43. BOOK – Gagnant ou perdant, à nous de choisir ! ou Attitude is everything de Jeff Keller

« The greatest mistake a person can make is to be afraid of making one. »
Elbert Hubbard

J’ai appris à faire du vélo lorsque j’avais 9 ans. Ou 10 ans peut-être.

C’est devant sa jolie petite maison de la Cité du Port* que la mère de ma meilleure amie de l’époque avait entrepris de m’enseigner l’art de rouler à bicyclette. La rue sur laquelle j’allais être baptisée était faite d’argile rouge, légèrement sablonneuse sur les côtés et bordée de quelques haies végétales et d’arbres. Je me souviens m’être lancée sans roues stabilisatrices dès le premier coup. Après tout je n’étais plus un bébé et j’avais confiance en moi. Je savais que je pouvais le faire.

Ce que par contre j’ignorais, c’est que les essais prometteurs de la première journée se solderaient par une vilaine chute sur un vieux stipe de cocotier. Résultat des courses : une jambe blessée et ensanglantée sur toute sa longueur. Heureusement, rien de bien méchant puisqu’avec une belle dose de mercurochrome, les dégâts avaient été minimisés. C’est plus motivée que jamais que je suis remontée le lendemain sur mon vélo et ai continué à m’exercer, pour finir par pédaler comme une grande fille au bout de deux ou trois jours.

Je retiens de cette vieille histoire que je n’avais pas peur. Ni de me faire mal, ni d’échouer. Et je n’avais toujours pas peur lorsque j’ai appris à nager sans bouées. Ou lorsque je suis montée à cheval pour la première fois. Ou encore lorsque j’ai appris à conduire en une soirée aux côtés de mon père (oui, en une soirée).

J’avais confiance en moi. Je savais très bien que des erreurs seraient commises au cours de chacun de ces apprentissages, mais elles ne me faisaient absolument pas peur. L’idée ne me traversait même pas l’esprit qu’elles pourraient m’empêcher d’atteindre mes objectifs. J’avais une attitude de déterminée.

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« Attitude is everything. »
Jeff Keller

Il y a quelques semaines je vous disais dans cet article mon désir et ma volonté de me frotter à la littérature anglophone à partir de cette année. Je suis vraiment ravie de pouvoir aujourd’hui partager avec vous un avis sur ce premier bouquin que j’ai adoré lire et que j’ai trouvé extrêmement stimulant.

Dans un style qui se veut simple, épuré et accessible à tous, Jeff Keller explique comment il est possible de prendre le contrôle de sa vie et d’atteindre son plein potentiel en adoptant une attitude positive et constructive. Pour cet auteur, l’attitude passe par trois points essentiels que sont la pensée, la parole et les actions.

En s’appuyant sur des anecdotes personnelles et sur des exemples tirés de la vie de personnes qu’il a croisées ou de son entourage proche, Jeff Keller montre à quel point la négativité peut concrètement impacter le cours de notre vie, limiter notre capacité à saisir les opportunités qui se présentent à nous, et même nous conduire à l’échec. Aussi, l’auteur n’hésite pas à fournir au lecteur de nombreux conseils et astuces pour améliorer son système de pensée, contrôler positivement sa parole et diriger ses actions pour réussir à adopter une attitude constructive face aux circonstances de la vie.

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Si cette lecture a fait remonter en moi le souvenir de la petite fille à vélo que j’étais, c’est bien parce qu’aujourd’hui je suis pleinement consciente de tous les blocages que je suis capable de me mettre sous l’influence du sentiment de la peur. Il arrive que mon attitude soit fortement négative face à certains aspects de la vie et cela n’a évidemment rien de favorable. Nous sommes d’accord qu’il y a plus à perdre à ne pas oser, qu’à se lancer dans l’inconnu ! Si plus jeune j’avais concentré mon attention sur les dangers du vélo sans roues stabilisatrices et sur mes appréhensions, j’aurais imaginé toutes sortes de scénarios catastrophes et ne me serai sans doute pas lancée à la conquête de la ruelle en argile rouge!

Lorsque j’ai lancé le club de lecture en 2018, je ne savais absolument pas où j’allais, ni ce que le projet donnerait. J’avais certes peur d’être ridicule, peur que personne n’adhère au concept. Mais après avoir en discuté avec quelques proches, j’en étais venue à la simple conclusion que toutes ces peurs étaient des pensées limitantes et que le plus important devait résider dans la satisfaction d’avoir essayé quelque chose que je désirais profondément.

