15. BOOK – Le génocide voilé, de Tidiane N’Diaye #12booksin2019

 

Le génocide voilé

J’espère que vous allez bien !

Je suis en retard pour cette revue. Vraiment en retard. Et je m’en excuse. Parfois les jours semblent ne compter que 12 heures et on se retrouve submergé par tout ce qu’on a à faire. Cela dit, je pense que je devrais regarder un petit moins la télévision, et me concentrer sur d’autres choses plus essentielles.

J’espère que le mois de Janvier a été positif pour chacun d’entre vous et que vous avez donné le meilleur de vous-mêmes dans chacune de vos entreprises. Au cours de ce mois, il était prévu de lire Le génocide voilé de Tidiane N’Diaye dans le cadre du challenge lecture 12 livres en 12 mois. A travers ce billet, je vais donc essayer de partager avec vous, en étant le plus fidèle à ma pensée, mes impressions et avis sur cette œuvre que j’ai trouvée vraiment très intéressante, et profondément marquante.

Il y a plusieurs points que je pourrais évoquer. Mais avant d’aller plus loin, je dois faire une confession : avant la lecture de cet ouvrage, j’ignorais totalement que la traite arabo-musulmane avait eu à exister. Je n’imaginais même pas qu’une telle atrocité ait pu se faire – en plus de la traite négrière transatlantique qui, jusqu’alors, était à ma connaissance la seule marque d’esclavage de l’histoire du peuple Noir (sans aller évoquer tous les actes sordides passés sous silence encore de nos jours). Je me suis alors posée et reposée la question suivante : pourquoi ne nous enseigne-t-on pas notre histoire à l’école? Pourquoi ne nous pousse-t-on pas vers la connaissance de notre identité? Pourquoi n’encourage-t-on pas la jeunesse à lire, à s’instruire sur de tels sujets? Au risque de tomber dans un débat beaucoup trop gros pour mon billet de ce jour, revenons à notre ouvrage.

Tout d’abord, j’ai beaucoup apprécié le style simple, fluide et accessible à tous qu’a choisi l’auteur pour l’écriture de son livre. Il est facile à lire, et c’est un grand plus car on peut le prêter à toutes les catégories de personnes de notre entourage : lycéens, étudiants ou professionnels, jeunes, moins jeunes, femmes, hommes, tout le monde peut s’y frotter et choisir je dirais de s’y piquer !

Ensuite, je l’ai trouvé extrêmement fourni en informations historiques quant aux différents peuples et empires de l’Afrique. La Nubie, le Bornou, l’Afrique orientale, l’Afrique de l’Ouest, le royaume du Mali ou du Ghana, etc. Il y a de la connaissance à acquérir à profusion à chaque paragraphe. Et c’est passionnant !! On pourrait passer des heures et des heures sur internet, sur Google, grâce à ce bouquin pour apprendre sur l’Afrique et son histoire, ce que je trouve vraiment très intéressant.

A travers les neuf chapitres, l’auteur présente la conquête de l’Afrique par les arabes, leurs méthodes pour parvenir à acquérir des esclaves, pour ne pas dire à les arracher à leurs terres, les résistances auxquelles ils ont fait face et de quelles manières ils les ont contournées. Tout ceci en faisant à chaque instant référence à une repère chronologique précis, un peuple ou une région spécifique de l’Afrique.

On y parle beaucoup de l’île de Gorée au Sénégal, de Ouidah au Bénin, mais saviez-vous au passage que l’île de Zanzibar, aujourd’hui adulée pour la beauté de ses plages et le bleu de sa mer était « LE » comptoir de vente d’esclaves de l’Afrique orientale? Je l’ignorais. Maintenant je le sais.

