33. L’indépendance, c’est in !

Je m’interroge tous les jours sur ma position de femme dans la société.

Qu’attend-t-on de moi? A quoi suis-je appelée? Que dois-je réaliser pour être une femme accomplie et épanouie? Suis-je traitée avec amour et respect? Est-ce que je mérite ma place? En quoi ai-je échoué? Ou réussi? A quoi ai-je réellement droit? Suis-je en train de me saboter en prenant telle ou telle décision?

Ma tête bouillonne au quotidien. Parfois j’en ai des maux de tête ! Je me pose des tonnes de questions existentielles. Mais je suis malgré tout consciente des privilèges dont je jouis et j’en suis vraiment très reconnaissante! J’aspire toujours à mieux, comme un peu tout le monde, mais j’évite de me plaindre et d’être ingrate envers la vie.

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Pendant mon séjour de vacances au Liban en 2019, j’ai eu l’occasion de côtoyer des femmes issues de différents milieux. Et j’ai été frappée par leur désir à toutes, sans exception, d’accéder à une forme d’indépendance, ou en tout cas à la grande place que pouvait avoir ce sujet dans les débats. En discutant un jour avec notre voisin d’immeuble, j’ai réalisé que pour un grand nombre de libanais, la place de la femme était encore à ce jour à la maison, dans la cuisine, à faire à manger et à s’occuper des enfants.

La question « Travailles-tu? » m’a été posée tous les jours! A chaque fois que nous rencontrions une nouvelle personne, que nous rendions visite à de la famille ou à des amis, on me posait la même question : « Est-ce que tu travailles? ». Au début j’étais confuse, car pour nous, le débat ne se pose même pas. Nous sommes en 2020. Tu es une fille, tu vas à l’école, tu finis tes études, tu travailles, ou tu as ton business, que tu sois en couple ou pas! Tu te dois d’accéder à ton indépendance financière car le monde est cruel envers les femmes qui sont oisives. C’est une réalité, qu’on le veuille ou pas.

Et là, j’arrivais dans un pays du Moyen-Orient où visiblement les choses ne fonctionnaient pas de la même manière. Puisque je répondais oui à chaque fois que l’on me demandait si je travaillais, le débat se poursuivait toujours sur ce que je faisais exactement, si cela me plaisait, si j’étais en couple, mariée, si j’avais des enfants etc. Pour que je comprenne finalement qu’en fait, beaucoup de femmes une fois mariée, se retrouvaient à ne plus travailler parce qu’il fallait être une « bonne épouse » et s’occuper des enfants, de la maisonnée, du mari, etc. Ce que j’ai trouvé pour ma part quelque peu rétrograde.

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Toutes les femmes au Liban n’ont pas la vie facile, et à ce jour, certains droits élémentaires ne leur sont pas accordés. Par exemple, une femme libanaise ne peut pas accorder sa nationalité à son enfant ; seul le père peut le faire. Un couple non marié n’est pas légitimé, qui plus-est un enfant issu d’une telle union. Que serait donc un enfant né d’une femme qui n’est pas mariée avec le père de cet enfant ? Faites le calcul : un bâtard comme ils le disent généralement.

Sans compter sur le droit au divorce, à l’héritage, et j’en passe. Des batailles de femmes, en veux-tu, en voilà au Pays du Cèdre! Je vous invite à lire au passage cet article publié sur le site de France 24, relatif aux dernières manifestations d’octobre 2019 et à la place des femmes dans ces manifestations.

Alors moi qui travaille et qui viens me prélasser dans un pays où les Noirs ne vont généralement pas en vacances, je représente une forme de liberté du sexe féminin auprès de certains libanais et j’en prends conscience au fur et à mesure que les jours passent. Je mesure la chance que j’ai dans ma vie de pouvoir faire mes choix, de pouvoir travailler et gagner ma monnaie. Une de mes petites sœurs qui est avec moi lors de ce voyage prend d’autant plus conscience qu’elle n’a pas le choix et qu’elle doit tout faire pour arracher son indépendance financière à la vie, elle aussi!

Des vacances pour certains, un voyage initiatique pour d’autres.

Je ne pourrai pas vous parler de cette expérience sans évoquer mon amie Rita, qui du haut de ses 36 ans, me confiera sa tristesse par rapport au machisme ordinaire qu’elle peut subir au quotidien, sur son lieu de travail ou dans sa vie de tous les jours. Car oui, l’âge est un facteur de pression dans la société pour les femmes qui ne sont pas mariées, qui n’ont pas d’enfants. Et ça commence généralement très tôt, autour de 20/22 ans. Comme si travailler et gagner sa vie devaient sacrifier les chances de rencontrer un homme!

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Le problème du Liban, c’est selon moi la difficulté qu’a la population à concilier les fortes influences européennes aux traditions orientales. On s’y perd, on ne sait plus sur quel pied danser. On veut tout à la fois. Et ça a du mal à fonctionner. Alors les femmes en pâtissent. Dans une société libanaise profondément patriarcale, elles subissent souvent et n’ont pas toujours le droit à la parole. Quand chez moi je me pose mille et une questions métaphysiques et existentielles, certaines là-bas réfléchissent à une manière de faire évoluer leurs droits les plus élémentaires.

Je ne conçois pas ma vie, en tout cas pas à ce jour, sans un travail, sans une activité génératrice de revenus. J’aurai beaucoup de mal. Ce ne serait même pas envisageable, il s’agirait d’un luxe que je ne pourrai pas me permettre. Et quand je pense à ces femmes qui sacrifient leur travail pour s’occuper uniquement de leur maison, je trouve cela très courageux.

Soit vous avez de la chance et un conjoint respectueux de votre sacrifice, qui s’atèle à vous accompagner sur ce chemin. Soit vous tombez sur un goujat qui vous minimise et vous fait vous sentir comme une moins-que-rien jusqu’à ce que vieillesse s’en suive.

Ce n’est pas évident.

Ce qui est certain, c’est que la liberté – de travailler, de choisir, d’avoir un enfant sans être mariée – est un véritable privilège, qui n’est pas donné à toutes et dont il faut savoir jouir avec intelligence. Pour soi-même, mais aussi pour toutes ces femmes qui gravitent autour de nous, qui marchent avec nous, qui se battent quotidiennement pour réussir ou pour que soient simplement respectés leurs droits élémentaires.

Ce voyage aura été une vraie leçon de vie.
Je pense que j’aurai certainement d’autres anecdotes à vous raconter, mais ça, ce sera pour un autre jour.

Photo : Freepick.com

3 réflexions sur “33. L’indépendance, c’est in !

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