Aujourd’hui le club Le Colibri est toujours là. Il est vrai que le Covid-19 nous a quelque peu ralentis dans nos activités mais la dynamique est enthousiasmante, l’ambiance et les échanges sont constructifs et ma tête ne cesse de bouillonner d’idées pour ce petit bébé. Je n’éprouve que de la reconnaissance lorsque j’y pense.

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Le livre Attitude is everything rappelle qu’on ne peut pas être négatif et rêver d’avoir au même moment des résultats de gagnant. Ce n’est pas comme cela que ça marche. Il est important d’exercer son mental à percevoir le meilleur de ce que nous sommes, même lorsque c’est difficile.

L’attitude positive est semblable à un muscle que l’on doit entraîner au quotidien. Prenons une feuille de papier par exemple et faisons la liste de toutes les choses qui méritent que nous nous réjouissions et concentrons-nous dessus quelques instants ; ça fait du bien, ça ne change pas le cours de la vie sur le coup mais il est indéniable que cela fait du bien ! « Je suis une bonne personne ». « Je mérite le meilleur ». « Ce sera peut-être long mais j’y arriverai à force de persévérance ». « Je réussirai ». Voilà le genre de pensées – et de paroles! – positives et bienveillantes qu’il est important d’avoir vis-à-vis de soi-même.

Il ne faut pas hésiter à prendre le taureau par les cornes et s’occuper de soi. Personne ne viendra le faire pour nous, à notre place. Il est vrai que certains s’en feront et s’inquièteront pour nous, mais à la fin de la journée ils retourneront toujours à leurs activités ou à leurs soucis, car oui tout le monde a sa propre vie à gérer!

Une amie, il y a quelques jours, me disait que je devais me donner le droit d’être parfois négative, de lâcher prise, d’être triste en parlant d’épisodes passagers de baisse de moral. Et elle a absolument raison. Mais contaminer les autres est une autre histoire. Personne n’aime être assaihi de gémissements plaintifs. Et puis de toutes les façons, que vous alliez bien ou pas, le monde continuera de tourner. Plus tôt on se fait à cette idée, plus vite on rebondit, et moins on a d’attentes vaines.

Attitude is definitely everything!

* Quartier de Lomé

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Je suis Manouchka. Sur ce blog, je partage mes lectures, mes pensées, mes écrits. Vos retours enrichissent le débat, n’hésitez donc pas à me laisser vos commentaires et vos avis. Et par dessous tout, merci de me lire !
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42. De la vie et de l’au-delà

Il m’arrive parfois de penser à la mort. Pas plus tard qu’hier, avec l’une de mes sœurs, nous nous demandions ce qu’il pouvait bien y avoir au delà du dernier sommeil. Pour plaisanter, je lui ai répondu « Rien! », ce qui l’a clairement choquée. Elle a rétorqué : « Mais comment ça rien? Tu penses qu’on vit tout ça aujourd’hui pour RIEN?! ».

Selon les croyances de chacun, l’après-cette-vie peut donc être le néant, le paradis ou l’enfer, le purgatoire, ou encore la réincarnation de notre âme dans une nouvelle enveloppe humaine, animale ou même végétale qui sera conditionnée par celle que nous menons actuellement. Quand beaucoup crient à l’outrage ou à l’appel du mauvais œil lorsqu’on évoque la mort, je suis de celles et ceux qui trouvent qu’il est naturel d’en parler ou de s’interroger sur le sujet.
Vivre, c’est irrémédiablement mourir un jour. Nul n’est éternel.

Alors que personne n’est à ce jour certain de ce qu’il adviendra de notre âme après la mort, cela n’empêche pas certains de s’en aller avec ce qu’ils ont de plus précieux.

Ainsi, il est tout à fait envisageable de brûler le défunt avec ce qu’il a de plus précieux ou de l’enterrer avec, en s’imaginant qu’ainsi il ne sera pas « pauvre » une fois arrivé de l’autre côté. C’est d’ailleurs ce que faisaient les Egyptiens par exemple dans les pyramides où les momies des pharaons, placées dans des sarcophages, étaient accompagnées d’objets précieux ou encore de chaouabtis, petites statuettes représentant leurs serviteurs censés répondre à leur appel dans l’au-delà. Pour en savoir un peu plus, je vous propose de lire cet article qui présente les différents tombeaux égyptiens de l’Ancien Empire.

