20. BOOK – Tropique de la violence, de Nathacha Appanah

Tropique de la violence

Ce livre, c’est mon amie Selom qui me l’a prêté. Un jour, elle m’a envoyé un sms disant « J’ai un livre pour toi! Je viens de le finir, tu vas aimer, je te le prête dès qu’on se voit! ». J’avais déjà toute une pile de livres à lire, mais comme j’aime à le dire, on n’a jamais assez de lectures au programme!

Nous sommes à Mayotte, dans l’océan indien. L’histoire est celle de Moïse. Alors qu’il est encore bébé, il est abandonné par sa mère adolescente et recueilli par Marie, infirmière qui lutte pour avoir un enfant et dont le couple est au bord du divorce. Détail à souligner : Moïse est noir, il a un œil vert et un œil noir qui est signe de malheur aux yeux des autres ; Marie elle, est blanche. C’est également l’histoire de Bruce, adolescent d’une quinzaine d’années. Il est le chef de gang de Gaza, un bidonville dangereux de l’île où règnent la violence, l’impunité et la terreur. A la mort accidentelle et subite de Marie, Moïse se retrouve à la rue. Par la force du destin, il rejoint le gang de Bruce et sa bande de voyous. Happé par les conditions difficiles de vie de tous ces enfants de la rue, Moïse va connaître la violence physique, mais aussi morale, la drogue (‘le chimique’), les bastonnades, et bien d’autres horreurs auxquelles il ne pourra échapper. Par moment, le souvenir de Marie, de son chien Bosco, de son ancienne vie, viendra rythmer cette nouvelle vie où chaque jour est une bataille pour se faire une existence.

Dès les premières pages, on est frappé par la dureté des textes. L’écriture et le style de narration sont tranchants, directs. Certains paragraphes sont de véritables coups de poing pour le lecteur. On se demande tout au long de la lecture si une issue positive est envisageable pour Moïse. Mais ce livre fait partie de ceux où la fin heureuse ne fait pas partie du scénario. Et je pense qu’il s’agit là d’un choix conscient de l’auteur – c’est en tout cas l’impression que j’ai eue – afin de décrire simplement, sans jugement, les conditions horribles de la vie dans la rue de ces enfants de Mayotte abandonnés à leur propre sort. Par moment, on voit apparaître dans l’histoire des acteurs d’ONG, qui viennent avec l’intention de les aider avec quelques séances de cinéma, des activités culturelles, des livres, etc. Mais est-ce vraiment là la solution ? Est-ce vraiment de cette façon que ces enfants trouveront le sésame vers une vie meilleure ? Des questions sont posées au lecteur par moment, comme celle de savoir si l’on naît au mauvais moment au mauvais endroit, et qui amènent à s’interroger aussi sur sa propre condition ? Vous rendez-vous compte de la chance que vous avez d’être, formulé autrement, né au bon endroit au bon moment ? N’importe qui aurait pu être à la place de ces jeunes, de ces enfants, laissés à leur propre sort dans la rue. Ce roman est également, et on le découvre simplement en lisant certains passages, une dénonciation de l’indifférence de la France face à l’île de Mayotte. Par moment, les personnages s’interrogent et se demandent si les conditions atroces dans lesquelles ils vivent sont les mêmes sur la métropole sachant que Mayotte fait pourtant partie des départements français. Ils appellent au secours et demandent à ce qu’on se souvienne d’eux.

Extrait : « Je ne sais pas qui a surnommé ainsi le quartier défavorisé de Kaweni, à la lisière de Mamoudzou, mais il a visé juste. Gaza c’est un bidonville, c’est un ghetto, un dépotoir, un gouffre, une favela, c’est un immense camp de clandestins à ciel ouvert, c’est une énorme poubelle fumante que l’on voit de loin. Gaza, c’est un no man’s land violent où les bandes de gamins shootés au chimique font la loi. Gaza c’est Cape Town, c’est Calcutta, c’est Rio. Gaza c’est Mayotte. Gaza, c’est la France. »

Je vous invite simplement à lire cet ouvrage. Il est court, intense, et qu’on le veuille ou pas, engagé par son côté « dénonciation ».
Merci Selom pour le partage.
Je suis reconnaissante d’avoir été touchée.

Portez-vous bien,
Manouchka.

 

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