39. L’enfant adulte à l’ombre des kapokiers

Le marché s’animait au fur et à mesure que le soleil se levait sur la localité de Mazoto. A l’ombre des kapokiers de la place centrale, de nombreuses femmes installaient leurs étalages sur des nattes de paille, ou parfois à même le sol. En chantonnant gaiement, elles se préparaient à l’arrivée des acheteurs qui bientôt, viendraient s’approvisionner en poisson séché, en volailles ou en tubercules d’igname. A quelques kilomètres de là, la petite Binta, son bébé au dos, se dépêchait de marcher sur le sentier sinueux qui menait à la grande place. Elle portait sur la tête un large panier tressé rempli de fruits frais, tous cueillis dans les plantations de son père. Des papayes, des mangues et quelques oranges, qu’elle espérait toutes vendre à ses clients habituels.

Quotidiennement avant l’aurore, Binta se réveillait pour préparer la bouillie de mil de ses cinq frères, mettre à chauffer de l’eau pour leur toilette et balayer l’arrière-cour de la maison familiale. A cette heure, tout le monde dormait encore dans la concession, mais dans quelques minutes, viendrait le temps de se préparer pour l’école ou pour les activités de récoltes dans les champs. Binta devait faire vite les jours de marché, car les places étaient rares sous les arbres et s’installer au soleil toute une journée pouvait très rapidement rendre malade son bébé.

C’était par une nuit de pleine lune que la petite Idunnu était venue au monde. Sa naissance avait été pour sa mère, le signe qu’un avenir meilleur se profilait. C’est en tout cas ce à quoi avait décidé de croire Binta, de tout son cœur et de toute son âme. Elle était fière de sa fille, de sa petite Idunnu qui aimait observer le monde de ses yeux noirs et vifs. Qui aimait attirer l’attention en poussant d’interminables petits cris joyeux. Qui ne se faisait jamais prier pour terminer sa bouillie de riz ou de maïs.

Aux premiers chants du coq, en ce jour de marché, Binta avait réveillé ses petits frères auxquels elle avait servi le petit déjeuner, leur avait recommandé de bien travailler à l’école puis s’était mise en route pour Mazoto. Son bébé encore endormi, elle l’avait attaché sur son dos à l’aide d’un pagne coloré, comme le faisaient toutes les femmes de son village avec leurs enfants. La localité voisine se situait à environ deux longues heures de marche, pendant lesquelles Binta pouvait se laisser aller à quelques douces pensées. Elle nourrissait secrètement le rêve de voir sa petite fille un jour partir étudier la médecine à la capitale. Pour réaliser ce projet, Binta ambitionnait de construire un commerce riche et prospère, et ainsi subvenir à tous les besoins de Idunnu.

Mais pour cela, il fallait de l’argent. Beaucoup d’argent. Il fallait vendre des dizaines de papayes, de mangues et d’oranges. Il fallait se lever encore plus tôt, et marcher vers Mazoto sans jamais se plaindre des crevasses qui ravageaient les talons et les pieds.

Idunnu toussa légèrement dans le creux du dos de Binta, qui alors avait fredonné une petite chanson pour la calmer : ♫ Les anges veillent sur toi, petite princesse, Dors en paix, petite princesse

Si sa mère avait été là, la vie aurait été différente. Binta aurait dormi plus longtemps sur le vieux mais confortable matelas de sa case. Elle aurait eu les cheveux tressés avec du fil brillant et chanterait les chansons du pays avec ses camarades de classe à l’école. Mais sa mère était partie. Trop tôt et trop brusquement, fauchée par la maladie. Avec elle, avaient été emportées l’enfance et l’insouciance de Binta. Le sol s’était alors ouvert sous les pieds de la petite fille de onze ans qu’elle était, qui jamais auparavant n’avait songé à imaginer la vie sans la voix chantante et les éclats de rire de sa mère. Il avait fallu grandir plus vite que prévu.

Quelques mois après cette tragédie, Binta s’était retrouvée piégée entre deux hommes dont elle ignorait l’identité. Ils étaient grands, ils étaient âgés, ils auraient pu être ses oncles. Comme à l’accoutumée, elle prenait sa douche à l’arrière de la maison, dissimulée entre quelques arbres, rassurée par le fait que son père et ses frères n’étaient jamais loin.