Dans cet ouvrage, il est également question de la Femme! Il est rappelé la résistance des femmes au cours de cette traite arabe, notamment en Mauritanie contre les Maures. Un ouvrage spécifique est cité dans ces paragraphes, Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire de Sylvia Serbin qu’il me tarde d’acquérir pour en savoir plus. Et aussi, l’auteur explique l’impact qu’a eu l’islam sur les traditions africaines qui fonctionnaient à l’époque sous un régime matriarcal! Oui, matriarcal! Les femmes avaient leurs places dans la société, elles étaient considérées comme des leaders, contrairement à ce que l’on peut laisser sous-entendre ou observer de nos jours. Elles étaient indépendantes, prenaient des décisions importantes pour la bonne marche de leurs familles, et surprise !!! : Tout se passait très bien !!

En parallèle de tous ces faits, l’auteur évoque la carence en documentation écrite sur le sujet, qui malheureusement prive l’histoire d’éléments supplémentaires fondamentaux. Les archives de tout ce passé ont surtout été transmises par les griots, les historiens oraux, « véritables mémoires vivantes des civilisations négro-africaines ». Sachant qu’aujourd’hui, la traite arabe est encore passée sous silence par les « grands de ce monde », l’auteur s’interroge sur le moyen de ne pas laisser mourir les horreurs de l’histoire indispensables à notre construction personnelle mais aussi collective. Comment réussir à immortaliser tous ces récits, tous ces témoignages, afin que l’histoire ne tombe pas dans l’oubli ?

En résumé, l’Afrique a souffert de ces traites, et c’est peu de le dire. Je ne pense pas d’ailleurs qu’il y ait de mots suffisamment forts pour décrire cette souffrance, cette injustice, ce drame sans nom. L’Afrique de cette époque avait tout pour elle. Elle était organisée à sa manière, différente de celles des Occidentaux certes, mais qui lui était propre et qui faisait son identité. Les peuples, les civilisations et les royaumes qui y étaient édifiés avaient leurs codes et leurs fonctionnements. Ils étaient florissants et riches. Ces longues périodes d’esclavage ont pillé et dévasté le continent, tant sur le plan humain que sur le plan des ressources de la terre. Et rien ne dit que cela ne continue pas encore aujourd’hui (!!).

Au cours de cette lecture, j’ai eu le net sentiment que c’était animé d’une certaine passion que Tidiane N’Diaye a eu à rédiger son livre, car on peut aisément sentir à certains paragraphes sa colère et son mépris pour les arabes. Je dois avouer que ce ressenti m’a par moment dérangée, surtout en début du récit, lors des deux voire trois premiers chapitres. J’avais besoin de lire un texte neutre, de me faire mon propre jugement, de ressentir par moi-même cette colère ou cette indignation, et non de vivre les sentiments de l’auteur. C’est certainement le seul bémol que j’apporterai à ma lecture. Je pense que pour transmettre au mieux ce genre d’héritage, et le transmettre à tous, il faut savoir faire preuve d’impartialité. Toutefois, je reconnais que ce n’est pas chose facile pour un sujet aussi sensible que celui-ci.

Je suis très contente d’avoir eu l’occasion de décortiquer cet ouvrage car j’ai appris de nouvelles choses. Beaucoup de nouvelles choses ! Je regrette profondément que ce type d’informations relatives à l’histoire de nos ancêtres ne soit pas transmis dans nos écoles car quoi qu’on dise, connaître l’histoire, même si elle est douloureuse – surtout si elle est douloureuse – nous aide à nous construire (ou pas, tout dépend du bord sur lequel nous nous trouvons). Je me souviens encore lorsqu’on nous apprenait en classe – et on l’enseigne toujours aujourd’hui – à cartographier la France, ou encore les Etats-Unis ! Ce n’est pas mauvais en soi. Il est bon d’avoir une culture large et diversifiée sur le monde. Mais il ne faut pas oublier l’essentiel, le cœur, la base.

Alors oui, je relirai ce bouquin, et je ferai ce qu’il faut pour que mes amis, mes proches, et surtout mes jeunes sœurs, le lisent et en apprennent sur le contenu. C’est important je pense, tout simplement.

Je tiens à remercier tous ceux qui m’ont fait parvenir leur ressenti au cours de cette lecture. Nombreux ont été touchés voire choqués par le contenu de l’ouvrage ; il est bien vrai qu’il est difficile à lire, encore plus à s’approprier quand on sait que c’est une question d’histoire.

