaleur et aider mon corps à mieux se porter, qu’est-ce qui m’empêcherait de m’y exercer ? Rien, absolument rien, si ce ne sont mes propres doutes, mes propres pensées limitantes.

Méditer et observer le moment présent, c’est bien.
Y ajouter une intention positive pour améliorer la matière, c’est mieux !

Au passage, si vous souhaitez vous exercer à la méditation, je vous conseille l’application Insight Timer, qui propose un choix varié de méditations guidées ainsi que des musiques et des exercices de respiration. Depuis quelques mois je l’utilise sans modération et en suis littéralement accro !

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* Définition de la méditation quantique : https://www.chakras-shop.com/meditation/meditation-quantique/
Photo : sacre-bonheur.com

33. L’indépendance, c’est in !

Je m’interroge tous les jours sur ma position de femme dans la société.

Qu’attend-t-on de moi? A quoi suis-je appelée? Que dois-je réaliser pour être une femme accomplie et épanouie? Suis-je traitée avec amour et respect? Est-ce que je mérite ma place? En quoi ai-je échoué? Ou réussi? A quoi ai-je réellement droit? Suis-je en train de me saboter en prenant telle ou telle décision?

Ma tête bouillonne au quotidien. Parfois j’en ai des maux de tête ! Je me pose des tonnes de questions existentielles. Mais je suis malgré tout consciente des privilèges dont je jouis et j’en suis vraiment très reconnaissante! J’aspire toujours à mieux, comme un peu tout le monde, mais j’évite de me plaindre et d’être ingrate envers la vie.

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Pendant mon séjour de vacances au Liban en 2019, j’ai eu l’occasion de côtoyer des femmes issues de différents milieux. Et j’ai été frappée par leur désir à toutes, sans exception, d’accéder à une forme d’indépendance, ou en tout cas à la grande place que pouvait avoir ce sujet dans les débats. En discutant un jour avec notre voisin d’immeuble, j’ai réalisé que pour un grand nombre de libanais, la place de la femme était encore à ce jour à la maison, dans la cuisine, à faire à manger et à s’occuper des enfants.

La question « Travailles-tu? » m’a été posée tous les jours! A chaque fois que nous rencontrions une nouvelle personne, que nous rendions visite à de la famille ou à des amis, on me posait la même question : « Est-ce que tu travailles? ». Au début j’étais confuse, car pour nous, le débat ne se pose même pas. Nous sommes en 2020. Tu es une fille, tu vas à l’école, tu finis tes études, tu travailles, ou tu as ton business, que tu sois en couple ou pas! Tu te dois d’accéder à ton indépendance financière car le monde est cruel envers les femmes qui sont oisives. C’est une réalité, qu’on le veuille ou pas.

Et là, j’arrivais dans un pays du Moyen-Orient où visiblement les choses ne fonctionnaient pas de la même manière. Puisque je répondais oui à chaque fois que l’on me demandait si je travaillais, le débat se poursuivait toujours sur ce que je faisais exactement, si cela me plaisait, si j’étais en couple, mariée, si j’avais des enfants etc. Pour que je comprenne finalement qu’en fait, beaucoup de femmes une fois mariée, se retrouvaient à ne plus travailler parce qu’il fallait être une « bonne épouse » et s’occuper des enfants, de la maisonnée, du mari, etc. Ce que j’ai trouvé pour ma part quelque peu rétrograde.

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Toutes les femmes au Liban n’ont pas la vie facile, et à ce jour, certains droits élémentaires ne leur sont pas accordés. Par exemple, une femme libanaise ne peut pas accorder sa nationalité à son enfant ; seul le père peut le faire. Un couple non marié n’est pas légitimé, qui plus-est un enfant issu d’une telle union. Que serait donc un enfant né d’une femme qui n’est pas mariée avec le père de cet enfant ? Faites le calcul : un bâtard comme ils le disent généralement.