Ce jour-là, son père, contre toute attente, avait été retenu à la plantation ; les pluies diluviennes de la matinée avaient inondé les champs de maïs et avec quelques agriculteurs du village, ils avaient travaillé plus tard que d’habitude. Les frères de Binta, occupés à jouer aux billes dans la cour, n’avaient pas remarqué que la toilette de leur sœur s’éternisait. Ils n’avaient pas entendu les cris étouffés de Binta, qui se débattait comme une petite antilope tentant de s’échapper de la gueule du lion affamé. Ils n’avaient pas remarqué la traînée de sang qui coulait encore entre les jambes de leur sœur, alors qu’elle revenait vers la maison en titubant de douleur. Ils l’avaient crue, lorsqu’elle leur avait dit avoir glissé et être tombée sur les pierres qui tapissaient le sol de la petite douche aménagée en plein air.

Les premiers rayons du soleil se levaient et traversaient le feuillage des arbres qui bordaient chaque côté du sentier. Les oiseaux chantaient la douce mélodie du jour nouveau. L’air était frais et chargé d’une légère odeur de bois humide. Il avait plu cette nuit, pour le plus grand bonheur des cultivateurs. Binta ne perdait pas la cadence, elle marchait d’un pas décidé vers le marché de Mazoto, Idunnu continuant de dormir paisiblement sur son dos. Une fois arrivée sur la grande place, avec soin elle installerait ses fruits sur une natte de paille, donnerait le sein à Idunnu puis s’achèterait un peu de bouillie de mil et quelques beignets chauds en guise de petit déjeuner, en attendant l’arrivée des premiers clients. Une belle journée s’annonçait.

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Cette histoire est une fiction. Toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé serait purement fortuite.

Je suis Manouchka. Sur ce blog, je partage mes lectures, mes pensées, mes écrits. Vos retours enrichissent le débat, n’hésitez donc pas à me laisser vos commentaires et vos avis. Et par dessous tout, merci de me lire !
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38. Déculturer pour mieux régner, ou Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

Imaginons un nouveau monde. Où les livres seraient strictement interdits. Où l’information serait rigoureusement contrôlée, dans son essence et dans sa transmission. Imaginons un nouveau monde. Où les pompiers n’éteindraient pas le feu, mais le mettraient aux maisons de tous ceux qui, clandestinement, y cacheraient des livres.

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury est LA dystopie qui décrit superbement bien une telle société.

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Je suis de celles et ceux qui croient profondément aux pouvoirs des livres. Je n’imagine pas ma vie sans eux, sans leurs histoires, sans tous les secrets qu’ils me livrent.

Mon père me poussait constamment à lire lorsque j’étais petite. Et à dessiner aussi. Il savait que ces deux activités stimuleraient l’imagination et la curiosité de l’enfant que j’étais. Aujourd’hui, la lecture est une activité que je continue de chérir et qui constitue l’essentiel de mes hobbies. Un précieux me time* qui me permet de voyager et d’apprendre.

Le livre est un excellent vecteur d’accès à la connaissance. Quelle qu’elle soit. Les histoires, les biographies et autobiographies, les poèmes, les essais, la philosophie, pour ne citer que ces registres là. Lire est un exercice qui, pratiqué de façon consciencieuse, permet également de développer la pensée critique. Sans oublier le fait que les livres constituent une importante voie de transmission de l’histoire, de ce qui a été autrefois.

Je me souviens par exemple de toute l’émotion que j’ai ressentie à la lecture du Génocide Voilé de Tidiane N’Diaye. A l’époque, j’ignorais tout de la traite arabomusulmane. Je n’avais jamais eu auparavant l’occasion d’avoir accès à de l’information traitant de cette thématique. Elle ne nous avait pas été enseignée à l’école – contrairement à la traite négrière. Personne ne m’en avait jamais parlé. Ce livre avait été alors une révélation et m’avait beaucoup appris sur les 13 siècles d’esclavage en Afrique pratiqué par les arabes ; à sa fermeture, j’étais fière et très contente d’avoir appris quelque chose de nouveau.

Grâce aux livres, nous pouvons réfléchir à ce que pourrait être le monde de demain. Nous pouvons nous questionner sur notre société et sur ses dogmes. Nous interroger sur ce qui est, sur ce qui pourrait ne pas être ou qui pourrait être autrement.