Les Vikings, ou peuples scandinaves, eux aussi accordaient une grande importance à la fin de vie et au passage vers l’au-delà. Certains de leurs morts étaient enterrés dans des navires, avec des objets de valeur mais aussi des esclaves que l’on sacrifiait pour les accompagner. Il faut savoir que les Vikings partaient à la conquête du monde sur leurs navires – appelés draakar en français, et étaient donc un peuple de la mer. Enterrer leurs défunts avec ces bateaux était donc fort de symbolique.

Des études montrent qu’il subsiste encore à ce jour des vestiges de draakars en Norvège que souhaitent d’ailleurs explorer certains scientifiques, comme nous l’indique cet article que j’ai eu à lire dans le cadre de l’atelier d’écriture que je suis actuellement. Je ne peux m’empêcher de faire un clin d’œil à la série Vikings, dont je n’ai regardé aucun épisode ! Il n’est jamais trop tard pour se rattraper me direz-vous, et vous avez absolument raison, j’y travaillerai !

Bateau Viking

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Se faire enterrer avec des objets de valeur peut être une manière de témoigner également de l’éternité de ce que nous avons été. Si il est vrai que la pratique fait généralement référence à une époque ancienne, rien ne nous empêche de nous questionner sur la manière dont elle pourrait être appliquée aujourd’hui, en tenant compte de notre contexte actuel. Un Viking de l’époque contemporaine se ferait-il enterré dans sa voiture accompagné de son smartphone par exemple ? Une telle image est littéralement trop métallique et me donne tristement les larmes aux yeux.

J’ai toujours trouvé que je possédais trop d’objets inutiles. Trop de vêtements que je ne porte pas. Trop d’objets décoratifs qui finalement encombrent plus qu’autre chose. Trop de produits de beauté qui ne servent à rien. Et parfois, je me demande même si je ne devrais pas me séparer de certains livres après les avoir lus au lieu de les entasser sur des étagères et les laisser jaunir de vieillissement.

J’essaye, tant bien que mal, de me défaire de tout ce qui est superflu dans mon quotidien mais je vous assure que ce n’est pas évident, surtout dans notre société actuelle où le besoin se présente en tout et partout. En plus des échanges et discussions que j’ai avec certains amis sur le sujet, un documentaire a contribué à me faire réaliser notre folie consommatrice : il s’agit de MINIMALISM que je vous invite à regarder sur la plateforme NETFLIX. De façon claire et simpliste, Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus, tous deux minimalistes, y défendent l’idée selon laquelle on peut être heureux en se contentant de peu, ce que j’ai trouvé fort enrichissant et constructif pour ma vie personnelle.

A notre époque actuelle, si il est vrai que beaucoup accordent une grande importance à ce que nous possédons sur le plan matériel (maisons, comptes bancaires, voitures, sacs de marque, etc.), il ne faut pas se leurrer sur le fait que ce que l’on retiendra de nous une fois que nous serons partis, sera nos réalisations. C’est en tout cas ce à quoi je crois. Nous ne pourrons pas emporter nos réalisations dans notre cercueil ou les faire incinérer avec nous, mais elles demeureront vivantes et continueront de faire notre nom. L’empreinte de Nelson Mandela par exemple, a été plus que forte dans le domaine de la lutte contre la ségrégation raciale et son nom continue d’être cité, pour ne pas dire célébré, aujourd’hui.

Et lorsque je repense à ma sœur lorsqu’elle me demande « Tu penses qu’on vit tout ça aujourd’hui pour RIEN?! », je ne peux m’empêcher de réfléchir aux efforts fournis pour l’amélioration de ma personne ou aux bonnes actions posées. A aucun moment je ne pense aux biens matériels. Bien sûr, je ne dis pas qu’il faille ne pas s’investir dans la construction d’une maison par exemple ou dans sa réussite financière, je crois juste que ces succès-là ne s’emportent pas dans l’au-delà.