Sans compter sur le droit au divorce, à l’héritage, et j’en passe. Des batailles de femmes, en veux-tu, en voilà au Pays du Cèdre! Je vous invite à lire au passage cet article publié sur le site de France 24, relatif aux dernières manifestations d’octobre 2019 et à la place des femmes dans ces manifestations.

Alors moi qui travaille et qui viens me prélasser dans un pays où les Noirs ne vont généralement pas en vacances, je représente une forme de liberté du sexe féminin auprès de certains libanais et j’en prends conscience au fur et à mesure que les jours passent. Je mesure la chance que j’ai dans ma vie de pouvoir faire mes choix, de pouvoir travailler et gagner ma monnaie. Une de mes petites sœurs qui est avec moi lors de ce voyage prend d’autant plus conscience qu’elle n’a pas le choix et qu’elle doit tout faire pour arracher son indépendance financière à la vie, elle aussi!

Des vacances pour certains, un voyage initiatique pour d’autres.

Je ne pourrai pas vous parler de cette expérience sans évoquer mon amie Rita, qui du haut de ses 36 ans, me confiera sa tristesse par rapport au machisme ordinaire qu’elle peut subir au quotidien, sur son lieu de travail ou dans sa vie de tous les jours. Car oui, l’âge est un facteur de pression dans la société pour les femmes qui ne sont pas mariées, qui n’ont pas d’enfants. Et ça commence généralement très tôt, autour de 20/22 ans. Comme si travailler et gagner sa vie devaient sacrifier les chances de rencontrer un homme!

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Le problème du Liban, c’est selon moi la difficulté qu’a la population à concilier les fortes influences européennes aux traditions orientales. On s’y perd, on ne sait plus sur quel pied danser. On veut tout à la fois. Et ça a du mal à fonctionner. Alors les femmes en pâtissent. Dans une société libanaise profondément patriarcale, elles subissent souvent et n’ont pas toujours le droit à la parole. Quand chez moi je me pose mille et une questions métaphysiques et existentielles, certaines là-bas réfléchissent à une manière de faire évoluer leurs droits les plus élémentaires.

Je ne conçois pas ma vie, en tout cas pas à ce jour, sans un travail, sans une activité génératrice de revenus. J’aurai beaucoup de mal. Ce ne serait même pas envisageable, il s’agirait d’un luxe que je ne pourrai pas me permettre. Et quand je pense à ces femmes qui sacrifient leur travail pour s’occuper uniquement de leur maison, je trouve cela très courageux.

Soit vous avez de la chance et un conjoint respectueux de votre sacrifice, qui s’atèle à vous accompagner sur ce chemin. Soit vous tombez sur un goujat qui vous minimise et vous fait vous sentir comme une moins-que-rien jusqu’à ce que vieillesse s’en suive.

Ce n’est pas évident.

Ce qui est certain, c’est que la liberté – de travailler, de choisir, d’avoir un enfant sans être mariée – est un véritable privilège, qui n’est pas donné à toutes et dont il faut savoir jouir avec intelligence. Pour soi-même, mais aussi pour toutes ces femmes qui gravitent autour de nous, qui marchent avec nous, qui se battent quotidiennement pour réussir ou pour que soient simplement respectés leurs droits élémentaires.

Ce voyage aura été une vraie leçon de vie.
Je pense que j’aurai certainement d’autres anecdotes à vous raconter, mais ça, ce sera pour un autre jour.

Photo : Freepick.com

32. A bout portant sur ces hommes qui expliquent aux femmes la vie, avec Rebecca Solnit

Il fallait que je revienne sur cet ouvrage, Ces hommes qui m’apprennent la vie de Rebecca Solnit et que je complète mon premier article afin d’apporter quelques éléments complémentaires.

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Il y a quelques années, un examen gynécologique ne s’est pas passé comme je l’imaginais. Il a été douloureux, désagréable et un infirmier stagiaire ce jour-là s’était permis de s’approprier ma douleur et de la minimiser. « Mais non, ça ne fait pas mal! » m’avait-il dit en me prenant de haut, alors que je me rhabillais en grinçant des dents. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de la violence de la situation, de l’incongruité de cette scène où un homme m’explique à moi qui suis une femme que mes douleurs de bas-ventre ne sont pas aussi fortes que je le prétendrais. J’en ai encore mal à la tête, au cœur, au corps, rien que d’y repenser.