Bref, lire ouvre la boîte dans laquelle nous sommes enfermés et y fait pénétrer la lumière. Lire nous éclaire, lire nous fait réfléchir et nous permet d’accéder au sens des choses – et non aux choses elles-mêmes.

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Il est donc assez logique que dans une société où les dirigeants auraient tout à perdre si les sujets avaient librement accès à la connaissance, on en vienne à interdire et à supprimer le canal par lequel est véhiculé cette connaissance : le livre. Moins la population en sait (sur elle-même, sur son passé, sur son identité mais aussi sur les autres), moins elle se posera de questions, et plus il sera facile de diriger d’une certaine manière. Ou devrai-je plutôt dire de ‘contrôler d’une certaine manière’.

La destruction des livres par le feu dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury n’a certainement pas été choisie par hasard. En outre par un corps qui, en temps normal, éteint le feu et sauve des vies : les pompiers. C’est un peu comme si un policier, dont le rôle est de veiller à notre sécurité, se mettait à nous agresser, à nous tuer.

Dans notre société actuelle, mettre le feu à un livre n’a en soi rien de grave. Que vous mettiez le feu à votre bibliothèque personnelle au milieu de votre salon n’engage que vous (si bien sûr vous n’en venez pas à également brûler la maison de votre voisin!). Ce qui est répréhensible par la loi et condamnable par la justice, c’est la motivation qui pousse à brûler un livre, qu’elle soit politique, morale ou religieuse, associée à l’expression publique de cette motivation.

Par exemple, en 2010, une personne portant le pseudonyme de Emilio Milano avait mis le feu au Coran en Alsace, et avait été alors mis en examen pour « provocation publique à la discrimination raciale ». Bien qu’il n’ait pas été condamné à de la prison ferme, son affaire avait fait grand débat dans les couloirs de la justice.

A l’époque nazi en Allemagne, beaucoup de livres dits ‘non-allemands’ avaient été symboliquement détruits par le feu pour revendiquer la suprématie de l’idéologie allemande. Étaient passées au feu entre autres des œuvres de Stefan Zweig et de Karl Marx. Au début de l’année 2015, l’Etat islamique (Daech) avait également réduit en cendre plusieurs milliers de livres au sein de la bibliothèque de la ville irakienne Mossoul.

Cette destruction symbolique d’œuvres littéraires par les flammes – appelée un autodafé – est extrêmement lourd de symbolique. Ce qu’il faut détruire, ce n’est pas l’auteur mais la pensée que véhicule son livre. Bien qu’il faille aussi admettre que détruire une pensée revienne aussi à détruire l’homme qui en est à l’origine. Afin que vous puissiez avoir une idée de quelques autodafés qui ont marqué notre histoire, je vous invite à lire cet article très intéressant du Figaro Culture.

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Pour garder en sa possession quelques livres, le héros de Fahrenheit 451, lui-même pompier, n’hésitera pas à mettre sa propre vie, et accessoirement celle de sa femme, en danger. Il protégera ses livres, cachés sous sa veste, pressés contre sa poitrine, tout le long de sa fuite face aux autorités de la cité décidées à en finir avec lui. Un homme qui lit est une menace pour l’équilibre de la société. Un homme qui lit voit clair. Un homme qui lit pense autrement. Il représente une menace pour l’équilibre sociétal ; en partageant sa connaissance, il risque d’éveiller la curiosité des autres et d’être à l’origine de possibles soulèvements. Il faut l’éliminer.

Notre héros refusera alors par tous les moyens de se laisser impressionné et manipulé.

J’ai trouvé qu’il était là, intéressant de se questionner sur les pseudo-dangers de la connaissance. N’aurait-il pas été plus simple, pour le héros, de se contenter de ce que voulaient bien lui donner les décideurs et ainsi avoir la paix?

Nous pourrions tous, comme l’écrit l’auteur, nous contenter de loisirs classiques ; ils sont rapides, expéditifs, empêchent de réfléchir. Par exemple : la télévision grand public. Ce n’est pas par hasard, je l’imagine, que certaines chaînes explosent leur audimat grâce aux télé-réalités.

Il fut une époque, il y a environ trois ans, où en quelques semaines j’avais développé une réelle addiction aux émissions de télé-réalité. A chaque fois que j’en regardais une, je ne faisais plus attention au temps qui passait, je me dépêchais de rentrer chez moi pour regarder le dernier épisode (un ramassis de bêtises maintenant que j’y repense), je ne réfléchissais plus ; par contre, je rigolais énormément et m’en amusais beaucoup. Et le pire, j’en redemandais!