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Il est vrai qu’il est important de faire la distinction entre l’empreinte de toute une civilisation et celle d’une personne lambda. En ce qui me concerne, je doute aujourd’hui faire partie d’une civilisation forte et je doute que nous marquerons le monde à la manière des Egyptiens par exemple. Peut-être que dans plusieurs années, les générations regarderont notre époque d’un œil admiratif, en encensant probablement l’évolution actuelle fulgurante de la technologie. Mais je pense que nous serons aussi tristement célèbres pour la destruction écologique à laquelle notre ère s’adonne sans conscience.

Perdu au sein de cette ère contemporaine qui est la nôtre, l’individu demeure au centre de sa propre vie. Nous devons jouer notre rôle pour le bien de l’humanité, tout en sachant que nous ne serons peut-être enterrés qu’avec un chapelet, un livre ou une petite photo. Nos actions seront nos meilleures signatures, nos meilleurs souvenirs. D’où mon désir d’apprendre à vivre léger, sans superflu, pour pouvoir me concentrer sur l’essentiel et travailler au mieux sur l’amélioration de ma personne.

Je voudrais finir ce billet en rendant hommage à un ami qui a perdu la vie il y a bientôt quatre ans. Il venait d’une famille prospère et très riche. Le jour de son enterrement, nul n’a évoqué de ce qu’il possédait sur le plan matériel. Jamais avant ce jour là, je n’avais eu l’occasion de voir autant de monde réuni pour accompagner une seule personne à sa dernière demeure. Nous étions plus de 1500 personnes. Nous étions tous accablés par son départ soudain. Nous étions tous tristes et abattus.

Mais par dessous tout, nous nous rappelions tous, et sans exception, de sa gentillesse et de sa grande générosité. Sa simplicité inspirait énormément de personnes et sa joie de vivre n’avait pas d’égal. Il a été enterré entouré de centaines de personnes qui l’aimaient et l’adulaient, et avec ce qui nous le pensions tous, le symbolisait le mieux : un casque de moto. Il avait 36 ans. RIP J.

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41. BOOK – Ni Noir Ni Blanc, ou Mémoire d’une peau de Williams Sassine

Je suis passée par toutes les émotions : j’ai ri, j’ai eu peur, j’ai été choquée, j’ai ressenti du plaisir, j’ai été triste, j’ai été en colère, j’ai souri.

Entre les pages de ce livre sommeille littéralement de la poudre à canon. A sa manière, chaque paragraphe du récit vient titiller la sensibilité du lecteur. L’émouvoir. Le bouleverser. L’indigner. D’une manière ou d’une autre, on est touché. Il est impossible d’y rester insensible, d’en sortir indifférent.

A plusieurs reprises, j’ai été happée par ce que certains appellent Le ‘Je t’aime, Moi non plus!’. Plus j’avançais dans ma lecture, plus j’ignorais si j’en appréciais sincèrement ou en détestais le contenu. Comme je le disais précédemment, un embrouillamini d’émotions.

Car l’auteur n’y est pas allé par quatre chemins pour exprimer le fond de sa pensée. Les mots sont crus et pénétrants. Les scènes, parfois très sexuelles, sont décrites sans faux-semblants. Les détails, acérés. Quant aux personnages, puis-je me permettre de vous avouer les avoir trouvés tous un peu fous?! Un délice!

Le personnage principal, Milo, est au premier abord détestable. Il a de nombreux vices. Il tue. Il boit. Il frappe et cogne sans remords. Il ne respecte pas les femmes, il préfère les chosifier. C’est un manipulateur qui n’a pas peur de blesser les autres en se servant du tranchant de sa parole. Mais par dessus-tout – et c’est d’ailleurs ce qui vient humaniser sa personnalité bestiale et lubrique – Milo souffre d’un cruel manque d’amour. Il le dit, le répète inlassablement, tout au long de sa narration dans laquelle il nous embarque avec brio.

D’amour vrai et pur Milo a soif. Il le recherche jour et nuit, sans relâche, en chaque être qu’il rencontre. Toutefois, ne nous méprenons pas, il ne s’agit ici ni du grand amour, ni du très mythique coup de foudre. Ce dont Milo rêve, c’est d’un endroit calme et apaisant où il pourrait se reposer et juste être lui-même, sans avoir peur d’être découvert ou mis à nu. C’est ce nid douillet et sûr où il aurait la possibilité de se laisser aller à ressentir le feu qui consume ses entrailles les plus profondes. Ce précieux sentiment de paix et de confiance qui lui ferait enfin croire qu’il est digne d’exister, qu’il n’est pas une brute comme le lui crie quotidiennement sa compagne Mireille.