Quel adjectif pourrait donc exprimer le malaise provoqué chez une femme par un homme qui lui apprend des choses qu’elle sait déjà sur sa vie ou sur son corps? Que dis-je, un malaise? Je parlerai ici pour moi et dirais plutôt une rage et une envie de hurler au ras-le-bol!

Je déteste que l’on parle à ma place, qu’on dise à ma place mon ressenti, et pire lorsqu’on le fait sans mon consentement. Je sais parler, dire les choses comme je les pense lorsque je suis en situation de confiance, et je trouve cela profondément réducteur de me couper la parole pour essayer de s’approprier mes mots et mes dires, comme si j’étais une petite fille.

Ces hommes qui m’expliquent la vie est un excellent bouquin que nous propose là Rebecca Solnit autour de la problématique de la prise de langage à la place des femmes par les hommes, et pas que ! Violence conjugale, viol, agression sexuelle, tentative d’intimidation, et j’en passe. Toutes formes de violences à l’égard des femmes de la part des hommes y sont évoquées, appuyées d’exemples tirés de la vie courante, en particulier au cœur de la société américaine.

Il est vrai que l’analyse de l’auteure n’est pas totalement adaptée aux réalités africaines, dans ce sens où nous avons sur le continent des cultures différentes. Mais la généralité de ces violences, pouvant s’appliquer à des femmes issues de tous les continents, fait que la lecture de ce bouquin peut être recommandée à tous, femmes et hommes!

Les hommes qui généralement adoptent ce genre de comportement paternaliste et condescendant malsain vis-à-vis de la gente féminine, sont hélas souvent soutenus passivement par d’autres hommes qui ne les condamnent pas ouvertement.

Les femmes ont certes besoin, envie, que l’on pense pour elles, mais pas que l’on pense à leur place. On peut parler pour elles lorsque c’est nécessaire, mais pas à leur place. Il y a une grande nuance qui s’en dégage!

Un homme ne pourra pas dire à une femme lesbienne qu’être avec un homme lui sera plus bénéfique. Qu’en sait-il? Pourquoi un homme se permettrait-il de dire à une femme que la maternité est un gage de réussite de vie ou pas? Porte-t-il l’enfant? D’où un homme pourrait-il expliquer à une femme que les cheveux longs la mettent plus en valeur que des cheveux courts? Lorsque j’entends certains hommes expliquer aux femmes qu’elles devraient ou pas porter le voile, comment dois-je l’interpréter?

Lorsqu’un homme répond ou parle à la place d’une femme, c’est comme si il niait l’existence de celle-ci. C’est un peu caricatural mais c’est aussi simple que ça. Exprimé dans un anglicisme presque teinté d’une fausse sympathie, cela donne : le manswering, le mansplaining, le manterrupting, prenez l’option qui vous conviendra le mieux!

Je voudrais citer ici un homme, Augustin Trapenard, journaliste culturel et critique littéraire français, lorsqu’il dit dans une interview au QG Magazine : « Le problème est toujours le même : la domination de l’homme, c’est aussi une domination de langage. Si on parle à la place des femmes, c’est problématique. Je me dis toujours, en tant qu’auditeur, pourquoi ce n’est pas une femme qui parle ? Prenez tous les sujets autour de la GPA* en ce moment, c’est hallucinant, cela touche particulièrement les lesbiennes et on ne les voit pas sur les plateaux. On ne les entend pas. » Il a tout compris! Je vous invite d’ailleurs à lire cet interview dans son intégralité pour en savoir davantage sur Augustin Trapenard et sur ses combats aux côtés des femmes.

Alors certes, oui les avis de ces messieurs sont les bienvenus quand ils sont sollicités, mais les injonctions à ou les appropriations de notre féminité, non merci, surtout lorsqu’elles ne sont pas empreintes de bienveillance!