Consommer ce genre de divertissement n’est absolument pas interdit, je ne dis pas qu’il faudrait définitivement tirer un trait dessus. Un épisode de temps en temps, pourquoi pas ? ça détend, effectivement. Mais je suis personnellement convaincue que ces émissions sont faites pour nous endormir sous leurs faux airs de divertissements. Et surtout, je pense qu’en abuser est loin d’être bon pour notre santé mentale et notre lucidité.

Donc oui, on pourrait rentrer dans le moule, comme le voudraient les dirigeants du livre Fahrenheit 451 pour la population de la cité. Ce serait tellement plus simple, nettement plus facile. Ne consommer que de l’information sélectionnée par les décideurs. Ne lire que des livres choisis pour nous. N’écouter que de la musique – ou des bruits! – qu’on nous propose. Et marcher dans le même sens que la foule. Être docile et sage. Un citoyen modèle. On pourrait le faire, économiser notre énergie tout en nous épargnant moultes problèmes inutiles.

Mais pour certains, une telle subordination serait synonyme de « mort vivante ». Être sans être. Ne plus penser. Ne plus grandir. Ne plus accéder à d’autres formes de vérités, de cultures. Ne plus remettre en question. Ne plus réfléchir.

Beaucoup de personnes, de nos jours, qui osent penser à contre-courant, qui défient l’autorité en remettant en question des idées bien installées par les décideurs ne sont pas vues d’un bon œil. Au moment où j’écris ce billet, je pense notamment à l’écrivain egyptien engagé Alaa El Aswany. Son cheval de bataille : les valeurs de la démocratie. En 2019, Alaa El Aswany a été poursuivi par la justice égyptienne ‘pour insultes au président’ et son roman J’ai couru vers le Nil a alors été interdit dans plusieurs pays arabes. En dehors de cet auteur, je pense aussi naturellement à toutes les personnes qui se battent pour amener la culture aux populations qui n’y ont pas accès, conscientes de son importance sur le bien-être et la construction de l’individu, et qui se heurtent aux obstacles érigés par certains dirigeants.

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Fahrenheit 451 est définitivement un livre qui m’a rappelé la grande place de la culture, de la lecture dans ma vie personnelle mais aussi dans la vie communautaire. L’importance de lire de bons livres, bien choisis, et je pense que c’est sur ce dernier point que je vais devoir, en ce qui me concerne, mieux travailler. Choisir un contenu constructif et pertinent est aussi important que d’entrer dans une librairie avec l’optique de s’offrir un livre. Ces deux actions peuvent et doivent aller de paire afin de nous permettre d’en apprendre davantage sur nous-même mais aussi les autres et sur la (les) société(s).

Comme je ne cesse de le dire, cultivons la curiosité, ne cessons jamais d’interroger, de chercher le pourquoi du comment, et cela même au risque de déplaire à certains. C’est de notre épanouissement mental et culturel dont il s’agit là, et je suis convaincue qu’il n’a clairement pas de prix.

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Une courte vidéo pour finir sur le sujet de la déculturation :

* moment à moi

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37. Projet, Poirier et Podcast

J’ai récemment demandé à une amie si elle savait faire le poirier. D’un ton très enjoué, elle m’a répondu : « Mais ouiii!! On faisait ça quand on était à l’école, attends que je te montre! ». Je n’aime pas assister aux tentatives d’acrobaties, j’ai toujours peur qu’un os se brise ou qu’un muscle se déchire ; j’ai donc tourné les talons et suis partie me préparer un tasse de thé à la cuisine. D’autres diront que j’étais sans doute aigrie. Bon. Peut-être. Oui. Un peu. Juste un peu.

Bref, vous l’aurez deviné : je ne sais pas faire le poirier. Et je n’y arriverai probablement jamais!

Selon les experts, le poirier, techniquement appelée Sirsana, est une position de yoga qui aurait quantité de bienfaits : elle réduirait l’anxiété et le stress, améliorerait la digestion mais aussi la peau, la vue, la santé du cuir chevelu, développerait les abdominaux, augmenterait la concentration, stimulerait le système lymphatique, et la liste ne s’arrêterait pas là. Bref, autant de bonnes raisons qui devraient me motiver à m’y exercer, me diriez-vous.