Même si Milo partage sa vie depuis plusieurs années avec elle, même si ensemble ils ont des enfants, c’est vers un gouffre sans fond que l’auteur choisit de diriger leur relation, mélange explosif de passion et de détestation. Alors qu’il ne peut s’empêcher de coucher avec d’autres femmes, Milo ne souhaite pas se séparer de Mireille car elle constitue l’unique repère stable de sa vie.

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Milo est atteint d’albinisme – même si il me plaît de penser qu’il pourrait aussi être un métisse, comme l’était l’écrivain Williams Sassine qui s’est beaucoup inspiré de sa propre vie pour rédiger ce roman. Le reflet de son image dans le regard des autres et celui de la société le répugne. Il n’est ni noir, ni blanc. Jaune peut-être. Pas sûr. Il est persuadé qu’il est un déchet de la société. Il suscite la peur et l’écœurement.

Alors il choisit, pour étouffer ses souffrances, de se concentrer sur ce qu’il sait faire de mieux : boire de l’alcool, et surtout donner du plaisir aux femmes, comme le lui a appris son « père » quand il était petit. Depuis, Milo ne s’en prive pas et collectionne les conquêtes. Jeunes, vieilles, maigres, mariées, mères de famille, religieuses, peu importe, il n’en a que faire de leurs statuts. Dans n’importe quel lit, il les veut toutes!
Jusqu’à ce lundi soir où, au cours d’une sortie arrosée dans un bar avec quelques amis, il fait la connaissance de Rama.

Rama, femme noire à l’esprit vif, belle de cœur et de corps, mariée à Mr. Christian l’homme blanc, et dont Milo va s’amouracher en un rien de temps. Rama, au corps vibrant de plaisir, innocente coquine, à qui il dira « Je t’aime » sans compter. Rama, passionnée et passionnante, qui le conduira peut-être, à faire la paix avec ses vieux démons.

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Si il est vrai que ce roman présente le mal-être dont souffrent les albinos dans une société africaine qui a encore beaucoup à apprendre sur cette anomalie génétique et héréditaire, il touche également au besoin profond que ressent chacun d’entre nous de trouver sa place dans la communauté et dans le monde. L’auteur, Williams Sassine, qui était de père libanais et de mère guinéenne, a lui-même souffert de cette difficulté à affirmer son identité issue de cette double culture. Une fragilité qu’il expose à son lectorat à travers un personnage certes extrême dans ces plaisirs ambigus mais profondément touchant dans sa quête criante de soi.

Combien de fois n’ai-je pas moi-même eu à me poser ce type de questions existentielles? Qui suis-je vraiment en tant que métisse? En tant que femme? En tant qu’adulte? A quelle communauté appartiens-je? Quelle est la couleur de ma peau quand je ne suis ni blanche ni noire? La solitude et l’exil intérieur sont les compagnons de ce type de questionnements qui parfois mènent certains à l’agonie psychologique.

En fin de compte, ne sommes-nous tous pas un peu albinos quelque part dans notre essence? Des êtres en simple quête d’amour et d’acceptation de notre nature véritable? Lorsque certains soirs nous posons la tête sur notre oreiller et nous demandons si l’amour est véritablement au rendez-vous, si nous sommes appréciés pour ce que nous sommes profondément et non pour le rôle que nous incarnons si bien, ou pour le costume que nous portons à la perfection? Ne sommes-nous pas aussi un peu de ce magnifique être à la peau jaune qui craint le soleil et préfère l’ombre de la nuit?

Tout un ensemble de questions que l’on pourrait résumer en un simple « Qui suis-je? ». Une ode à l’identité que nous invite à chanter l’auteur avec cet ouvrage qui, à sa manière, célèbre l’amour et la différence.

Mémoire d’une peau, de Williams Sassine. Un livre délicieusement vif que je vous recommande sans modération.

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Afin de poursuivre dans le sens de l’albinisme, je vous recommande cette vidéo sur les enfants albinos en Tanzanie. S’informer et informer les autres est un devoir individuel et collectif.