Nous n’avons pas besoin d’être dans un rapport de force avec les hommes. Bien au contraire! Les deux sexes je pense peuvent s’exprimer librement sans se sentir marcher sur les pieds. Cela dit, trop souvent, une femme qui prend la parole et qui le fait fermement est mal vue dans nos sociétés. On dit d’elle qu’elle a une ‘grande bouche’, ou pire qu’elle est impolie, qu’elle porte le caleçon. Parce qu’elle ose exprimer sa vérité et dire par elle-même ce qu’elle pense, elle est traitée de femme mal élevée ou de mauvaise compagne.

Que faudrait-il donc faire? Se taire pour paraître respectable et laisser les hommes parler à notre place? Ou tenter de bousculer certaines idées arrêtées pour avoir l’occasion de s’exprimer au risque de passer pour une grande gueule?

Personnellement, je préfère remettre ceux qui le méritent à leur place, sans demander mon reste. Et c’est ce que je n’ai pas manqué de faire avec cet infirmier stagiaire en lui demandant si il était en possession d’un utérus pour m’expliquer la vie! Son regard et son étonnement en ont dit long.

Assez dit pour aujourd’hui, je retourne à mes bouquins!

*Gestation Pour Autrui
Photo : 50-50magazine.fr

 

 

 

31. La Vie matérielle de Marguerite Duras, et si observer était un art de vivre ?

Je trouve, en ce qui me concerne, que tout va souvent trop vite dans la vie. C’est une course permanente, sur une piste où il n’y a pas de ligne d’arrivée. Une course aux diplômes, au couple idéal, au travail parfait, au mariage pour certains, à l’achat du terrain, de l’appartement ou de la maison. Une course à faire des enfants, puis à devenir grand-parent si possible. Une course aux vêtements, aux voyages, aux sacs à main, au corps parfait et aux cheveux longs. Une course à la popularité, à la reconnaissance, au buzz, à la zen attitude, au bonheur, et j’en passe. La liste ne s’arrête jamais !

Nous passons notre vie à constamment courir après un but (si ce n’est deux ou trois buts à la fois). Une fois qu’on réussit à l’atteindre, il faut en trouver un autre. Et recommencer. La boucle n’est jamais bouclée. A croire qu’elle n’a aucun intérêt à l’être. Avoir des objectifs dans la vie est important, je dirais même indispensable pour avancer. Mais faut-il vraiment en avoir mille et risquer de se tuer à la tâche? Je ne suis pas de cet avis. Et ce qui m’attriste particulièrement, c’est bien le fait que nous courions trop souvent tête baissée, sans généralement prendre le temps d’apprécier le chemin sur lequel nous avançons.

Flashback sur mes années estudiantines ! Parfois il m’arrive d’y repenser avec une délicieuse et tendre nostalgie, car à ce jour, elles comptent parmi les plus belles années de ma vie. Je suis allée à l’université dans une ville ensoleillée au Sud de la France. C’est là-bas que j’y ai découvert les joies et les règles de l’indépendance. Je m’y suis fait des amis extraordinaires. Les expériences nouvelles faisaient partie de mon quotidien. J’adorais cette vie pleine de surprises.

Et encore aujourd’hui, une dizaine d’années plus tard, je peux décrire avec exactitude le goût qu’avaient les churros que l’on dévorait à la sortie des cours aux premiers jours de l’été, ou dépeindre la couleur verte des feuillages du parc avoisinant le campus au printemps. Je n’aurais aucune difficulté à reparler des soirées où nous allions avec ce même groupe de copines et de l’énergie que nous mettions à danser toute la nuit. Je pourrais raconter les quartiers de la vieille ville, ses rues et ses murs, cette odeur froide et légèrement sulfurée de pierres anciennes, et toutes les promenades que j’aimais y faire.