Sauf que non, ça coince. Ça coince même très fort! Pour tout vous dire, je n’ai aucune envie de faire des efforts. Les rares fois où j’ai tenté de me coller à cet exercice, j’ai eu mal au cou et ai transpiré (de nervosité) comme jamais. Depuis, j’ai tout simplement abandonné l’idée de pouvoir un jour crâner dans cette position qui ne cesse pourtant de me faire rêver.

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En fait, ce qui se passe est simple : je me suis toujours imaginée partir de zéro pour arriver directement à cet instant où le poirier est parfaitement exécuté. Dans ma tête, l’entre deux n’existe pas. Il n’y a pas d’apprentissage, pas d’entraînement, pas de répétition. Je refuse d’en prendre conscience ou d’en entendre parler. Sauf que, en ce qui me concerne, je ne connais personne qui ait réussi à faire un parfait sirsana en partant de rien.

On m’a souvent dit et répété qu’il fallait se focaliser sur les objectifs. Focus on the outcome. Se concentrer sur le résultat est une excellente chose. Visualiser ce qu’on souhaite accomplir permet de travailler son imagination et de définir clairement les contours de ce qu’on entreprend. Mais il est aussi, je pense, très important de ne pas perdre de vue les différentes étapes du parcours qui mène au résultat recherché.

Mon poirier ne sera jamais exécuté du jour au lendemain.

Mais alors, quelle est donc cette voix dans ma tête, qui au lieu de me raisonner et me dire qu’il est plus sage et plus réaliste de travailler cette position au quotidien pour obtenir un bon résultat un jour, me berce d’illusions en me faisant croire que je peux le faire en 25 secondes (avec toutes les chances de me tordre le cou) ?! Une voix qui, j’ai fini par en conclure, ne me veut pas forcément du bien.

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En fait, tout dépend de la personnalité dont on est dotée. Personnellement, le temps et les expériences m’ont montré que j’étais une adepte de l’étape par étape. Procéder ainsi m’aide à ne pas flancher et à rester motivée. Toutes les réalisations et tous les projets que j’ai pu mener à bien ont été accomplis en adoptant ce mindset. Je procède généralement en écrivant mes projets dans un cahier – certains utilisent aussi des vision boards – ainsi que tous les échelons à gravir pour la réalisation de ces projets. Au fur et à mesure que les étapes sont franchies, je les raye d’un trait ; j’en tire non seulement de la satisfaction mais aussi de la motivation pour continuer ma route.

Actuellement par exemple, un de mes objectifs personnels est de parvenir à lire un livre entier rédigé en anglais avant la fin de l’année. Je sais que je n’y arriverai pas du premier coup. Alors je m’exerce dans un premier temps avec des articles de presse ou de blog, des livres pour enfants, voire d’adolescents, des livres de citations, qui ne requièrent pas de longue ou grande concentration. Puis viendra le moment j’en suis sûre où je pourrai choisir un livre entier adapté à mon niveau et atteindre mon objectif. Je préfère nettement me focaliser sur ma progression, que sur la visualisation que j’ai de moi lisant un livre de 350 pages en anglais. Petit à petit, l’oiseau fait son nid.

Pour en revenir au poirier, si je n’y suis pas arrivé, c’est selon moi parce que je n’ai pas eu le courage, ou devrais-je même dire l’humilité, d’accepter le fait que je ne pouvais aucunement le réussir du premier coup. Et à juste titre : il faut du temps, il faut se muscler le haut du corps, avoir des épaules solides pour supporter le poids du corps (qui ne doit en aucun cas reposer sur le cou pour éviter de se blesser) et il faut de la pratique sur parfois plusieurs années! J’ai honnêtement eu peur de m’y engager. Et peur de ne pas tenir le rythme.

C’est pour cette même raison que je ne suis pas régulière en terme d’activité physique sur le long terme. Le résultat est toujours enthousiasmant! Mais les efforts et la persévérance qui cela exigent me découragent assez rapidement.