N’hésitez pas à partager vos avis sur cet ouvrage si vous avez eu l’occasion de le lire, ou simplement votre opinion sur l’importance (ou pas) de lire ce genre d’ouvrages en tant qu’afrodescendants.

Pour Février, nous lisons 1984 de George Orwell.
#12booksin2019 #heymanouchka

Portez-vous bien, et à très vite !

Bisous,
Manouchka.

14. Challenge Lecture sur Instagram #12booksin2019

Bonjour !

Au cours du mois de Décembre, j’ai lancé sur mon profil Instagram personnel @heymanouchka l’idée de faire un challenge lectures de 12 livres sur 2019. Un livre par mois. Des lectures diverses et variées. Et l’idée a plu ! Je vous en remercie ! Au passage, vous pouvez suivre le compte Instagram du club de lecture Le Colibri @lecolibribookclub si vous le souhaitez.

Je tiens à préciser que ce challenge est distinct des lectures que nous choisissons pour les sessions du club de lecture à Lomé. Il est ouvert à tous sur Instagram, quel que soit l’endroit où vous vivez, même si vous êtes membre du Club de Lecture Le Colibri qui lui a un tout autre programme de lecture. L’essentiel est de poster votre lecture du challenge Instagram sous un hashtag que nous utiliserons tous en commun : #12booksin2019.

J’ai donc fait une sélection de 12 livres, que je n’ai personnellement pas encore lus bien sûr. Si vous n’en possédez pas certains ou n’arrivez pas à vous les procurer, vous pouvez toujours en guise de substitution choisir un autre livre dans la même thématique. J’espère que ces références vous plairont et vous inspireront. C’est parti pour la liste !

Challenge 2019

Janvier – Le génocide voilé de Tidiane N’Diaye. Un roman historique sur la traite des Noirs d’Afrique par le monde arabo-musulman. Je l’ai personnellement acheté depuis 2017, mais n’ai jamais eu l’occasion de le lire (j’ai une pile monstre à lire en toute franchise, et elle ne cesse de s’élever vers le ciel…). Je tiens à remercier particulièrement Fatou du blog BlackBeautyBag pour l’inspiration et la motivation pour le choix de cette œuvre pour 2019. Elle l’a lue et l’a partagée sur ses réseaux. Si vous ne la possédez pas, ou ne pouvez pas l’acquérir pour ce mois de Janvier, vous pouvez choisir un autre livre historique de votre choix ou sinon de pure littérature africaine. Exemples : Léon l’africain de Amin Maalouf ou Soudjata Keita, ou l’épopée mandingue de D.T. Niane.

Février – 1984 de George Orwell. Il a été publié en 1949. Un jour, un ami m’a demandé si je l’avais lu, et je lui ai répondu naturellement que non. Je me souviens de son choc émotionnel ce jour-là! « Mais comment ça Manouchka, tu ne l’as pas lu?!?!? ». Je me suis jurée de le lire! C’est un classique! Nous allons donc le lire. Il se trouve assez facilement. Si vous ne l’avez pas, vous pouvez essayer de le remplacer par un roman de science-fiction. Je l’avoue, je ne suis pas très fan du genre, je n’ai donc pas de références particulières à vous proposer.

Mars – L’autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie. On ne présente plus la Queen! En remplacement de cet ouvrage, vous avez plein d’autres références de Mme Chimamanda, comme L’hibiscus pourpre, Americanah, Autour de ton cou, et bien d’autres! Faisons-nous plaisir et en mars, lisons Chimamanda!

Avril – La femme rompue de Simone de Beauvoir. Je ne lis jamais ce genre de littérature française, mais Mme Simone de Beauvoir est quelqu’un qui attise ma curiosité et mon intérêt. Elle est considérée comme une figure importante du féminisme (blanc je précise, mais là n’est pas le débat). Et j’ai toujours voulu la lire, découvrir sa pensée. Ce livre parle d’une dépendance conjugale que subit une femme qui est dépouillée de tout à cause de ses choix. Si vous ne souhaitez pas lire cet ouvrage ou ne pouvez pas le lire, vous pouvez le remplacer par un autre roman de la littérature française classique comme La Peste de Albert Camus, ou Candide de Voltaire. Mais le jeu pour Avril sera de lire de la littérature française. Bonne chance!