Je pourrais écrire des textes entiers et énumérer quantités d’anecdotes qui ont marqué ces formidables années. Je croquais et vivais chaque expérience de mes cinq sens. J’étais présente et prenais ma vie à bras le corps. J’en profitais à mille pour cent. De cette pétillante et insouciante époque, il me reste des centaines de souvenirs que je conserve jalousement, enfouis quelque part entre le cœur et la tête.

Et il faut dire que lire La Vie Matérielle de Marguerite Duras m’a effectivement ramenée à tous ces souvenirs. Je ne vais pas m’en cacher : cette œuvre m’a beaucoup touchée. Elle fait, selon moi, partie de cette catégorie de livres qui vous font voyager dans la vie de leurs auteurs, et qui à la fois vous ramène à vos propres expériences tout en vous invitant à une remise en question de votre mode d’existence.

Il faut dire que dans un premier abord, le titre de l’ouvrage – La Vie matérielle – m’avait d’abord laissée penser qu’il s’agirait d’une œuvre dans laquelle il serait question de discuter des modes de vie superficiels ou trop rattachés à l’unique dimension matérielle. Mais il n’en a été aucunement le cas.

Il ne s’agit là ni d’un roman ni d’une compilation de nouvelles. Ce livre est un recueil de textes à travers lesquels l’auteure livre des constats et des observations sur plusieurs éléments, lieux, réalisations qui ont eu à marquer sa vie. De ses amants à sa famille, en passant par son rapport à l’alcool ou à l’écriture – notamment de son roman L’amant , Marguerite Duras décrit dans 48 textes la vision aiguisée qu’elle a du monde. Ce qu’elle en garde. Ce qu’elle en retient. Ce qui l’a marquée.

Elle partage ses moments de faiblesse mais aussi de lucidité. Elle décrit la vie parisienne des années 80’. Elle évoque sa manière de conduire son automobile et le plaisir qu’elle en tire. Elle s’exprime sur l’hétérosexualité, l’homosexualité, l’art, la musique ou encore le cinéma. Elle parle de la vie, de sa vie, de son expérience de la vie.

Je suis certes quelqu’un de généralement curieux, du quotidien, de ce qui m’entoure, des autres. Toutefois, il est indéniable que La Vie Matérielle a largement remis en question ma manière de regarder et d’observer mon univers.

Marguerite Duras

Ce que j’en retiens, c’est que (tous) les détails comptent, que notre sensibilité est sollicitée, et qu’être présent doit essayer d’être une règle de vie quotidienne. Il ne suffit pas de juste vivre sa vie, de courir derrière des objectifs à atteindre et de faire son chemin. Saisir l’essence de ce qui nous accompagne dans la vie doit également être une quête en soi, comme peut l’être celle d’un but personnel. Cela est valable que l’on soit écrivain comme Marguerite Duras, ou pas.

La Vie Matérielle est donc à mes yeux une belle invitation à entretenir une attitude d’observation. De notre vie, de notre histoire, de notre société, des endroits par lesquels nous passons, des circonstances qui s’offrent à nous. Comment cependant y parvenir, quand nous avons déjà l’habitude d’aller trop vite, quand nous manquons constamment de temps? N’est-ce pas là l’occasion de repenser les priorités, ralentir si possible et redéfinir un rythme plus sain?

De cette lecture, je ressors dans tous les cas stimulée à maintenir un regard ouvert mais aussi critique sur le monde et sur ma vie, afin de ne pas seulement en être une actrice mais également un jour, pourquoi pas, une conteuse.

Se souvenir d’un père aimant, d’un premier jour de classe, d’un sac à dos coloré, d’un téléphone portable oublié dans un taxi, d’une vendeuse de bonbons, d’un vieux divan, d’une douce grand-mère, d’une crise de varicelle, d’un couscous juteux et fumant, d’un cœur brisé, d’un collègue drôle, d’une crise de paludisme, d’une amitié perdue, d’un long baiser en bord de mer, d’un maillot de bain trop petit ou d’une relation malsaine à la nourriture, et pouvoir le raconter, le décrire, le partager.

Quelle expérience merveilleuse que de pouvoir se remémorer sa vie!

Un livre que je vous recommande chaleureusement.