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J’écoute depuis peu un podcast que j’aimerai partager avec vous, et que je vous recommande par la même occasion pour son format très court et son contenu inspirant accessible à tous. Il s’agit du 7 Good Minutes Daily Self-Improvement Podcast. L’épisode qui a particulièrement retenu mon attention s’appelle « Using the Power of Vizualization To Achieve Your Goals« . J’y ai appris que la visualisation d’un objectif atteint produisait de la dopamine, l’hormone du bonheur, mais que le plaisir et l’euphorie liés à cette hormone n’étaient ressentis que sur un court terme. Et que c’était la concentration sur le process lui-même qui permettait de maintenir un certain niveau de concentration et de motivation, nécessaires à la réalisation des projets.

Ne vous méprenez pas, je ne réessayerai pas de me lancer dans le poirier. Finalement, je pense que je ne suis juste pas faite pour ça. Il y a beaucoup d’autres positions de yoga que j’apprécie travailler avec patience et détermination. Je continuerai de les pratiquer. Mais le poirier, disons qu’il me continue de me faire fantasmer. Et qu’il m’effraie à la fois.

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Tout compte fait, l’idéal serait d’adopter la méthode qui convient le mieux à ce que l’on est. Personne ne nous connait mieux que nous-même. Personne ne peut nous dire ce qui fonctionne le mieux pour nous. Il existe tellement de conseils sur la question, de théories, de partages d’expériences. Le plus important je pense, est d’être à l’écoute de soi et de trouver sa voie.

Peu importe la technique que l’on retiendra : que l’on soit de ceux qui fixent leur point d’arrivée sans jamais le quitter des yeux et qui y foncent sans marquer d’arrêt, ou de ceux qui avancent en faisant le point à chaque progression, ce qu’il y a de plus fondamental est de pouvoir se lancer, de donner son maximum et d’en être fier, satisfait, content.

Que ce soit écrire un livre, faire vivre un club de lecture, lancer une entreprise et la faire prospérer, devenir peintre ou coiffeuse, apprendre une nouvelle langue, ce qui compte, c’est d’être conscient des efforts à fournir et surtout, de ne pas lâcher en cours de route.

Et puis si il y arrivait qu’un projet soit un échec, gardons à l’esprit qu’il est toujours possible d’en construire un autre, et de recommencer. La vie est une aventure, comme j’aime à souvent le dire.

Sur ce, je retourne à mes lectures, et en anglais ! s’il vous plait !

 

 

36. Une histoire de coïncidences, ou La Prophétie des Andes de James Redfield

Je me souviens du sujet relatif à la première ‘vraie’ décision que j’ai eu à prendre dans la vie : mes études universitaires.

J’avais 17 ans. Toutes les décisions que j’avais pu prendre avant cet instant m’avaient soudainement paru légères et insignifiantes. A l’époque, je savais juste que je ne voulais étudier ni la médecine ni le droit et que je souhaitais aller dans une petite ville côtière où le soleil brillerait plus souvent qu’il ne pleuvrait (je ne m’imaginais pas vivre dans un endroit où il me serait inenvisageable de voir la mer!). J’ai alors fait un choix et la vie m’a conduite à Montpellier pour quelques mémorables années.

« Ce n’est pas facile d’être adulte! » avons-nous coutume de dire avec mes proches en nous taquinant car prendre une décision importante, parfois lourde de conséquences, peut parfois faire très peur. Qu’il s’agisse de monter sa propre entreprise ou de conserver son emploi, de privilégier un investissement A ou un investissement B, de rester en couple ou de se séparer, ou encore de choisir un traitement médical, il arrive qu’on doive y réfléchir à plusieurs reprises. Sans compter le stress généralement engendré par la crainte de faire un mauvais choix.

Avec le temps, j’ai compris qu’il n’y avait pas de bonne ou de mauvaise décision. Ruth Chang, philosophe à l’Université Rutgers dans le New Jersey disait d’ailleurs à ce propos : « L’incapacité à prendre une décision vient de cette idée qu’il existe une bonne réponse, mais qu’on est trop bête pour la trouver« . Malheureusement, la course à la perfection qui régit la société actuelle nous retire trop souvent la tolérance que nous pouvons avoir vis-à-vis de nous-même en ce qui concerne les choix que nous faisons. Et je pense que si le résultat de nos prises de décisions pouvait être connu à l’avance, nombreux nous serions à dire oui à la possibilité d’en prendre connaissance.