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40. Le grand saut

Au cours d’un dîner entre amis, décidez que vous méritez mieux. D’une main délicate, buvez votre verre de vin en écoutant les exploits des uns et des autres. L’augmentation tant attendue de Natasha lui a été accordée. Elle va s’offrir un voyage au Mexique pour fêter ça. David vient d’acheter son appartement, place de la Justice en face de l’hôtel Richelieu. Racky va être promue au poste de manager, elle a travaillé dur et le mérite. Et vous, vous êtes toujours stagiaire dans ce cabinet d’audit où les dossiers s’empilent sur votre bureau comme des pièces de Lego en bois dans la chambre d’un enfant. Vous vous sentez à l’écart de cette vie où le succès est une étape évidente à franchir pour tous ceux qui vous entourent.

Vous avez du mal à terminer votre dessert.

« Le chocolat est trop noir« , dites-vous au serveur qui fait mine de s’inquiéter pour vous.

Vous n’avez qu’une envie, retrouver les quatre murs de votre petit studio et vous cacher sous les draps de votre lit.

Sortez du restaurant en rigolant à haute voix. Les autres n’ont pas besoin de savoir que vous vous sentez mal. Prenez la direction de l’arrêt de bus. Il fait froid et les trottoirs sont mouillés d’une pluie glaciale. Marchez prudemment et faites attention à ne pas glisser. Attendent sous l’abribus une jeune femme blonde tenant sa paire de souliers à la main, et un homme plus âgé coiffé d’un bonnet rose. Montez dans le bus une fois qu’il est là et installez-vous à l’arrière du chauffeur après lui avoir acheté votre ticket.

Le lendemain matin, choisissez soigneusement vos vêtements et mettez du mascara pour donner de la profondeur à votre regard. Relevez vos longs cheveux noirs en un chignon soigné. N’oubliez pas de prendre un café et de manger quelques fruits. De mauvais poil, votre patron répond à votre bonjour par un « Tu es en retard Lucie, comme hier!« . Excusez-vous franchement et allez vous occuper de vos dossiers. Votre collègue Mariam se fait du souci pour vous. C’est une femme magnifique aux yeux verts et à la peau mate. Elle a l’âge de votre mère et l’esprit de votre filleule de cinq ans. Toutes les personnes sont gentilles à ses yeux et elle vous presse de vous trouver un fiancé. Vous lui offrez des fleurs une fois par mois pour la remercier de son attention.

« Je vais demander au patron un contrat de travail« , lui confiez-vous entre deux courriers.
Elle vous regarde en souriant et vous avez l’impression de fondre comme neige au soleil.
« Je ne devrais pas? »
« Je me demandais quand est-ce que tu le ferais pour tout te dire. Je pensais que tu te plaisais à évoluer dans son ombre. Fonce ma p’tite! »

Menton au ciel, allure fière, dirigez-vous vers le bureau de Mr. Dixon en prenant soin de redresser les plis de votre petite robe noire. Légèrement, donnez trois petits coups à sa porte et attendez qu’il vous réponde. « Entrez, Ah! Mademoiselle Lucie! Asseyez-vous donc!« . Prenez place sur cette chaise bancale en face de lui et trouvez votre équilibre afin de ne pas en tomber. Vous soupçonnez votre patron de ne pas vouloir remplacer cette brouette afin de se réjouir du malheur de celui qui s’y cassera le nez. Mais vous n’en dites pas un mot ; vous n’êtes pas là pour ça. Il vous observe, un sourcil relevé, prêt à vous fusiller. Son visage gras et luisant vous parait difficilement sympathique.

Vous vous raclez discrètement la gorge. « Mr. Dixon comme vous le savez, je suis à votre service depuis presque quatorze mois maintenant, et… »
« Mademoiselle Lucie, vous souhaitez donc nous quitter? J’avais songé à prolonger votre stage qui se termine effectivement à la fin de ce mois. Mais voyez-vous, le budget est un peu serré. Souhaitez-vous que nous marquions une pause de quelques jours ou que je vous change de poste? »
« En fait, Mr. Dixon je souhaitais faire le point de mon évolution avec vous et… »
« Je vous confirme que toute l’équipe est très fière de vos prestations Mademoiselle Lucie! Nous pensons même vous confier l’élément Marc pour sa fin de formation, afin que vous lui filiez quelques astuces voyez-vous. Votre sens de l’organisation est remarquable! »
« Merci Mr. Dixon, j’apprécie beaucoup. Justement je souhaiterai postuler à… »
« Oui Allô!! Ne quittez pas! Mademoiselle Lucie, nous poursuivrons un autre jour, je suis un peu occupé comme vous le voyez. Veillez à fermer la porte en sortant s’il vous plait et pensez à m’apporter un petit café bien serré. »
« … Merci Mr. Dixon« .