Mai – Eloge de l’optimisme de Philippe Gabilliet. Du développement personnel !!! En juin, lisons du développement personnel ! Le choix est large et vaste.

Juin – Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estes. J’ai le don d’acheter des livres et de les entasser pour ‘les lire un jour‘. C’est l’histoire de ce livre que j’ai acheté en 2017. Depuis, j’ai vu mon amie Séphora @sephorajoannes en parler, et aussi Danielle @bestofd ! Alors oui, il faut que nous le lisions Mesdames. Il paraît qu’on s’y reconnait toutes à un moment donné, au fil des pages et que c’est un roman puissant ! Si vous n’arrivez pas à vous le procurer, vous pouvez toujours lire un livre porté sur le féminism ou orienté sur la femme.

Juillet – Un billet d’avion pour l’Afrique de Maya Angelou. Une œuvre sur les identités. Un voyage au Ghana. Un retour en Afrique effectué en 1962. Maya Angelou était poétesse, écrivaine, actrice et militante américaine. Ses œuvres ont marqué le monde entier et continue d’impacter encore aujourd’hui.

Août – L’attentat de Yasmina Khadra. Ceux qui me suivent depuis un moment savent que j’affectionne beaucoup Yasmina Khadra. Vous trouverez un large choix d’autres de ses romans : Les hirondelles de Kaboul, Khalil, Qu’attendent les singes, Les anges meurent de nos blessures, et bien d’autres encore. En Août, nous lirons Mr. Khadra!

Septembre – L’unité culturelle de l’Afrique noire de Cheikh Anta Diop. Il est important pour nous, en tant qu’africains, de lire ce genre d’ouvrages. La connaissance nous est transmise dans ces livres, entre autres. Par ces penseurs. Ne pas les lire, c’est nous priver d’une certaine force. Alors je nous invite à lire quelque chose de plus « sérieux » en Septembre. Je reconnais que ce ne sont pas des lectures détente, mais parfois nous en avons besoin. Vous pouvez aussi en substitution lire A quand l’Afrique de Joseph Ki-Zerbo ou encore Discours sur la colonisation de Aimé Césaire. Pour ne citer que ceux-là.

Octobre – En attendant le vote des bêtes sauvages de Ahmadou Kourouma. Ce livre est un des plus appréciés de la littérature africaine. Et bien entendu, si vous ne le possédez pas ou ne pouvez pas vous le procurer, vous pouvez lire un autre ouvrage de Ahmadou Kourouma. Ou choisir un autre auteur de la littérature africaine classique, comme Camara Laye, Chinua Achebe, Mariama Bâ, etc.

Novembre – Un homme de Phillip Roth. Cet écrivain américain est mort le 22 mai 2018, laissant derrière lui une multitude d’ouvrages dont beaucoup ont fait l’objet d’une adaptation cinématographique. Il est reconnu pour son ironie et sa clairvoyance sur des thèmes forts tels que la sexualité, la psychologie masculine, la place du judaïsme et de la littérature dans la civilisation occidentale, la mort, etc. Si vous arrivez à vous procurer une de ses œuvres, je pense qu’il sera très intéressant de découvrir l’univers de ce grand auteur.

Décembre – Ce dont je suis certaine de Oprah Winfrey. Et si nous finissions l’année tout simplement en beauté ?

En dressant cette petite liste, j’ai essayé de varier les lectures tout en mettant une place d’honneur aux écrivains et à la littérature Noirs. J’espère que nous aurons tout le plaisir de partager nos lectures et nos revues littéraires. N’oubliez pas, usez et abusez du hashtag #12booksin2019 lorsque vous partagerez vos lectures sur Instagram, et pourquoi sur les autres réseaux sociaux.

Je vous souhaite tout le bonheur possible pour 2019! Prenez soin de vous et de vos proches. La vie est courte, profitons de chaque instant!

Manouchka.