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Prendre une décision éclairée avec confiance est un processus qui s’apprend et s’étudie, que ce soit sur le plan personnel ou professionnel. Les critères qui guident nos choix sont nombreux et pèsent plus ou moins lourdement dans la balance selon la personnalité de chacun et le type de décision à prendre. Nous pouvons considérer par exemple :
– la quête d’un résultat donné,
– l’étude des faits et la logique,
– la pression extérieure, sociale ou familiale par exemple,
– l’intérêt personnel ou celui d’autrui,
– les émotions, l’instinct et le ressenti.
Etc.

Le mécanisme de prise de décision est un sujet pour lequel j’ai un réel intérêt étant moi-même en perpétuel apprentissage de la vie. Et c’est donc avec beaucoup d’attention que j’ai lu La Prophétie des Andes de James Redfield. A travers l’histoire du héros qui effectue un long voyage au Pérou dans le but d’y découvrir un Manuscrit vieux de 2600 ans, l’auteur dévoile au fil des chapitres l’importance que nous devons accorder aux coïncidences du quotidien dans nos prises de décision. Pour lui, le hasard n’existe pas et tout ce qui se passe dans notre vie a pour objectif de nous enseigner une leçon, de nous mener à une destination précise pour le bien de l’humanité toute entière.

J’ai vraiment été sensible aux messages et conseils véhiculés par l’auteur sur la nécessité d’être à l’écoute de soi et de l’environnement. Il est bien vrai que pour beaucoup d’entre nous, nous vivons sans faire attention aux détails. La société actuelle a tendance à nous robotiser sans même que nous nous en rendions compte. Notre corps est présent mais notre esprit est ailleurs. Nous sommes surmenés par toutes les taches que nous devons accomplir au travail et à la maison. Nous devenons de moins en moins sensibles à la nature, aux éléments extérieurs, à ce qui nous entoure, en permanence centrés sur nous-même.

Non seulement ce livre nous invite à changer d’attitude pour nous ouvrir à la beauté du monde, mais il appelle également au questionnement. Les coïncidences porteuses de message, d’après l’auteur, surviennent lorsque nous posons une question précise à l’univers en rapport avec le cours de notre existence. Par exemple, dois-je continuer de travailler ou reprendre mes études?

A partir de cet instant, si nous sommes attentifs, il peut se produire un ou plusieurs évènements censés nous apporter les bonnes réponses. Encore faut-il pouvoir déceler ces messages! Ce à quoi va s’exercer le héros tout au long de son aventure en apprenant à manger moins de viande et beaucoup plus de légumes et de fruits afin d’augmenter sa sensibilité, en observant ses compagnons de route, en étudiant leurs comportements, en méditant, en appréciant la beauté et l’énergie de la nature qui l’entoure.

L’auteur, avec ce roman vendu à plus de 20 millions d’exemplaires dans 35 pays mêlant fiction et réalité, semble clairement s’inscrire dans la revendication du courant spirituel dit du New Age dont je vous invite à lire les caractéristiques ici sur Wikipédia.

En ce qui me concerne, l’objectif a été pour moi, en suivant le héros dans son périple, de comprendre dans quelle mesure le Manuscrit recherché révélait la possibilité d’un changement imminent de notre humanité grâce à la prise de conscience individuelle et collective. Dans son livre, James Redfield écrit qu’un changement capital s’effectue au début de chaque nouveau millénaire. Evidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de faire l’analogie avec l’épisode du Covid-19 que nous vivons actuellement! Du fait de ce virus, la majorité des individus peuplant notre planète a été appelée à être confinée et à revoir son mode de vie et de consommation. Mais aussi à remettre en question son système de pensée.

Je pense que beaucoup n’auront pas peur d’affirmer que la crise du Coronavirus se produisant en 2020 n’est absolument pas le fruit du hasard. Pour certains, il s’agirait même du fruit de certaines coïncidences comme l’indique par exemple cet article présentant une sélection de livres qui auraient prédit la pandémie. Personnellement, je n’y crois pas mais étant donné le fait que nous sommes au tout début du troisième millénaire et plus précisément en 2020 (« Twenty-Twenty » une succession de deux nombres identiques) et que la planète traverse une crise environnementale sans précédant, il y a effectivement de quoi parfois se poser quelques questions.