Sans demander votre reste, sortez du bureau de votre supérieur en marchant sur la pointe des pieds et sentez-vous misérable jusqu’à la plus petite cellule de votre corps. La colère monte en vous, et vous vous en voulez. Dehors le soleil brille, le ciel est bleu, les oiseaux chantent et volent d’arbre en arbre. C’est l’orage en vous. La pluie, le tonnerre et les éclairs. Dirigez-vous vers la kitchenette où la machine à café vous accueille d’un air triomphant. Vous l’entendez presque se moquer de vous. Vous appuyez frénétiquement sur tous les boutons et manquez de vous brûler. Des larmes vous piquent le bord des yeux et menacent d’étaler votre mascara sur vos joues. Résistez à l’envie de crier votre rage contre Mr. Dixon.

Vous sentez une présence dans votre dos et vous retournez, la boule toujours au ventre. Mariam a toujours ce sourire bête et consolateur aux lèvres. Elle vous regarde avec ses yeux de tante à qui vous pourriez demander un couscous royal afin d’y noyer votre chagrin. Votre cœur déborde d’amour pour elle. Vous vous demandez ce que vous auriez fait si Mariam n’avait pas été là. « Il ne m’a pas laissée parler! », lui dites-vous en manquant d’éclater en sanglots. Vous n’avez pas spécialement envie de partir au Mexique ou d’acheter un appartement Place de la Justice. Vous avez juste besoin de ne plus être la stagiaire de la bande. Vous rêvez d’évoluer. Vous avez envie de voir votre travail reconnu et de gagner un salaire correct et méritant. Et votre patron, Mr. Dixon, est malheureusement le dernier des cons.

Le soir, en rentrant chez vous, choisissez de flâner sur les trottoirs. Tête baissée, vous manquez d’entrer en collision avec un lampadaire pendant qu’une bande de garnements se moque de vous. Vous avez une pensée pour le poulet froid que vous vous servirez en guise de dîner, accompagné de quelques pommes de terre et de jus de tomate. Qui aime le jus de tomate? Personne hormis vous. Perdue dans vos pensées, vous vous surprenez à vouloir autre chose. Pour la première fois, vous songez à vous rebeller, à défier l’autorité, à démissionner. Vous vous imaginez frapper à de nouvelles portes, chercher du travail dans d’autres entreprises.

Dans votre tête résonne la voix de votre mère, hurlant de joie à l’annonce de la validation de votre stage. « Bravo ma fille! Je suis fière de toi! C’est si dur de trouver du travail dans ce pays. Accroche-toi bien! Peut-être que tu n’en trouveras pas d’autre et surtout, fais bien tout ce qu’on te dit. Sois sage. Tu sais combien nous avons dû travaillé dur pour que tu puisses réussir.« 

Et c’est ce que vous avez fait.

Tout ce qu’on vous a demandé, vous l’avez exécuté. Vous n’avez jamais rien contesté. Vous avez tout accepté.

La peur vous susurre des mots macabres à l’arrière de votre tête. Sournoise et vicieuse, elle veut vous empêcher d’oser quelque chose de nouveau. Et vous êtes déchirée entre le besoin de la croire et la folie insensée de l’envoyer valser. Sur le trottoir humide, continuez de marcher sans vous arrêter. L’abribus au loin est rempli d’enfants, de vieillards, de femmes blondes. Votre chat et ses bruyants ronronnements vous manquent. C’est la fin de journée. Le vent se lève, de fines gouttelettes se mettent à tomber sur la ville. En apercevant le bus au coin de la rue, pressez le pas et en souriant, promettez-vous de ne plus jamais servir de café à Mr. Dixon.

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Cette histoire est une fiction. Toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé serait purement fortuite.

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