Ce qui est toutefois certain, c’est que le Covid-19 m’a fait réaliser que nous avions la possibilité de réduire la pollution si nous le décidions. Pendant de longues années, il ne s’est tenu que colloques sur colloques au sujet de l’environnement, sans que, à mon humble appréciation, aucune action durable et concrète ne soit prise par les dirigeants du monde.

Aujourd’hui, force est de constater que la planète respire mieux (1) ! (Reste à savoir jusqu’à quand?!). Et nous sommes tous témoins du fait que la nature et les êtres humains ne peuvent être dissociés. Il est indispensable de repenser nos habitudes, pour permettre la poursuite de notre aventure sur la planète sans pour autant continuer à l’abîmer et la détruire. A nous de savoir déduire les leçons de ce que nous vivons aujourd’hui pour le bien des générations futures, et d’agir, de décider ce qu’il y a de mieux (2), comme le sous-entend clairement le Manuscrit de La Prophétie des Andes.

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Il y a tout de même certains points qui quelque peu ralenti mon entrain à la lecture.

Sur la forme, j’ai trouvé la narration souvent longue et très fournie en descriptions, ce qui rendait par moment entrecoupait le rythme de la narration. Sûrement devrais-je essayer de lire la version originale en anglais. D’ailleurs, sur Instagram, je disais il y a quelques temps mon désir de m’exercer à désormais lire aussi des ouvrages rédigés dans la langue de Shakespeare, et ce livre me convainc de la nécessité de me lancer dans cette aventure. Aussi, en les comparant aux autres, les deux derniers chapitres m’ont paru moins simples à appréhender.

Toutefois, il n’en demeure pas moins qu’il s’agisse de détails auxquels chacun peut être sensible de manière différente. Ils n’en retirent rien aux connaissances que j’ai pu avoir à la lecture de l’ouvrage.

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Pour revenir à la thématique des coïncidences, je ne suis pas de celles et ceux qui estiment que tout évènement de notre vie se doit de forcément comporter un message. Everything does not happen for a reason. Je n’étais pas donc toujours en accord avec la pensée de l’auteur et avec l’attitude que pouvait adopter son héros face aux évènements de sa vie et à son interprétation abusée voire abusive des coïncidences. Certaines choses arrivent, et puis c’est tout. Je ne suis pas du genre à recevoir un appel téléphonique et à me dire qu’il avait forcément un sens. Ou encore à croiser une vieille amie à trois reprises en deux semaines et à y déceler un message codé. J’aime aussi par moment me laisser vivre et accepter d’être portée par le cours des évènements, tout simplement.

La vie est une aventure. Avec elle vient son lot de surprises, bonnes et mauvaises. Nous pouvons en contrôler certains aspects, et d’autres beaucoup moins voire pas du tout. Il arrivera que nous nous poserons des questions sur certains éléments décisifs de notre vie, sans jamais avoir de réponses à travers les faits rencontrés ou observés. Devra-t-on à ce moment là se sentir perdu? Abandonné de l’univers? Défaitiste? Je ne le crois pas. Parfois les réponses se trouvent simplement en nous-mêmes, et ce à quoi nous devons aussi nous exercer, c’est faire confiance à notre intuition et apprendre tout simplement à être dans l’acceptation (3).

Coïncidences ou pas, il nous faudra toujours continuer à avancer et à tracer notre chemin du mieux que nous le pourrons.

Avant de clore ce billet, je vous propose une vidéo très intéressante sur la civilisation maya que l’ouvrage m’a amenée à découvrir à travers le périple du héros. Toute la culture précolombienne d’ailleurs en vaut le détour!

Ainsi qu’une compilation des 10 coïncidences les plus étranges relevées par l’histoire :

Pour revenir à mes études à Montpellier, je pense tout compte fait et admets qu’aller y étudier était effectivement loin d’être le fruit du hasard. Car là-bas, j’ai obtenu mon diplôme, découvert une famille dont j’ignorais l’existence, connu des personnes qui jusqu’à ce jour font partie de ma vie et m’apportent comme jamais je ne l’aurais imaginé.

Notre histoire, quoi que disent ou pensent les autres, nous appartient ; à nous de la construire et de lui apporter des couleurs en fonction de la palette dont nous disposerons.

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(1) En images : la Terre respire mieux depuis le début des confinements
(2) Lecture proposée : L’Après Covid 19, ne plus séparer santé et environnement
(3) Lecture proposée : Cinq conseils pour prendre la bonne décision au bon moment